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Balet Moskva, 30 ans de danse contemporaine en Russie
09 octobre 2017 : Elena Tupyseva - Compagnie «Balet Moskva»
Si
Moscou est généralement associée au Bolchoï,
véritable temple du ballet classique, au même titre ou
presque que le Mariinsky de Saint-Pétersbourg, la capitale russe
est généralement moins connue des balletomanes
étrangers pour ses spectacles de danse contemporaine.
L'activité créatrice y est pourtant foisonnante, et notre
correspondante Katya Anapolskaya nous fait découvir l'une des
troupes moscovites les plus actives, «Balet Moskva», en
allant à la rencontre de sa directrice, Elena Tupyseva.
Elena Tupyseva
Si
vous posez la question aux amateurs de danse: «A quel
théâtre associez-vous les mots danse et Moscou», la
première réponse sera sans doute «le
Bolchoï». Après, les spécialistes peuvent vous
répondre aussi : «le Théâtre
Stanislavski», surtout depuis que l'étoile de
l'Opéra de Paris, Laurent Hilaire, y est devenu directeur de la
troupe de ballet. D’autres encore, qui connaissent bien le sujet,
peuvent vous répondre qu’il existe aussi le Ballet du
Kremlin. Mais en 2019, c’est un autre théâtre de
Moscou qui va fêter son trentième anniversaire, le
Théâtre Ballet de Moscou, à notre avis trop peu
connu, y compris au sein du public moscovite.
La raison en est sans doute que le répertoire de ce
théâtre a été longtemps celui de toutes les
petites compagnies orientées vers la danse classique : Le Lac
des cygnes, Giselle, Don Quichotte, etc..., ce qui le mettait
d’office dans l’ombre des illustres théâtres
et ne lui permettait en aucune façon de leur faire
concurrence. Mis à part pour le simple spectateur, pour qui
acheter un billet au Bolchoï était une chose inaccessible
et pour qui un spectacle donné par la troupe classique du Ballet
de Moscou était la seule possibilité de voir des
danseuses en tutu blanc et d' écouter la musique de
Tchaïkovski (souvent avec beaucoup de coupures).
Frozen Laugh
En 2012, un nouveau responsable a été nommé pour
exercer les fonctions de directeur général et directeur
artistique de cette compagnie moscovite, Elena Tupyseva. Depuis, la
situation a changé du tout au tout.
«Il était
clair que notre théâtre ne pouvait plus continuer comme
avant. Alors qu’existent des théâtres comme le
Bolchoï et le Stanislavski, il n’y avait aucune
nécessité de danser le même répertoire et de
s’en tenir à la tradition classique, d’autant plus
que dans notre théâtre, nous n’avons pas de
tradition de répertoire, nous sommes un théâtre
trop jeune pour avoir un héritage à préserver.
Aujourd’hui, notre théâtre se compose de deux
petites compagnies : une compagnie classique qui danse le
répertoire contemporain néoclassique, et une compagnie de
danse contemporaine. L’existence même d’un tel
théâtre est intéressante, cela nous permet
d’avoir un répertoire varié et
d’éduquer de nouveaux spectateurs. Nous pouvons
déjà dire que nous avons notre propre public, nos
admirateurs», explique Elena Tupyseva.
Architecture of sound
«Pour améliorer rapidement le niveau de la troupe,
j’ai dû la renouveler. Cela a été difficile,
mais cela était indispensable. J'ai invité quelques
chorégraphes russes et étrangers pour organiser un
concours et garder dans la troupe ceux qui étaient en mesure de
continuer à travailler avec nous. Le résultat a
été que le nombre de danseurs de la troupe a
été réduit et la qualité a augmenté.
La troupe a intégré par ailleurs quelques
étrangers et aujourd’hui dansent chez nous un Australien,
un Néerlandais, une Israélienne et un
Suédois».
«Cherchant à faire évoluer notre troupe de ballet
classique et à constituer un nouveau répertoire,
j’ai décidé d’étudier ce qui se
faisait dans le monde du ballet en Europe et aux Etats-Unis. La
situation dans la danse contemporaine m’était
familière, dans la mesure où je dirigeais depuis 2000 le
Centre de chorégraphie contemporaine à Moscou, dont le
fondateur a été le chorégraphe et metteur en
scène Sacha Pepeliyev. Je connais bien de nombreux
chorégraphes contemporains, en Europe et aux Etats-Unis, je suis
amie avec plusieurs d’entre eux et je suis au courant de ce qui
se passe dans ce milieu.
Café Idiot
Mais je n’avais pas cette connaissance concernant le ballet
classique. J’ai dû alors pendant un bon moment
étudier très sérieusement les conditions dans
lesquelles évoluait le ballet classique de notre époque.
J'ai été voir la troupe du ballet de San Francisco,
l’ABT à New York, le ballet de l'Opéra de Zurich,
celui de Dresde et beaucoup d’autres, ce qui m’a permis
finalement de définir une ligne directrice pour le
développement de notre compagnie classique. J’ai fait
connaissance avec le directeur du Het Nationale Ballet à
Amsterdam et j’ai passé quelques jours dans cette troupe
à étudier leurs méthodes de travail et leur
répertoire. C’est là que j’ai
rencontré un jeune chorégraphe canadien, Robert Binet,
qui est l’auteur de notre dernier spectacle. Je n’ai pas
peur de faire des erreurs dans le choix de tel ou tel
chorégraphe, j’estime avoir le droit de faire des erreurs.
Chaque expérience est une nouvelle étape dans notre
évolution. Inviter pour une mise en scène un
chorégraphe jeune mais qui a déjà fait ses
preuves, c’est intéressant pour lui et pour nous.
Duimovochka (La Petite Poucette, d'après Tommelise de Hans Christian Andersen)
C’est comme un laboratoire créatif dans lequel
s’affine l’art du chorégraphe. Et pour la troupe,
c’est la possibilité de découvrir et
d’essayer un nouveau langage chorégraphique. Pour
élever le niveau technique de la troupe, nous invitons en
permanence des professeurs d’Europe et des Etats-Unis, nous
collaborons avec des maîtres du ballet de l'école de
Dresde (Palucca-Schule) et nous travaillons bien sûr avec des
danseurs et chorégraphes russes. Nos répétiteurs,
professeurs et chorégraphes sont Artyom Ignatiev et
Anastasia Kadruleva, anciens danseurs du Ballet Eifman de
Saint-Pétersbourg. Comme il se doit, tout ce travail a
déjà porté ses fruits : deux ans
d’affilée, nous avons eté récompensés
par un «Masque d’or» [la principale distinction
russe pour les spectacles de théâtre, ndlr] à
Moscou. Par exemple, le spectacle Café Idiot
(Masque d'or en 2016) a eu un grand succès : ce travail de Sacha
Pepelyaev d’après le roman de Dostoïevski est
très demandé par divers festivals de théâtre
et de danse contemporaine. Cette année, nous avons
été invités par le chorégraphe Viatcheslav
Samodourov à Ekaterinbourg pour présenter un
autre spectacle, Every Direction is North,
de Karine Ponties (Masque d'or en 2017). Espérons que nous
allons continuer comme cela. Еt vous trouverez ci-dessous une liste des
quelques spectacles à notre répertoire, à mon avis
les plus réussis, qui donne une idée des
chorégraphes avec lesquels nous travaillons actuellement».
Equus
Répertoire des danseurs de
la compagnie ayant une formation classique / néoclassique :
- Kreutzer Sonata / La Sonate à Kreutzer, Rober Binet (Canada)
- Minos, Juanjo Arques (Pays-Bas)
- Equus, Artyom Ignatiev, Anastasia Kadruleva (Russie)
- Médée, Kirill Simonov (Russie)
- Architecture of sound, Kirill Radev, Konstantin Semenov (Russie)
Répertoire des danseurs de la compagnie ayant
une formation strictement contemporaine :
- Café Idiot, Sasha Pepelyaev (Estonie / Russie)
- Every
Direction is North, Karine Ponties (Belgique)
- Frozen Laugh, Chris Haring (Autriche)
- Holding
the Time, Rachid Ouramdane (France)
- Le Sacre du Printemps, Régis Obadia (France)
En savoir plus : http://baletmoskva.ru/
Propos recueillis et traduits du russe par
Katia Anapolskaya
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