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Ballet du Capitole de
Toulouse
21 décembre 2018 : Don Quichotte (Kader Belarbi) au Théâtre
du Capitole
Natalia de Froberville (Dulcinée), Simon Catonnet (Don Quichotte)
Les opéras des régions s'attachent depuis longtemps
à proposer pour les fêtes de fin d'année un
programme grand public, et souvent sur une longue série de
dates. C'est encore le cas à Toulouse où, malgré
l'augmentation régulière des ventes par abonnement, il
reste un nombreux public non régulier qui choisit cette
période de l'année pour s'offrir un spectacle de
prestige. Mais cette année encore, point de Veuve joyeuse ou de Vie parisienne,
c'est le Ballet de Capitole qui régale. Étant à la
tête d'un répertoire considérablement riche,
après Giselle et Casse-noisette, la compagnie de danse peut reprendre un de ses fleurons, en l'occurrence le Don Quichotte
de Kader Belarbi, créé il n'y a pas si longtemps. Un
spectacle propre à réjouir le spectateur occasionnel
comme le balletomane le plus exigeant.
Natalia de Froberville (Kitri)
La
version de Belarbi est construite sur la tradition Petipa. Elle en suit
globalement le découpage, du prologue dans la chambre de Don
Quichotte aux scènes de rue, en passant par le camp des gitans
et la vision onirique du héros, sans oublier l'indispensable
attaque des moulins. On retrouve nombre d'éléments de la
chorégraphie que la tradition russe nous a léguée,
en particulier pour ce qui concerne le couple principal, Kitri et
Basilio. Le célèbre pas de deux du mariage est ainsi
fidèlement respecté. La partition de Minkus n'est pas
bouleversée, seulement enrichie par d'intéressantes
interpolations, notamment dans la scène des gitans.
Néanmoins la version Belarbi est sensiblement novatrice. Fait
majeur, elle supprime le personnage de Gamache, qui donne pourtant son
nom à l'épisode du roman de Cervantès qui inspira
le livret. C'est Don Quichotte lui-même qui se pose en
prétendant de la belle Kitri, image retrouvée de sa
Dulcinée. Basilio devient de son côté un jeune
torero déjà précédé d'une petite
renommée et suscitant l'engouement des jeunes filles du village.
Il remplace ainsi l'inutile Espada. Point de rivalité amoureuse
donc entre un pauvre berger, ou barbier dans le ballet, et un riche
propriétaire. Le vieux rêveur, prodigue de son argent, et
que personne ne prend au sérieux à l'exception du
père de Kitri, n'agit plus là par pur esprit
chevaleresque au service du jeune couple. C'est une petite entorse au
mythe.
Simon Catonnet (Don Quichotte), Natalia de Froberville (Dulcinée)
En outre, il n'est plus réduit à la pantomime mais
devient un personnage dansant, dès le prologue avec le
fantôme de Dulcinée dont il arrache le voile, puis
à plusieurs reprises. Simon Catonnet lui prête sa
silhouette longiligne pour une incarnation poétique. Gestes
lents, regard perdu, la vision de Dulcinée/Kitri lui rend un
moment de jeunesse. Cette scène de rêverie donne lieu a un
magnifique tableau aux couleurs aquatiques, dans un décor
végétal du plus bel effet. Car Kader Belarbi a
remplacé les traditionnelles dryades en tutu par de souples
naïades évoluant en longues tuniques flottantes. C'est le
grand moment du corps de ballet féminin qui semble se
démultiplier à vue d'œil grâce à une
savante chorégraphie. Dans le même tableau, si la
variation de Cupidon a disparu, on retrouve avec plaisir la variation
de la reine des naïades, surtout quand elle est dansée avec
autant de moelleux que par Alexandra Surodeeva. Soliste de la
compagnie, cette superbe danseuse venue de Russie fait oublier toutes
les difficultés techniques de sa partie dans une composition de
haute volée et d'une belle musicalité.
Natalia de Froberville (Kitri), Davit Galstyan (Basilio)
La
disparition de plusieurs personnages secondaires a pour effet induit de
transformer le premier acte en une suite presque ininterrompue de pas
de deux et de variations pour le couple d'amoureux Kitri/Basilio.
Natalia de Froberville et Davit Galstyan relèvent ce défi
d'endurance avec brio. Presque constamment en scène, c'est le
rôle de Kitri qui se taille la part du lion. Elle doit passer de
l'espiègle et provocante fille d'aubergiste, à une
amoureuse sensuelle puis à une apparition immatérielle.
Natalia de Froberville maîtrise tous ces registres à la
perfection. Ses équilibres semblent infinis et ses
fouettés du pas de deux final ne souffrent d'aucun
désaxement. Elle fait également preuve d'un sens de la
comédie qui fait vivre le rôle.
Davit Galstyan (Basilio), Natalia de Froberville (Kitri)
Davit Galstyan a souvent dansé Basilio sur la scène du
Capitole. Il semble à chaque fois meilleur avec une expression
artistique des plus abouties. L'élégance de ses tours
attitudes, l'amplitude de ses manèges et la facilité
spectaculaire de ses portés en font un interprète de
choix. Le partenariat avec Mlle de Froberville fonctionne très
bien, notamment dans le merveilleux pas de deux nocturne qui ouvre le
deuxième acte.
En couple secondaire Kateryna Shalkina et Minoru Kaneko
déploient un abattage puissant et dynamique dans les rôles
de Mercedes et Esteban, le fougueux chef gitan. Quant aux piquantes
Tiphaine Prévost et Kayo Nakazato en amies de Kitri, elles
témoignent de la richesse de la compagnie toulousaine en
matière de solistes potentiels.
Minoru Kaneko (Esteban), Kateryna Shalkina (Mercèdes),
Par ailleurs, le corps de ballet dans son ensemble a enrichi son bagage
stylistique grâce au travail sur le style flamenco avec Antonio
Najarro, directeur du Ballet National d'Espagne. Les boléros et
fandangos qui parsèment le ballet y gagnent un surcroît
d'authenticité et de vitalité, accompagnés de plus
dans la fosse par un Orchestre du Capitole en grande forme.
Jean-Marc
Jacquin © 2018, Dansomanie
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Simon Catonnet (Don Quichotte), Natalia de Froberville (Dulcinée)
Don Quichotte
Musique
: Ludwig Minkus
Conseillère
musicale : Elena Rassadkina Bonnay
Chorégraphie
et mise en scène : Kader Belarbi
Assistante
chorégraphe : Laure Muret
Décors
: Emilio Carcano
Costumes
: Joop Stokvis
Lumières
: Vinicio Cheli
Don Quichotte – Simon Catonnet
Sancho Pança – Nicolas Rombaut
Kitri / Dulcinée – Natalia de Froberville
Basilio – Davit Galstyan
Mercédès – Kateryna Shalkina
Esteban, chef des gitans – Minoru Kaneko
Les Amies de Kitri – Tiphaine Prévost, Kayo Nakazato
Lorenzo – Jérémy Leydier
La Reine des naïades – Alexandra Surodeeva
Ballet du Capitole
de Toulouse
Orchestre national du Capitole de Toulouse, dir. Paul-Emmanuel Thomas direction
Vendredi 21 décembre 2018,
Théâtre du Capitole, Toulouse
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