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Nouvelles du Ballet de l'Opéra de Bordeaux
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JMJ



Inscrit le: 16 Mai 2009
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MessagePosté le: Sam Avr 01, 2017 9:10 am    Sujet du message: Répondre en citant

Le petit diable e déjà mis en ligne sa prestation d'il y a deux ans.


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sophia



Inscrit le: 03 Jan 2004
Messages: 16925

MessagePosté le: Lun Avr 03, 2017 8:46 am    Sujet du message: Répondre en citant

Un nouvel article du Figaro, mais cette fois sur le spectacle "4 Tendances" proprement dit, qui a bien eu lieu le deuxième soir.


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Isabelle dupuys



Inscrit le: 30 Déc 2015
Messages: 62

MessagePosté le: Mer Avr 05, 2017 9:12 am    Sujet du message: Répondre en citant

"4 Tendances"
Deux créations, une recréation et une reprise.
"Just before now", de Xenia West m’a semblé un peu sinistre, cette pièce est magnifiée (sauvée) par de jolis costumes et Diane Le Floc’h, incroyablement émouvante.
« La danse peut-elle résister ?» recréation de JC Gallotta, non dénuée d’émotion également, est plus simple à appréhender.
A contrario "La Grève" de Nicolas Leriche s’adresse certainement plus un à un public connaisseur. La chorégraphie en est terriblement difficile. Je ne doute pas des félicitations qu’il a certainement adressées à ses danseurs qui servent magnifiquement cette pièce. Sara Renda assume là parfaitement son statut d’Etoile. Malgré sa complexité (ou à cause), ce moment à reçu une belle ovation du public Bordelais.
Pour finir, l’ l'incroyable "Minus 16" d'Ohad Naharin". Une vraie joie de danser, la fête dans tous ses états.
Plusieurs danseurs se sont démarqués outre ceux déjà cités, Coralis Aulas, Anne Guého, Neven Ritmanic.
Quel beau programme en tout cas, qui démontre s’il le fallait encore que nous avons besoin de cette compagnie, de ces talents et que Bordeaux sait passer avec succès de pur classique vu cet hiver à ce programme contemporain très bien construit.
J’ai eu le sentiment que les danseurs « donnaient tout », ils sont la meilleure preuve de l’excellence du Ballet de Bordeaux, patiemment reconstruit par Charles Jude.


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Lammermoor



Inscrit le: 20 Jan 2008
Messages: 269

MessagePosté le: Jeu Avr 13, 2017 1:16 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Les distributions fraîchement mises sur la Page Facebook de la tournée italienne avec un hommage à Petipa...

PAQUITA
Musique de Ludwig Minkus et Edouard Deldevez
Chorégraphie de Charles Jude d’après Marius Petipa
Paquita : Sara Renda
Lucien d’Hervilly : Roman Mikhalev
Variation 1 : Diane Le Floc’h
Variation 2 : Claire Teisseyre
Variation 3 : Vanessa Feuillatte
Variation 4 : Saki Kuwabara
Six danseuses : Emilie Cerruti, Alice Leloup, Laure Lavisse, Claire Teisseyre, Marina Kudryashova, Saki Kuwabara
Huit danseuses : Coralie Aulas, Natalia Butragueno, Marini da Silva, Pascaline di Fazio, Anna Guého, Marina Guizien, Nicole Muratov, Aline Bellardi

LE LAC DES CYGNES
Adage du Cygne Blanc, extrait du deuxième acte
Musique de Piotr Illitch Tchaïkovski
Chorégraphie de Charles Jude d’après Marius Petipa
Odette : Claire Teisseyre
Siegfried : Kase Craig

DON QUICHOTTE
Pas-de deux du mariage, extrait du troisième acte
Musique de Ludwig Minkus
Chorégraphie de Charles Jude d’après Marius Petipa
Kitri : Diane Le Floc’h
Basilio : Neven Ritmanic

LA BELLE AU BOIS DORMANT
Pas-de deux du mariage, extrait du troisième acte
Musique de Piotr Illitch Tchaïkovski
Chorégraphie de Charles Jude d’après Marius Petipa
Aurore : Sara Renda
Le Prince : Ashley Whittle

RAYMONDA - ACTE III
Musique de Alexandre Glazounov
Chorégraphie de Charles Jude d’après Marius Petipa
Raymonda : Oxana Kucheruk
Jean de Brienne : Oleg Rogachev
Czardas : Stéphanie Roublot et Alvaro Rodriguez Pinera
Pas-de dix : Laure Lavisse, Emilie Cerruti, Saki Kuwabara, Anna Gueho et Austin Lui, Guillaume Debut, Neven Ritmanic, Alexandre Gontcharouk
Czardas : Coralie Aulas, Marina Guizien, Natalia Butragueno, Marini da Silva, Pascaline di Fazio, Marina Kudryashova, Nicole Muratov, Alice Leloup et Felice Barra, Kase Craig, Pierre Devaux, Léo Lecarpentier, Jérémie Neveu, Robin Chaput, Fraser Roach, Ashley Whittle

/// DATES ET RESERVATIONS
MODENA / Teatro Comunale “Luciano Pavarotti” / Jeudi 11 mai 2017 - 21h
http://www.teatrocomunalemodena.it/scheda_evento.php?idevento=11&id=balletti&sessione=primavera
VINCENCE / Teatro Comunale Citta di Vincenza / Samedi 13 mai 2017 - 20h45
http://www.tcvi.it/it/eventi/2016-2017/danza/839/soir-e-petipa-les-grands-ballets-classiques


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haydn
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Inscrit le: 28 Déc 2003
Messages: 22855

MessagePosté le: Mar Avr 18, 2017 7:11 am    Sujet du message: Répondre en citant

Je vous livre la critique de Jean-Marc Jacquin, qui a vu pour nous la sixième édition de "Quatre tendances" le 2 avril dernier. Jean-Marc m'a fait parvenir son texte peu de temps après le spectacle, mais j'ai retardé la publication en attendant les photos, qui ne sont jamais arrivées... Visiblement, la situation est un peu compliquée à Bordeaux actuellement. Pour Illustrer l'article, j'ai donc, en désespoir de cause, utilisé les images disponibles sur le site du Grand Théâtre, et qui ont vraisemblablement été prises lors de la générale. Elles ne correspondent pas forcément aux distributions chroniquées, j'en suis désolé. A noter qu'une seule critique de ce spectacle a été publiée jusqu'à présent, c'est celle d'Ariane Bavelier, dans Le Figaro - et d'ailleurs réservée aux abonnés du quotidien. Visiblement, les correspondants des autres journaux, sans doute présents le soir de la Première du 30 mars, finalement annulée - n'ont pas digéré d'avoir été privés de spectacle à la dernière minute...




    02 avril 2017 : Quatre tendances (6) au Grand Théâtre de Bordeaux

      Pour ce qui pourrait être la dernière édition du genre (?), pas moins de deux créations et une re-création nous sont proposées. La première de ces créations est l'aboutissement du premier Concours de jeunes chorégraphes organisé y a un an conjointement par le Malandain Ballet Biarritz, le Ballet du Capitole de Toulouse et le Ballet de l’Opéra National de Bordeaux. La première lauréate Xenia Wiest y a obtenu ainsi une résidence artistique d'un mois au Ballet de Bordeaux débouchant sur cette création. La danseuse germano-russe, en dépit de son jeune âge, n'est pas novice en matière de chorégraphie, ayant déjà présenté un grand nombre de pièces chorégraphiques diverses, à Berlin où elle travaille mais aussi de par le monde. Ce qui frappe dans Just before now c'est justement la maturité et la puissance de l'expression. Sur une musique nostalgique de Patrick Soluri, dans une atmosphère assombrie, les dix danseuses et les quatre danseurs convoqués déploient une suite d'évolutions complexes et constamment variées. L'ensemble témoigne d'un grand sens de l'occupation de l'espace et de la progression du discours (encore que la note d'intention au sujet des veuves «socialement isolées» contribue plutôt à obscurcir le propos). Les postures longilignes des danseuses, souvent de dos, ne sont pas sans évoquer par moments quelques sylphides balanchiniennes mais le langage est en définitive très personnel. Diane Le Floc'h et Alvaro Rodriguez Piñera fluides et concentrés en couple soliste, et l'ensemble du corps de ballet servent de la meilleure des manières une œuvre accomplie, envoûtante, d'une artiste à suivre désormais.

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JMJ



Inscrit le: 16 Mai 2009
Messages: 521

MessagePosté le: Mar Avr 18, 2017 9:55 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Les photos sont pertinentes. On voit bien Diane Le Floc'h et surtout Alvaro Rodriguez Piñera, en forme éblouissante ce jour-là.


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Florestiano



Inscrit le: 28 Mai 2010
Messages: 1753

MessagePosté le: Mar Avr 25, 2017 11:03 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Marc Minkowski a tenu une conférence de presse pour présenter la saison à venir, qui sera dévoilée au public... le 22 mai (comme quoi, il y a encore plus absurde que l'Opéra de Paris dans l'annonce des saisons, mais bref).

Pour la danse :
Citation:
Le « Faun » de Sidi Larbi Cherkaoui en octobre,
une création de Le Riche autour du Concerto clavecin n°1 de #Bach,
le retour de « Pneuma » de Carolyn Carlson mais avec un vrai orchestre live,
le « Break à Mozart » de Kader Attou
et trois grands chorégraphes pour la fin de saison : Béjart, Kylián et Robbins.
Arcachon accueillera « Solstice », création 2017 de Blanca Li et « La Fresque » d’Angelin Prejlocaj
Le TNBA, Théâtre de Bordeaux accueillera lui Alain Platel dans « Nicht Schlafen ».
Et aussi pour satisfaire les amateurs de ballet classique : « Don Quichotte » de Charles Jude squatte le Grand-Théatre pour Noël

source : http://classiquemaispashasbeen.fr/2017/04/24/saison-20172018-a-lopera-de-bordeaux-demandez-le-programme/


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ptite.danseuz



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MessagePosté le: Mer Avr 26, 2017 4:28 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Ca sent le classique fourré à Noel pour éviter les foudres des habitués mécontents...


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Gonfu



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Messages: 85

MessagePosté le: Sam Mai 06, 2017 10:14 am    Sujet du message: Répondre en citant

Cherkaoui, Kader Attou, Bianca Li... On dirait la programmation d'un Nième CNC.


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haydn
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Messages: 22855

MessagePosté le: Jeu Mai 11, 2017 11:50 am    Sujet du message: Répondre en citant

Avant de vous parler de Noé, qui a fait salle comble hier soir au Théâtre de Chaillot, je prends la liberté - j'espère qu'il ne m'en voudra pas - de recopier l'éditorial qu'a rédigé Thierry Malandain pour le dernier numéro du journal de sa compagnie. Ce très beau texte traite de l'état de la danse classique en France en général, et de la situation du Ballet de Bordeaux en particulier :






    Dans un contexte économique tendu, face à la menace de suppression de postes, qui obligerait la troupe à abandonner son répertoire classique, les danseurs du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux ont lancé en février une pétition intitulée : « Sauver le Ballet classique à Bordeaux ». Nous n'aurons pas l’indélicatesse de nous mêler d’une situation qui dépasse nos compétences. Mais en espérant une solution satisfaisante, disons tout de même l’importance culturelle, esthétique et historique d’un sauvetage, puisque le Ballet classique est en voie de disparition en France alors qu’il séduit toujours un large public.

    Mais au fond, rien de neuf, car depuis ses débuts le Ballet éprouve le sort éternel de mourir pour renaître. Apparu en Italie, il connut son essor en France après que Louis XIV eut fondé l’Académie royale de danse (1661) afin de le sauver : « d’une ruine irréparable ». (1) Cette Académie « se voua au profond silence » (2). C’est pourquoi, il revient à Pierre Beauchamp, le premier maître de ballet de l'Académie royale de musique (1669), c’est-à-dire de l’Opéra de Paris, d’avoir fixé les principes à l’origine de la danse classique. Ils se répandront en Europe par le biais d’un système d’écriture, mais aussi oralement et de corps à corps. Ainsi, durant trois siècles, la France fournira les nations étrangères des représentants de son école. Raison pour laquelle le français est la langue universelle de la danse classique. Un cocorico pour l’orgueil national. Au vrai, souvent contraints à se faire une position ailleurs, ses ambassadeurs cultiveront ce que nous laissions perdre.

    Même Gustave Bertrand, expert de la double-croche qui maudissait « les trop nombreux amateurs de mollets » et considérait la danse comme « le plus important des accessoires du lyrique », l’évoquera en 1866 : « Nous ne nous arrêterons pas ici à plaindre la déchéance de notre école de danse qui faisait la loi jadis et imposait son style à tous les théâtres de l'Europe, et qui, depuis trente ans, se voit réduite à emprunter toutes ses premières ballerines à l'Italie ».(3) Car ironie du sort, ce qui avait été semé là-bas sera replanté ici. Ainsi, bien que le talent soit sans patrie, jusqu’à l’orée du XXe siècle, l’Italie imposera en France sa suprématie. Et, à en croire Ludovic Halévy, les réactions protectionnistes s'étendront jusqu'aux mères des ballerines : « Les premières danseuses, ce sont des étrangères… jamais nos filles ! Il n'y en a plus que pour les Italiennes. Le gouvernement devrait prendre des mesures contre toutes ces sauteuses étrangères. » (4)

    Le gouvernement aura d’autres préoccupations, puisque reléguant loin du soleil, celles et ceux qui tentaient d'insuffler une vie nouvelle aux formes classiques, il faudra ensuite avoir l’accent russe pour exciter la sympathie et réussir. Ce qui justifiera en 1918, cette récrimination d’un danseur de l’Opéra de Paris : « Quelqu'un a dit : « En France, on danse avec ses pieds ; en Russie, on danse avec son âme... » C'est bien possible, mais, quand on s'occupera de notre estomac en France, vous verrez comme l'âme nous poussera vite ! ». (5)

    Les élans de l’âme slave : un sésame toujours actuel si l’on considère la fréquentation des Zéniths où se posent, en ordre sur deux lignes, les cygnes poussés par le vent d’Est. Pour autant, on ne désavouera pas le souffle revivificateur des Ballet russes, ceux de Serge Diaghilev qui entre autres bienfaits restaurèrent la place de la danse en s’emparant de la soirée entière. Une prétention pour ceux qui jugeaient impossible que le public s'intéresse longtemps à un spectacle muet, tel l’éditeur musical, Jacques Heugel, qui lança en 1923 : « A l’Opéra, la danse se borne à occuper, comme il convient, la place normale, discrète, qui lui fut toujours et doit lui rester réservée ». (6) Moyennant quoi, il faudra attendre les années 1950 pour que les théâtres subventionnés affichent des soirées entièrement dédiées à la danse.

    Les Ballets russes réhabiliteront aussi « ces êtres étranges qu'on appelle des danseurs » moqués dès 1830 par les forces vives de la bourgeoisie et du catholicisme. Mais le nouvel ordre bourgeois n’épargnera pas les danseuses objet de tous les fantasmes. Faute de place, prêtons seulement l’oreille à une séance de la Chambre. Nous sommes le 12 novembre 1891, et pour déjà se prémunir de la crise financière, l’ordre du jour appelle les parlementaires à discuter de la subvention de l'Opéra de Paris. La vedette du jour est un avocat, Camille Cousset, député de la Creuse, il siège au groupe de la Gauche radicale : « J'ai longtemps demandé la suppression des danseuses, je ne comprenais pas pourquoi on en avait. De fins connaisseurs m'ont fait comprendre que, si les danseuses n'avaient pas mes sympathies, c'est que j'avais mal envisagé la question. (Hilarité prolongée.) On m'a dit que je n'avais envisagé que le côté matériel, et qu'il fallait rechercher l'idéal. J'ai cherché l'idéal, je l'ai trouvé et je suis revenu à une meilleure opinion : je ne demande plus la suppression du corps de ballet. Mais il y a des danseurs ; je suis convaincu que, puisqu'ils ne sont là que pour soutenir les danseuses (Rires), l'administration de l'Opéra pourrait aussi bien, pour remplir cet emploi, prendre des conducteurs d'omnibus (Nouveaux rires) à qui elle donnerait 3 ou 4 fr. par soirée, avec un maillot. On aurait le même résultat et il y aurait une sérieuse économie réalisée. » (7)

    On citera enfin l’érudit, André Levinson, auteur en 1924 d’un avertissement d’actualité : « Nous croyons l'heure grave pour la danse d'école, cette splendide « industrie nationale ». Elle appelle une décision. Il y va du redressement, voire du salut d'un art que la France jadis enseigna à l'Univers ». (8) Le salut s’appellera Serge Lifar, puisque le fils spirituel de Serge Diaghilev rétablit la danse dans son plus complet épanouissement à l’Opéra de Paris. Une idée fixe veut qu’il empêcha les jeunes créateurs. Pourtant, Janine Charrat, Joseph Lazzini, Roland Petit, Maurice Béjart, etc. peuvent être perçus comme ses héritiers. Mais, l’on ne peut nier les tendances conservatrices de certains membres de la Confrérie du Ballet qui depuis longtemps regardaient les autres formes de danse comme un passe-temps fantaisiste ou un sacrilège.

    En conséquence, dans les années 1980, à la faveur d’une augmentation sans précédent du budget de la culture, qui permit à l’Etat d’élaborer une vraie politique chorégraphique, le Ballet classique associé à la tradition fut rendu responsable de tous les maux de la danse contemporaine. Ignorant un passé rempli de hauts faits arrachés à l’ordre du monde dans la lutte, la douleur et les larmes, on s’attacha à l’idée que la créativité tenait uniquement dans l’innovation. Changer, c'est évidemment toujours pour le mieux. C’est sans doute pourquoi, aujourd’hui préoccupé, par la question du public et pour remplir les grandes salles, on lorgne du côté des Ballets : compagnies de répertoire et de création comptant une trentaine de danseurs permanents. Or, elles ne sont plus que quatre à pouvoir en région interpréter le répertoire historique dont la valeur fondamentale est de servir la base de l’éducation chorégraphique : le Ballet de l’Opéra national du Rhin, de l’Opéra de Nice, du Capitole de Toulouse et de l’Opéra National de Bordeaux.

    Malgré la crainte de lasser, mais il est toujours bon de parler de ce que l’on aime, notons qu’au XVIIIe siècle Bordeaux eut le privilège de fixer Jean Bercher, dit Dauberval, qui contraint à renoncer à sa place de maître de ballet à l’Académie royale de musique, choisit Bordeaux plutôt que Londres ou Saint-Pétersbourg. C’est ainsi qu'il écrira à un ami en 1785 : « Je ne vous parlerai point de mes succès ni de ceux de mon épouse. Les Bordelais nous accordent plus d'applaudissements que nous n'en méritons ; mais nous tâchons de ne pas suivre tous les contre-sens de la sublime Académie royale de musique, car les artistes (comme vous le savez) y sont furieusement persécutés par tous les sots qui la dirigent, et je bénis l'heureuse étoile d’être loin d'un tripot où le faux talent ne cesse d'être protégé ». (9)

    Ce n'était pas, comme on pourrait croire, une réaction déplacée. Régnait alors à l’Académie royale de musique, les frères Gardel et notamment Pierre, pour ainsi dire « le dictateur de l’art du ballet en France » (10), qui ne manquant pas d’influences pour survivre à tous les régimes s’emploiera durant quatre décennies à intriguer contre ses collègues les plus originaux, les obligeant à « chercher ailleurs ce qu'ils auraient dû rencontrer ici ! ». (11) Mais il serait long à décrire le nombre des indignités commises, et « rendons grâce à cet exil forcé, car Dauberval doit être regardé avec raison comme le père de cette école de danse bordelaise d'où se sont élancées presque toutes les réputations aériennes de ce siècle » (12) écrit Charles Monselet en 1865. Citons, Charles-Louis Didelot, qui refusé à l’Académie royale de musique, vint à Bordeaux, avant de rejoindre en 1801 Saint-Pétersbourg où il hissa la réputation du Ballet russe. Il aura pour successeur en Russie, Alexis Blache, mort sur les bords de la Garonne et fils de Jean-Baptiste Blache, que les bordelais avaient su enchaîner après le décès de « leur Dauberval chéri ». Mais, il faudrait un gros livre, vu que Paul-Ernest de Ratier observe encore en 1856 : « Bordeaux à la supériorité bien reconnue sur tous les Ballets du monde. Aux autres villes elle laisse la suprématie du chant, la prééminence de la comédie, la magnificence de l’orchestre ; mais elle ne peut lâcher pied sur ces deux questions : la magnificence de son théâtre comme monument et l'excellence de son ballet ». (13)

    Rappelons enfin, que c’est à Bordeaux, parmi ses chefs-d’œuvre, que Dauberval créa en 1789 un ballet encore apprécié du monde entier : La Fille mal gardée dont le titre primitif était : Le Ballet de la Paille ou Il n'y a qu'un Pas du Mal au Bien. Pour dire que si le plus humain, le plus fragile des arts, ne vaut qu’une paille et ne tient souvent qu’à un fil, bien gardé, il a une belle destinée, voire une noble ambition, puisque selon le critique d’art, Maurice Brillant : « il s’agit avant tout de vaincre l'espace, de dominer la matière, et, en vérité, de faire triompher l'esprit ». (14)

    Thierry Malandain, mars 2017


    (1) Lettres patentes du 30 mars 1662
    (2) Lettres sur la danse, J.G Noverre lettre V, 1803, II, p.40
    (3) Revue moderne, 1er janvier 1866
    (4) La famille Cardinal, 1907, p.79
    (5) La Rampe, 3 janvier 1918
    (6) Le Ménestrel, 17 août 1923
    (7) Journal officiel de la République française.
    (8) Le Temps, 29 septembre 1924
    (9) L’Amateur d'autographes, 3e année
    (10) Le Ballet de l’Opéra de Paris, Ivor Guest, 1976, p.61
    (11) La Sténochorégraphie, Arthur Saint-Léon, 1852, p.15
    (12) De Montmartre à Séville, 1865, p.148
    (13) Andalouses bordelaises, 1856 p.44
    (14) La Muse Française, 10 juillet 1930





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Lammermoor



Inscrit le: 20 Jan 2008
Messages: 269

MessagePosté le: Jeu Mai 11, 2017 6:20 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Une personnalité qui enfin élève la voix et la plume !


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sophia



Inscrit le: 03 Jan 2004
Messages: 16925

MessagePosté le: Ven Mai 12, 2017 7:03 am    Sujet du message: Répondre en citant

Oui, très beau texte. Merci.


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Ballerina



Inscrit le: 01 Juin 2016
Messages: 304

MessagePosté le: Ven Mai 12, 2017 7:36 am    Sujet du message: Répondre en citant

Superbe texte, merci.


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Delly



Inscrit le: 14 Juin 2016
Messages: 404

MessagePosté le: Mar Mai 16, 2017 1:20 am    Sujet du message: Répondre en citant

Magnifique. Tant de qualités d'écriture (outre l'érudition qui convient à un professionnel de la danse) au service d'un combat politique, par les temps qui courent, c'est rare. Merci.


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Lammermoor



Inscrit le: 20 Jan 2008
Messages: 269

MessagePosté le: Dim Mai 21, 2017 7:41 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Le Ballet part pour deux dates en tournée à l'Opéra de Limoges...

Pneuma
Chorégraphie de Carolyn Carlson
Musique de Gavin Bryars
Lumières et scénographie de Rémi Nicolas

avec
Claire Teisseyre, Sara Renda, Stéphanie Roublot, Diane Le Floc’h, Coralie Aulas, Natalia Butragueno, Emilie Cerruti, Marina Guizien, Marina Kudryashova, Alice Leloup, Nicole Muratov
Kase Craig, Oleg Rogachev, Alvaro Rodriguez, Ashley Whittle, Guillaume Debut, Pierre Devaux ou Jérémie Neveu, Alexandre Gontcharouk, Léo Lecarpentier, Austin Lui, Neven Ritmanic, Marc-Emmanuel Zanoli

Mardi 23 mai 2017, 20h / Mercredi 24 mai 2017, 20h
Opéra de Limoges
http://www.operalimoges.fr/fr/pneum...


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