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Richard Alston Dance Company au Sadler's Wells (Londres)
03 mars 2010 : La Richard Alston Dance Company au Sadler's Wells
Pierre Tappon dans Movments from Petrushka (chor. Richard Alston)
Pur produit du milieu de la danse contemporaine
anglaise, Richard Alston, directeur artistique de The Place, l'un des
lieux de danse les plus prestigieux de Londres, possède aujourd'hui une
compagnie à son image. Danseurs et esthétique y sont réminiscents de la
Rambert Dance Company, institution locale que Richard Alston a dirigé
pendant six ans ; le style, dansant, vivant, musical, rappelle
l'héritage de Mark Morris. De passage à Sadler's Wells pour deux dates
seulement, la compagnie, qui propose entre deux et quatre créations par
an, offrait un aperçu du répertoire qu'elle a construit en 15 ans
d'existence – dominé par le travail de Richard Alston, mais qui donne
également sa chance, depuis plusieurs saisons, au jeune chorégraphe
Martin Lawrance.
Sonja Peedo et Pierre Tappon dans To Dance and Skylark (chor. Martin Lawrance)
Ce dernier ouvrait le programme avec To
Dance and Skylark, l'une des dernières créations de la
compagnie. Chorégraphier Bach n'a rien d'évident, mais Martin Lawrance,
qui est un ancien interprète d'Alston, attaque les Concertos
Brandebourgeois n° 2 et 3 avec légèreté et lucidité – la filiation avec
le directeur de la compagnie et d'autres maîtres est évidente dans cette
pièce abstraite, qui repose toute entière sur la musique, et en tire
dans ce cas précis toute sa liberté. Une première partie voit des
groupes en bleu et gris se faire et se défaire au fil de la partition
avec un naturel désarmant, en attendant le pas de deux plus grave dansé
par Anneli Binder et l'excellent Ira Mandela Siobhan – mais la
mélancolie semble à peine exister dans ce monde baroque, et la compagnie
revient tout de rouge et orange vêtue, s'appuyant joyeusement sur la
musique, véritable bouffée d'air frais. Cette alliance de la musique
baroque et de la danse pure n'est pas nouvelle (Kylián ou Mark Morris y
ont contribué), mais To Dance and
Skylark en joue sans complexes, et le style de Martin Lawrance ne
manque pas d'intérêt. Les pas s'inspirent souvent librement de la
technique classique, et son travail avec le sol, tout en élasticité,
donne un ressort plein de vivacité aux danseurs, qui s'élancent sans
préparation visible. La liberté des ports de bras ajoute à l'insouciance
de l'oeuvre, qui suit fidèlement les impulsions de Bach. "All hands to
dance and skylark" était apparemment un ordre donné aux marins en manque
d'exercice – ceux-ci grimpaient alors au gréement du bateau pour se
remettre en forme, et la création de Lawrance, sans éblouir tout à fait,
garde quelque chose d'une grisante gymnastique de plein air.
Wayne Parsons et Hanna Kidd dans To Dance and Skylark (chor. Martin Lawrance)
Movements from Petrushka est
une entreprise particulièrement intrigante, et l'une des premières
pièces chorégraphiées par Richard Alston pour la compagnie. Que devient
la musique d'Igor Stravinsky une fois séparée de l'inoubliable ballet de
Mikhaïl Fokine, encore dansé en général dans des reconstructions
d'époque ? Richard Alston s'intéresse au créateur du rôle de Petrouchka,
Vaslav Nijinsky, et le programme nous dit que l'oeuvre lie les
souffrances de la poupée à l'effondrement psychologique du danseur. Rien
de tout cela ne transparaît réellement sur scène, mais Movements from Petrushka possède
d'autres vertus. L'impressionnante réorchestration de Stravinsky pour un
pianiste, Jason Ridgway, entremêle les thèmes de l'oeuvre avec
fluidité, et permet à Richard Alston de faire du corps de ballet un écho
vivant et stylisé des cochers, nourrices et autres danseuses de rue de
Fokine – reprenant ça et là quelques mouvements typiques, dansés avec
humour mais débarrassés de leur aspect grotesque ou carnavalesque. Ces
huit danseurs jouant avec Stravinsky autour du piano, placé au milieu de
la scène, offrent les meilleurs moments de l'oeuvre. A l'inverse,
Petrouchka/Nijinsky, interprété par Pierre Tappon, danse une suite de
solos éprouvants qui ne laissent que peu de place au sens et à l'émotion
; la chorégraphie qui lui est dévolue contient presque plus de
références au Maure qu'à la poupée de chiffon ou à Nijinsky, et le
personnage reste sans substance, danseur avant d'être pantin. L'écrin
était parfait, complété par deux éléments de décor inspirés du travail
d'Alexandre Benois et de ses sorcières cauchemardesques, mais l'oeuvre
passe malheureusement à côté de la puissance dramatique de Petrouchka.
Anneli Binder et Pierre Tappon dans Overdrive (chor. Richard Alston)
La seconde oeuvre d'Alston au programme, Overdrive, apparaît à première vue comme un étrange
choix pour la compagnie. De la scène nue, qui laisse entrevoir les
danseurs se préparant pour leur entrée derrière les projecteurs, à la
musique électronique répétitive de Terry Riley, tous les éléments
rappellent les oeuvres les plus radicales de William Forsythe, et le
style beaucoup plus doux du directeur artistique de la compagnie étonne
dans ce contexte. La chorégraphie, légère, faite de contre-points
maîtrisés, est pourtant d'une fluidité remarquable, et porte Overdrive de duos en ensembles, ces
derniers offrant une géométrie plus incisive que le reste de l'oeuvre.
Le tout rappelle Anna Teresa de Keersmaeker, mais la monotone partition
de Terry Riley, entre petite musique d'attente téléphonique et gouttes
d'eau électroniques, n'offre aucune texture ou émotion à laquelle se
raccrocher. Reste le plaisir de voir des danseurs musicaux, détendus,
dont la danse est une conversation mature – de très beaux prémices, quoi
qu'il arrive.
Laura Cappelle © 2010, Dansomanie
To Dance and Skylark
Chorégraphie : Martin Lawrance
Musique : Jean-Sébastien Bach, Concertos brandebourgeois n° 2 et 3
Movements from Petrushka
Chorégraphie : Richard Alston
Musique : Igor Stravinsky
Overdrive
Chorégraphie : Richard Alston
Musique : Terry Riley, Etude pour piano n° 1
Richard Alston Dance Company
Musique enregistrée
Mercredi 03 mars 2010, Sadler's Wells, Londres
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