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critiques et comptes rendus
Ballet du Capitole de Toulouse

08 & 11 juin 2016 : Paquita (Vinogradov) / L'Oiseau de feu (Béjart) à la Halle aux grains


L'Oiseau de feu (chor. Maurice Béjart)


Quand Kader Belarbi reprogramma le divertissement de Paquita, deux ans après sa mise au répertoire du Ballet du Capitole, c'était avec l'idée bien arrêtée de confronter le plus  régulièrement possible ses danseurs à la grande technique académique. En effet, cette technique si particulière, qui se perpétue depuis plusieurs siècles dans les écoles de danse, ne prend tout son sens que lorsqu'elle est en représentation, et c'est devant devant le public que se mesurent l'assurance, la précision, la capacité de se projeter, les progrès d'une compagnie, la préservation d'un style, et par dessus tout  l'aptitude à dépasser la pure technique et à développer son expression artistique, ce dernier point étant peut-être le plus long à acquérir. L'exigence d'excellence qui caractérise la compagnie toulousaine ne peut donc pas se concevoir sans ce type de répertoire.

Paquita
Maria Gutierrez (Paquita) et Davit Galstyan (Lucien) dans Paquita


Le choix du programme ne pouvait être meilleur car le Grand pas de Paquita constitue justement un magnifique concentré de l'art de Marius Petipa, et un abrégé de la grammaire académique, où presque tous les pas d'école sont passés en revue. Cette version Vinogradov du divertissement fut un temps dansée par l'Opéra de Paris, avant que Pierre Lacotte ne reconstitue Paquita dans son intégralité pour notre compagnie nationale. Elle combine le grand pas de deux final, enserré dans des danses d'ensembles aux allures d'espagnolades, le pas de trois du premier acte, ainsi que plusieurs variations solistes virtuoses provenant de divers ballets. Avec ces variations intercalées, Oleg Vinogradov reprenait une tradition venant de Petipa lui-même qui à l'occasion d'un jubilé avait demandé à plusieurs ballerines de danser leur variation favorite. Au fil des reprises, un grand nombre furent ainsi rajoutées et au terme de ses recherches, Vinogradov pouvait en proposer jusqu'à quatorze pour sa reconstitution! Les musiques assez disparates, souvent de Minkus mais pas uniquement, sont unifiées par une orchestration brillante. Cette version présentée à Toulouse nécessite donc au total sept solistes féminines et deux danseurs masculins, sans oublier un corps de ballet féminin dont la partie est loin d'être négligeable.

Paquita
Maria Gutierrez (Paquita) et Davit Galstyan (Lucien) dans Paquita

La volonté de Kader Belarbi de faire de ce ballet un passage obligé et une sorte de revue d'effectif se manifeste aussi dans l'alternance des distributions. Deux ou trois danseurs sont ainsi sollicités pour chaque rôle, et précisons-le, sans recours à des invitations extérieures. Davit Galstyan n'est certes plus à louer dans ce type d'emploi tant sa technique y brille avec évidence. Danseur toujours à l'écoute, il s'est formé auprès de Kader Belarbi au grand style à la française. Partenaire attentif dans l'adage, il se joue dans ses variations de l'immense espace de la Halle aux grains avec une facilité confondante.

Paquita
Ramiro Samón (Lucien) et  Julie Charlet (Paquita) dans Paquita

Si Davit Galstyan est une valeur sûre de la compagnie, Ramiro Samón est à ranger parmi les révélations. Tours impeccables, belles lignes bien tendues, manèges larges, réceptions moelleuses, contact avec le public, il ne lui manque rien pour briller la saison prochaine où on l'attendra dans les plus grands rôles.

Maria Gutierrez et Julie Charlet, les deux premières solistes, alternent dans le rôle de l'étoile. Deux tempéraments opposés à l'extrême. La démonstration est admirable du côté de l'introvertie Julie Charlet, des pointes au sourire. Tout semble sous contrôle, et peut-être à l'excès. On souhaiterait par moments davantage de prise de risque, susceptible d'emporter le public. Du coup le partenariat avec Ramiro Samón ne fonctionne pas de manière satisfaisante. A l'inverse, dans un rôle qu'elle affectionne particulièrement, l'irremplaçable Maria Gutierrez s'engage complètement et nous fait partager avec passion son plaisir de danser. Même si ses fouettés se désaxent quelque peu dans la coda, le lustre qui fait les grandes étoiles est bien visible.

Paquita
Scilla Cattafesta (4ème variation de Paquita)

Beaucoup de solistes se succèdent, et le corps de ballet féminin fait la démonstration de sa grande homogénéité et d'une énergie exemplaire. Il faut au moins mentionner Kayo Nakazato, piquante dans la variation de Cupidon (c'est celle de Don Quichotte), Scilla Cattafesta à l'allure royale et aux épaulements parfaits dans la variation des grands jetés, Melissa Abel très musicale dans la variation lente ou encore la toujours rayonnante Julie Loria.


L'Oiseau de feu
L'Oiseau de feu (chor. Maurice Béjart)


Aussi étonnant que ça paraisse, Maurice Béjart n'avait été à l'affiche du Ballet du Capitole. Cette anomalie est à présent réparée avec L'Oiseau de feu, que Juichi Kobayachi est venu régler. Ce n'est pas le ballet de Béjart le plus souvent repris, mais sans conteste c'est l'un des plus photogénique. Innombrables sont en effet les clichés immortalisant les merveilleuses envolées écarlates de Michaël Denard et son regard incroyablement lumineux dans un rôle qui propulsa sa carrière.

L'Oiseau de feu
Takafumi Watanabe (L'Oiseau)

Sur la suite que Stravinsky tira en 1945 de sa musique de ballet, directe et percutante (on a tendance de nos jours à écouter plus volontiers la version intégrale de 1910, plus luxuriante et féérique, que Stravinsky dédaignait pourtant) le thème est simple, et à la fois suffisamment ambivalent pour donner prise à diverses interprétations. L'Oiseau est-il l'élu porté au sacrifice par le groupe, comme dans le Sacre du printemps? Est-il le leader révolutionnaire qui galvanise ses troupes, comme dans le Boléro? Ou bien l'émanation du poète, de l'artiste visionnaire, qui survit grâce à son œuvre?

L'Oiseau de feu
Jérémy Leydier (Le Phénix)

La chorégraphie est efficace, les danseurs toulousains font montre d'une grande cohérence en partisans, parmi lesquels se dégagent Minoru Kaneko et Philippe Solano, puis un Jérémy Leydier extraordinaire de puissance en Phénix. Mais le rôle principal est exigeant entre tous, étant constamment en scène et c'est Takafumi Watanabe qui a été choisi pour toutes les représentations. Sans nul doute Kader Belarbi voulait rendre hommage à ce danseur toujours étonnant qui va rejoindre le Ballet National de Tokyo après plusieurs saisons qu'il aura marquées de ses compositions audacieuses. En cette occurrence il répond superbement à la confiance accordée en faisant preuve d'endurance et d'autorité. Ses longs bras expressifs, ses regards portés loin, ses extensions magnifiques, en font un mémorable interprète béjartien. Souhaitons-lui à présent bonne route.



Jean-Marc Jacquin © 2016, Dansomanie

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L'Oiseau de feu
Takafumi Watanabe (L'Oiseau)


Paquita (Grand pas)
Musique : Ludwig Minkus
Chorégraphie :
Oleg Vinogradov d'après Marius Petipa
Décors et costumes : Joop Stovkis
Lumières : Oleg Vinogradov, Patrick Méeüs

Paquita
Maria Gutierrez (08/06) / Julie Charlet (11/06)
Lucien d'Hervilly
Davit Galstyan (08/06) / Ramiro Samón (11/06)
Pas de trois  –Julie Loria, Tabatha Rumeur, Ramiro Samón (08/06)
Tiphaine Prévost, Eukene Sagüés Abad, Matthew Astley (11/06)
1ère variation – Solène Monnereau (08/06) / Olivia Lindon (11/06)
2ème variation  – Kayo Nakazato (08/06) / Scilla Cattafesta (11/06)
3ème variation – Lauren Kennedy (08/06) / Melissa Abel (11/06)
4ème variation – Scilla Cattafesta (08/06)Lauren Kennedy (11/06)


L'Oiseau de feu
Musique : Igor Stravinsky
Chorégraphie :
Maurice Béjart
Décors et costumes : Joëlle Roustan, Roger Bernard
Lumières : Patrick Méeüs

L'Oiseau 
Takafumi Watanabe
Le Phénix 
Dennis Cala Valdés (08/06) / Jérémy Leydier (11/06)



Ballet du  Capitole de Toulouse
Orchestre du Capitole de Toulouse, dir. Nathan Fifield

Mercredi 08 et samedi 11 juin 2016,  Halle aux grains, Toulouse


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