Dansomanie : Prix de Lausanne 2008 : finale
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Prix de Lausanne 2008 : finale du 03 février

 

 

Dimanche 03 février 2008 : finale

 

 

Résultats du concours 2008 :

 

Prix offert par la Fondation Leenards (Premier prix)

(45) M. Aleix Martinez, Espagne
Studio Ballet Colette Armand, Marseille ; Escuela
Ballet David Campos, Barcelone

 

Prix offert par le Beau Rivage Palace

(33) Mlle Lili Felméry, Hongrie
Hungarian Dance Academy, Budapest

 

Prix offert par la société Adveq

(49) M. Dylan Tedaldi, USA
Boston Ballet School

 

Prix Julius Bär

(84) M. Kyle Davis, USA
North Carolina School of the Arts ; Rock
School for Dance Education

 

Prix de la Fondation Oak

(64) Mlle Akane Takada, Japon
Hiromi Takahashi Ballet Studio, Tokyo; The
Bolshoi Ballet Academy

 

Prix de la Fondation Pittot / Société Académique Vaudoise

(80) M. Irlan Silva, Brésil
Centro de Dança Rio ; Companhia Jovem

 

Prix (donateur anonyme)

(30) Mlle Marcella de Paiva, Brésil
Conservatorio Brasileiro de Dança, Rio de Janeiro

 

Prix d'interprétation contemporaine

(45) M. Aleix Martinez, Espagne
Studio Ballet Colette Armand, Marseille ; Escuela
Ballet David Campos, Barcelone

 

Prix du meilleur Suisse

(70) Mlle Gozde Ozgur, Turquie
Tanz Akademie Zürich

 

Prix du public

(64) Mlle Akane Takada, Japon
Hiromi Takahashi Ballet Studio, Tokyo; The Bolshoi Ballet Academy

Finalistes

Les finalistes n’ayant pas gagné de prix reçoivent une prime d’encouragement de CHF 1'000.- offerte par la société Bobst SA.


(10) Mlle Grete Sofie Nybakken, Norvège
Ecole de Ballet de Norvège, Oslo

(26) Mlle Chae Eun Yang, Corée
SunHwa Arts High School, Seoul

(41) M. Marcelino Libao Jr., Philippines
Steps Dance Studio, Philippines

(44) M. Renan Cerdeiro, Brésil
Miami City Ballet School; Escola de Dança Alice Arja, Rio de Janeiro

(47) M. Paul Russell, Australie
Alegria Dance Studios, Australie

(60) Mlle Charlotte O'Donnell-Barber, Australie
The Australian Conservatoire of Ballet, Victoria

(65) Mlle Jessica Lee Fyfe, Australie
The Australian Ballet School

(67) Mlle Kristy Lee Corea, Australie
The Australian Ballet School

(72) Mlle Nancy Osbaldeston, Grande-Bretagne
English National Ballet School; Cardwell Theatre School

(81) M. Ricardo Santos, Brésil
Conservatorio Brasileiro de Dança, Rio de Janeiro

(82) M. Balázs Majoros, Hongrie
Hungarian Dance Academy, Budapest

(88) M. Joakim Adeberg, Suède
Ecole Royale de Ballet de Suède, Stockholm

(90) M. Rodrigo Hermesmeyer, Brésil
Conservatorio Brasileiro de Dança, Rio de Janeiro; Escola Municipal de Dança de Joinville


 

Commentaire :



Cette fois, le dernier jour de la compétition est arrivé, celui d’une finale pour laquelle 21 candidats ont été sélectionnés. Des candidats qu’on a jugés sur leurs deux prestations scéniques du samedi, mais aussi, durant la semaine, sur leur comportement dans les ateliers d’expression artistique et contemporain. Et comme nous n’avons pas tout vu, comme nous n’avons pas assisté à toutes les séances en studio, la liste des finalistes nous a laissée d’emblée – avouons-le - quelque peu surprise, même si un certain nombre de danseurs choisis par le jury paraissaient en même temps s’imposer comme une évidence. En fait, on se sera davantage étonnée de ne pas voir certains noms – chez les filles -, ou plutôt certains numéros, cerclés de noir, sur la feuille blanche projetée aux candidats sur un écran dans la soirée du samedi… Ceux, par exemple, d’une ou deux Coréennes, ou d’une ou deux Japonaises, qu’on aimait bien, et plus encore celui de Lilit Hogtanian, si frappante dans sa fragilité même, un talent rare, unique, sans que l’arbitraire du goût y soit pour quelque chose… Le Prix de Lausanne cherche avant tout à valoriser et à récompenser le potentiel artistique, et il semble qu’on était là bien au-delà de la seule virtuosité technique, plus petit commun dénominateur (mais c’est déjà tellement quand on a quinze ans…) des compétitions de danse traditionnelles. Bref, ces considérations personnelles mises à part, ce n’est pas à nous à nous substituer aux choix d’un jury, dont les décisions, comme toujours et partout, sont propres à susciter, dans leur part de subjectivité obligée, leur lot d’interrogations. La danse ne se confond pas non plus avec une épreuve sportive, et l’on sait que le gagnant n’est pas forcément le premier arrivé, pas plus que le perdant n’est le dernier de la course…



Il est maintenant près de 15h en ce dimanche. Dehors, un temps merveilleux de février illumine la ville de Lausanne, mais ici, personne ne s’en soucie : on est littéralement hors du monde. A l’arrière-scène du Palais de Beaulieu, les jeunes danseurs s’activent pour leurs ultimes préparatifs : une candidate en aide une autre à fixer son tutu, l’un finit de s’échauffer ou de répéter mentalement un enchaînement, tandis que l’autre rajuste son costume, ajoute un bracelet à son poignet, ou vérifie les ruban de ses chaussons. Les fleurs ou les diadèmes ornent d’impeccables chignons lissés, chefs d’œuvre d’artificialité, et Lili Felméry, resplendissante dans son tutu rose orné de pierreries, sera la plus belle pour aller danser… A moins qu’on ne lui préfère la flamboyance de Gozde Ozgur, la nouvelle petite fiancée turque de la Suisse…

Norvège, Suède, Espagne, Hongrie, Grande-Bretagne, l’Europe était, en cette année 2008, plus présente que d’ordinaire parmi les finalistes, cela mérite d’être souligné. Néanmoins, le Brésil et l’Australie sont apparus, en plus des Etats-Unis qui avaient d’excellents candidats, comme des nations sur lesquelles il fallait désormais compter. Phénomène accidentel ou tendance lourde ? L’avenir nous le dira, mais le Nouveau Monde a parfois montré un enthousiasme – pour le meilleur et pour le pire - qui a des raisons de nous rendre nostalgiques. De manière presque inédite à Lausanne, avec une seule candidate japonaise et une seule candidate coréenne parvenues en finale - sur des dizaines présents -, le raz-de marée asiatique n’aura pas eu lieu. Disons-le, certaines n’en méritaient pas tant, même si cette année, il n’y avait à l’évidence pas de Sae-eun Park ou de Kono Mai pour réconcilier tout le monde.



Comme la veille, les candidats, dont l’ordre de passage, a priori aléatoire, faisait alterner les garçons et les filles, ont d’abord présenté la variation classique avant d’interpréter la variation Neumeier. Le jeune Philippin Marcelino Libao Jr, le plus jeune de tous les garçons sélectionnés à Lausanne, ouvrait cette finale avec la variation de Siegfried, extraite du Lac des cygnes. Probablement encore un peu vert sur le plan scénique et stylistique, il a montré qu’il possédait pourtant toutes les qualités qui justifiaient une place de finaliste, à défaut d’une récompense qu’il n’a pas obtenue: une technique impeccable, de très beaux sauts, du panache et par dessus-tout, une personnalité ouverte et généreuse. Le choix de Yondering était par ailleurs, eu égard à sa jeunesse, particulièrement judicieux : sans qu’on en soit pour autant bouleversée, sa prestation dégageait là beaucoup de charme et de fraîcheur. En revanche, et à l’image de nombre de finalistes, la Norvégienne Grete Sofie Nybakken, si elle a brillé par son sens dramatique et sa vivacité dans la variation de Cendrillon (A Cinderella Story) de Neumeier, n’a guère convaincu sur sa variation classique, celle de Swanilda, tirée de Coppélia : d’impeccables extensions n’ont pas suffi à faire oublier une expressivité quelque peu figée conjuguée à une certaine raideur du haut du corps, ainsi qu’un manège final bien laborieux. Chez le Suédois Joakim Adeberg qui interprétait la variation du Prince Désiré de La Belle au bois dormant, le décalage entre une excellente prestation dans la variation Neumeier (Nijinsky) et une variation classique manifestant de grosses lacunes techniques (problèmes de réceptions, difficultés dans les tours en l’air, dans le manège final, cela fait beaucoup !) paraissait encore plus évident. De même, le Hongrois Balasz Majoros s’est rendu sans doute plus mémorable grâce à Vaslaw que par son interprétation du Corsaire, honnête, mais sans génie ni fougue. Quant au Brésilien Renan Cerdeiro, il avait vraiment besoin de Wrong Note Rag pour exprimer un talent scénique qu’on ne lui déniera certes pas, et se rattraper parallèlement d’une variation de Frantz imprécise et dépourvue de brio.

C’est ce déséquilibre patent, et surtout récurrent, entre les deux prestations scéniques, toujours au détriment de la variation classique et au profit de la variation Neumeier, que l’on pourrait ainsi reprocher à certains finalistes de l’édition 2008. C’est là aussi que réside toute l’ambiguïté de l’évaluation, en grande partie inédite, d’un concours qui s’adresse exclusivement à des danseurs de formation classique, qui n’ont jamais pour la plupart - ou si peu - abordé le répertoire contemporain, et que l’on prétend juger avant tout à l’aune de critères artistiques, forcément subjectifs, forcément un peu flous, notamment s’agissant d’adolescents. Qu'est-ce que le talent chez un danseur de 15, 16 ou 17 ans, quand on est soi-même amené à s'interroger à la vue de professionnels aguerris qui ont dix ans de plus? Chez les candidats brésiliens, tellement mis en avant cette année, on pourra certes louer au premier chef l’intouchable Rodrigo Hermesmeyer, finaliste oublié du palmarès, alors qu’il paraissait irréprochable et même souverain, tant sur la variation classique (La Sylphide) que sur celle de Neumeier (Yondering), avec ce quelque chose en plus apte à procurer au spectateur le nécessaire frisson d’enthousiasme, dans une moindre mesure, on pourra encore évoquer le flamboyant Irlan Silva et la charmante Marcella de Paiva – déjà solistes en herbe, et récompensés pour leur part par une bourse -, mais chez d’autres, tels Renan Cerdeiro ou Ricardo Santos, le sens de la scène, le charisme ou le simple enthousiasme ont parfois semblé se substituer aux indispensables qualités techniques et à la virtuosité que l’on attend tout de même aussi dans un concours de ce type. De ce point de vue, et de manière plus globale, le palmarès du Prix de Lausanne 2008, ou tout au moins la liste des finalistes en lice, n’aura démenti ni infirmé en aucune manière les déclarations de John Neumeier, Président du jury de l’édition 2008, qui avait annoncé la couleur à l’occasion d’une interview accordée à un journal suisse quelques jours avant la finale : "Je ne cherche pas à célébrer la virtuosité."

Voilà pour les petites réserves, ou plutôt les interrogations, de cette année. Lausanne n’est après tout, avec son esprit particulier, qu’une grande compétition internationale – et prenons-la pour ce qu’elle est - visant à aider de jeunes danseurs professionnels doués et talentueux à poursuivre leurs études ou à se faire remarquer d’un chorégraphe ou d’un directeur de compagnie. Alors rien n’y fait, on a beau invoquer l’art - avec ou sans majuscule -, dans un contexte semblable, on vient ici, d’abord, avec le désir d’admirer, encore et encore, des danseurs qui sautent, et qui tournent, et qui nous éblouissent, des danseurs parmi lesquels on découvrira peut-être celui qui possède plus qu’une impeccable technique, plus que la virtuosité que la jeunesse autorise…

En l’absence d’une personnalité écrasante - celle ayant tous les talents et que l'on rêve tous de voir élue et récompensée chaque année -, la finale nous a toutefois permis de revoir, parfois un peu plus fatigués ou fébriles que la veille (dommage, c’est la finale qui est filmée pour la télévision et la postérité !), certains danseurs ayant su charmer ou séduire. Lili Felméry par exemple, récompensée par la deuxième bourse d’étude, on l’aurait bien vue grande gagnante de ce Prix… Une vraie ballerine au physique de rêve, et des talents plus évidents de jour en jour, visibles aussi bien dans la variation de Swanilda, où elle est parvenue à conjuguer vivacité, précision et élégance, que dans celle de Nocturnes, pour laquelle elle a fait preuve d’un lyrisme et d’une expressivité admirables. Un profil d’artiste très classique et très académique certes – mais assumons nos goûts ! - que l’on retrouvait avec bonheur dans la prestation et la personnalité d’Akane Takada, une Japonaise de 17 ans élève de l’Académie de ballet du Bolchoï à Moscou. On pouvait reconnaître en la voyant le caractère fondamental, essentiel, de la formation - ce que les Russes appellent "l’école" - qui transcende l’origine géographique. La force des Coréennes dans les concours est aussi là ! Lauréate de la cinquième bourse d’étude, et favorite du public – à l’instar de sa compatriote Kono Mai l’an dernier -, elle a montré une superbe maîtrise stylistique et un charme irrésistible dans une variation de Giselle impeccablement assumée. Parmi les trois flamboyantes Kitri (l’Anglaise Nancy Osbaldeston, l’Australienne Kristy Lee Corea, la Turque Gozde Ozgur) parvenues jusqu’en finale, et qui toutes, quels que soient nos goûts, méritaient leur sélection - et sans doute un peu plus pour l’une ou l’autre de ces demoiselles -, notre préférence est allée à la Turque Gozde Ozgur, pour la vivacité, le charme et le piquant de bon aloi dont elle a fait preuve dans une variation pouvant parfois donner lieu à certains débordements interprétatifs ou excès gymniques… Faute de se voir accorder une bourse, elle a reçu comme lot de consolation le Prix de la meilleure Suissesse, qui n’a certes pas la même valeur (2500 CHF au lieu des 10000 CHF des bourses d’étude accordées à six candidats), mais qui a dû pourtant réjouir aussi bien cette jeune Turque étudiant à Zürich, que les Suisses, en manque de candidats depuis plusieurs années… Chez les garçons enfin, de fortes personnalités certes, et peut-être plus au final que chez les filles, on l’avait déjà souligné, mais en-dehors de Rodrigo Hermesmeyer – on aura compris qu’il était notre candidat favori ! -, oublié du palmarès, aucun dont on peut dire qu’il est parvenu à susciter un véritable enthousiasme. On a pu apprécier l’élégance de l’Américain Kyle Davis dans la variation d’Albrecht, celle de l’Australien Paul Russell dans celle du Lac des cygnes, ou encore la saltation de l’Espagnol Aleix Martinez dans Fête des fleurs à Genzano, mais pas de quoi être bouleversé pour le restant de ses jours... On restait là dans des prestations d’excellence, mais néanmoins scolaires, dépourvues de ce "presque rien" qui rend un danseur, sinon inoubliable, du moins mémorable. Si l’on devait en choisir un parmi les lauréats, alors ce serait sans aucun doute l’Américain Dylan Tedaldi (lauréat de la troisième bourse), qui a survolé – en-dehors d’une petite réception hasardeuse d’un tour en l’air - sa variation du Pas de deux des Vendangeurs, pour s’imposer ensuite dans un Nijinsky impressionnant de puissance et d’énergie.



Pendant les délibérations du jury présidé par John Neumeier, John Neumeier restait encore métaphoriquement parmi nous, avec un pas de deux, Opus 100 pour Maurice, chorégraphié sur une chanson de Simon et Garfunkel et interprété par Ivan Urban et Yohan Stegli, tous deux danseurs au Ballet de Hambourg. Présentée comme un hommage à Maurice Béjart pour qui elle fut créée en 1996 à Lausanne, cette œuvre brève, visuellement et plastiquement plaisante, mais d’une originalité bien circonscrite, s’inspire à plus d’un titre du duo masculin du Chant du Compagnon Errant, sans en posséder toutefois la profondeur de signification. Plus intéressant s’est révélé Yondering, redécouvert à Lausanne avec un plaisir que je n’avais certes pas éprouvé lorsque je l’avais vu interprété par l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris, où l’ennui et l'indifférence – j’en suis tout à fait désolée - avaient largement dominé dans mon appréciation. Le ballet était interprété ici par des élèves de trois écoles de danse, celle du Ballet National du Canada, pour laquelle il fut créé en 1996, celle du Ballet de Hambourg, et celle du Ballet de l’Opéra de Paris. Les tableaux qui composent l’œuvre, chorégraphiés sur diverses chansons - qu'on ne passerait pas sa journée à écouter, il est vrai - de Stephen Foster, étaient alternativement confiés aux élèves de Hambourg, de Toronto ou de Paris, par ailleurs réunis, sans qu’on puisse vraiment les distinguer, dans d’autres tableaux, et notamment pour le final. Disons-le, il y avait là, chez les divers interprètes, que je ne connaissais pas, une intensité dramatique, une vie, une émotion, une passion même - au détriment probablement d’une certaine harmonie dans les ensembles (mais cette discipline "classique" n’est pas non plus là ce que cherche et apprécie Neumeier, comme me l’a précisé un élève de Hambourg) – qui rendaient à la chorégraphie tout son sens originel : une œuvre chargée de traduire les émois de l’adolescence avec un naturel naïf non dénué d’humour et de fantaisie. Avant que ne soient récompensés, dans le monde réel, de jeunes danseurs prometteurs, ce bref moment de grâce, en même temps que cette traversée du miroir, ont constitué une belle surprise, et l’une de celles que l’on n’attendait pas…



Tout est fini à présent, ou presque. Mais la messe n’est pas encore dite… Voici venu le temps du palmarès, l’ultime moment où le public en même temps que les finalistes réunis sur la scène auprès des membres du jury, des professeurs et des répétiteurs vont entendre les noms des derniers élus s’égrener les uns après les autres dans la bouche de Patricia Leroy, secrétaire général du Prix de Lausanne. Akane Takada, "Prix du public", est la première à venir chercher sa récompense. Puis, c’est le tour de Gozde Ozgur, "Prix de la meilleure Suissesse", et d’Aleix Martinez, "Prix d’interprétation contemporaine". Les bourses enfin : Marcella de Paiva, Irlan Silva, Akane Takada, Kyle Davis, Dylan Tedaldi, Lili Felméry et… Aleix Martinez. Et puis, c’est fini. Déjà. Bravo à eux. Sept candidats récompensés et au fond, du point de vue du spectateur que je suis, une très légère frustration – le Prix de Lausanne 2008 est à présent terminé -, et aucun sentiment d’évidence face à ce palmarès en demi-teinte récompensant des candidats pourtant tous valeureux… Mais on le sait bien, il y a loin de l’excellence à la vraie gloire des étoiles de 15 ans…



Bien sûr, il y a le traditionnel cocktail d’après spectacle qui permet de prolonger les plaisirs de la journée. Et l’on succombera sans peine aux nourritures terrestres. C’est là que l’on retrouve de nombreux candidats, finalistes heureux ou malheureux, et quelques autres pour qui la compétition s’est arrêtée samedi soir. C’est là que l’on rencontre aussi d’anciens lauréats ou simples participants, comme Telmo Moreira, le petit Portugais de 15 ans qui avait enthousiasmé le public lors de l’édition 2007 par sa fraîcheur et sa joie de danser. Telmo, qui a bien grandi depuis l’an dernier, a en réalité passé toute la semaine à Lausanne, assistant, sans la pression de la compétition, aux diverses répétitions et épreuves. Profitant d’une semaine de vacances, il est venu soutenir sa compatriote Mariana Rodrigues, issue comme lui du Conservatoire de Lisbonne. Sa bourse d’étude lui a permis, comme il le souhaitait, de poursuivre ses études à la prestigieuse Académie Vaganova de Saint-Pétersbourg où il est actuellement élève. Et la Russie lui plaît tellement qu’il a réussi à se faire parrainer pour une année supplémentaire. Devenu une sorte de "héros" dans son pays, la télévision portugaise lui a consacré 12 minutes aux informations nationales (au lieu des six traditionnellement réservées au Prix de Lausanne) et surtout, a réalisé un documentaire de 52 minutes sur sa vie de jeune danseur à Saint-Pétersbourg. Le début de la gloire…

Un autre candidat de l’édition 2007 se trouve aussi là, pour d’autres raisons. Moins célèbre – il n’avait alors pas dépassé le stade des quarts de finale -, Braulio Alvarez de la Parra, seul candidat représentant le Mexique, est à présent élève à l’école du Ballet de Hambourg. Les perdants de Lausanne ne repartent jamais les mains vides… Pardon de tomber dans le cliché, mais c’est là une belle leçon d’espoir pour tous les participants. Lui est venu à Lausanne danser Yondering, un ballet dont il parle avec enthousiasme, comme de la compagnie de Neumeier qu’il aimerait rejoindre à la fin de sa scolarité, "bien que cela soit difficile", précise-t-il. Concernant l’interprétation donnée de Yondering et plus largement le palmarès de cette édition, très marqué selon lui de la personnalité du Président du jury, il m’explique que Neumeier ne cherche pas à chorégraphier des ensembles à la discipline et à l’harmonie parfaites, pas plus qu’il ne souhaite des danseurs virtuoses au sens académique du terme ; ce qui l’intéresse, c’est avant tout le sens dramatique, l’expressivité et l’émotion portés par ses interprètes, des qualités plus perceptibles selon lui à Hambourg qu’à Paris, où la précision et la propreté techniques sont considérées comme plus importantes. L’intérêt de ce Yondering a aussi été de permettre à chaque école de conserver son style et sa spécificité, comme me le confirmera par ailleurs Elisabeth Platel. Le difficile passage de "l’école" au travail chorégraphique, mis en œuvre ici à travers la réunion sur scène de trois écoles de danse très différentes dans l'interprétation d'une même oeuvre, n’a en tout cas pas laissé indifférent.

Et puis enfin, il y a Aleix Martinez, le vainqueur de l’édition 2008. Déconcertant de simplicité, d’une grande maturité (ce que sa danse laissait deviner), Aleix (prononcez Alech, c’est un nom catalan) parle un français impeccable, puisque depuis un peu plus de 2 ans, il est élève de Patrick Armand, qui l'accompagnait à Lausanne, au Studio-Ballet Colette Armand à Marseille. Originaire de Barcelone où il a débuté la danse, il a été repéré lors d’un stage d’été chez Rosella Hightower à Cannes par le mari de Paola Cantalupo, répétitrice à Lausanne et étoile des Ballets de Monte-Carlo. Sur les raisons qui l’ont motivé dans ses choix de variations, il explique que Bournonville se prêtait idéalement à ses qualités techniques - le saut, la petite batterie - et à son style d'une propreté qu'on peut qualifier de très française, et que la musique de Spring and Fall l’a attiré avant même une chorégraphie qu'il juge d'une grande simplicité, autorisant ainsi une véritable liberté interprétative. Il ne cache pas au demeurant son goût prononcé pour le style de Neumeier et le répertoire néo-classique du Ballet de Hambourg. Lui ne veut pas danser Giselle toute sa vie et se dit déjà attiré par la chorégraphie…



En pénétrant dans la nuit froide de Lausanne, pour rejoindre le monde réel, pour retourner vers la vraie vie, loin des flonflons du bal, on se sent comme un lendemain de fête, un peu grenouille, un peu Cendrillon… La fête est finie, les invités ont consommé jusqu’au dernier petit four, les verres sont vides au milieu des tables en désordre, et les lumières se sont définitivement éteintes. Le carrosse est redevenu citrouille et la pantoufle de vair un vulgaire chausson de toile. Demain, on rentre à la maison, on a déjà hâte d’y être…Vivement 2009!…

 

Album photo :

 

Dimanche 3 février : préparation à l'arrière-scène

 

 
 

Dimanche 3 février : variations classiques, filles et garçons

  

  

 

 

  

  

 

  

  
  
  Dimanche 3 février : variations Neumeier, filles et garçons
  

  

   

  

  

 

 

  

 

  
 
  Dimanche 3 février : remise des prix
 

  Dimanche 3 février : après la finale , cocktail à l’arrière-scène