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Maison de la Danse de Lyon [São Paulo Dance Company]

 
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juthri



Inscrit le: 31 Mar 2015
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MessagePosté le: Mer Avr 13, 2016 2:19 pm    Sujet du message: Maison de la Danse de Lyon [São Paulo Dance Company] Répondre en citant

J'ouvre ce fil pour regrouper les spectacles à la Maison de la Danse de Lyon :

Etape à Lyon pour découvrir la São Paulo Compahnia de Dança, à la Maison de la Danse, pour un programme mixte Edouard Lock/Nacho Duato. Cette compagnie brésilienne créée en 2008 seulement se fait rapidement une place dans le giron international sous la houlette de sa directrice Inês Bogéa (ancienne danseuse de Grupo Corpo), au travers d'un répertoire varié porté par des créations de chorégraphes brésiliens et des reprises de standards de Kylián, Forsythe ou Balanchine. Elle s'aventure aussi vers le pur académisme, même s'il s'agit principalement de pas de deux, du fait de sa modeste taille d'environ 25 danseurs, qui sont d'ailleurs quasi exclusivement brésiliens.

Pour débuter la soirée, la compagnie présente une création propre de 2014, la dernière en date d'Edouard Lock (si l'on excepte ses parties du Casse-Noisette de Tcherniakov de ce début d'année), intitulée The Seasons.
La composition musicale est signée Gavin Bryars, basée sur les Quatre Saisons de Vivaldi, dont il emprunte 10 mouvements et auquel il ajoute deux extraits de Concerto en sol, pour recréer une suite déstructurée qui décline les 12 mois de l'année. Un quintette à cordes interprétait cette partition lors de la création au Brésil à l'arrière scène. La scénographie, justement, ne désorientera pas ceux qui ont vu AndréAuria : même scène noire, mêmes ronds de lumières verticaux dans lesquels, ou autour desquels, se meuvent les danseurs en habits noirs sur chemises noires ou torses nu, et les danseuses en justaucorps joliment brodés et bas noirs sur pointes blanches. L'ambiance générale reste assez sombre, et les quelques traits de lumière plus intenses accentueront surtout les ombres plus qu'ils n'éclaireront la gestuelle. Cette dernière emprunte également à AndréAuria, et alterne entre vocabulaire académique et mouvements contemporains. Pour la partie "classique" des hommes les doubles tours en l'air sont ici principalement remplacés par deux autres figures : les tours au sol (sur place ou en ligne droite) et les sauts avec batterie d'entrechats. La virtuosité féminine se traduit, elle, comme souvent chez Lock par des tours sur pointes extrêmement rapides, encore une fois en ligne ou sur place, tenus (ou plutôt lancés) par leur partenaire. A ce jeu-là les pirouettes des ballerines brésiliennes ne partent pas toujours bien droit et ne finissent que rarement dans l'axe, mais le plaisir de ces tourbillons est résolument communicatif. Quelques positions et mouvements académiques agrémentent le tout, mais tout cela ne constitue que la moitié de la proposition chorégraphique, dont l'autre pan est porté par la gestuelle des bras désormais caractéristique du chorégraphe, avec ses mouvements secs, nerveux, incisifs et répétés, tant pour les hommes que pour les femmes. Sauf que le rendu est ici bien différent du Casse-Noisette : d'une part la mise en scène en clair-obscur modifie la perception de ce type de gestuelle, et d'autre part, elle vient compléter les mouvements des jambes et les déplacements des danseurs, et dépasse ainsi le caractère très statique, robotique et parfois irritant qu'elle avait pu donner à Garnier.
D'autant plus qu'elle sert ici magnifiquement le propos : difficile de ne pas percevoir l'animalité qui se déploie au fil de ces saisons, par ces quelques mouvements de bras très félins ou ces petits sauts jambes pliées sur pointes qui évoquent les bonds de l'oisillon sorti du nid. Et plus encore, la richesse de cette gestuelle de bras et de mains, autant que la coloration générale de la pièce, transforme les danseurs en délicats insectes noirs qui se frottent les mandibules, fourmillent avec leurs pattes ou agitent frénétiquement leurs ailes, au rythme de la vie de la partition. Cette foison de mouvements, leurs enchaînements et interactions, mettent également en exergue les relations sociales, pour figurer les rencontres ou les fuites, les séductions ou les affrontements. A ce jeu les femmes dominent assez nettement leurs débats et imposent naturellement les images de mantes religieuses ou de reines de l'essaim. La mélancolie de l'automne, le sommeil de l'hiver, le salut du printemps ou l'embrasement de l'été, les sentiments majeurs se succèdent. Mais on déplorera parfois quelques baisses de rythme dues à des transitions un peu lentes, ou à quelques courses inutiles.
Si la vitesse générale d'exécution est remarquable, l'ensemble est d'une surprenante musicalité et les danseurs de São Paulo s'expriment à merveille dans la virtuosité et la précision de Lock, et cet alliage entre haut niveau classique et dextérité contemporaine, mais ce qui ne les empêche pas de mettre en valeur leur qualité d'interprétation avant tout.
Pour l'anecdote Edouard Lock a travaillé dans les années 90 avec Frank Zappa, virtuose de la guitare électrique, mais obligé de recruter plus virtuose que lui pour jouer ce qu'il concevait comme partition. Le parallèle est amusant avec ce chorégraphe qui impose à chaque fois une nouvelle virtuosité à ses interprètes et sa propre vision des limites physiques. Et avec une troupe qui relève si bien le défi et s'engage avec une telle fougue au point de frôler en permanence la rupture, le résultat est passionnant.

Après un copieux entracte (la gastronomie lyonnaise s'invitant jusqu'au bar de la Maison de la Danse !), place à la deuxième pièce de la soirée, qui navigue dans les eaux plus habituelles du néo-classicisme, mais mâtiné ici de danse tribale.
Le ballet Gnawa de Nacho Duato a été créé en 2005 pour la Hubbard Street Dance de Chicago et a été transmis à la compagnie brésilienne par Hilde Koch et Tony Fabre, deux assistants du chorégraphe espagnol, dès l'année 2009, ce qui en fait l'une des premières pièces entrées à son répertoire. Le thème de ce ballet est inspiré par la culture "gnaoua", associant culte animiste et islam, et issue d'une communauté mêlant primo-habitants des oasis sahéliens et descendants d'esclaves subsahariens déportés vers le Maghreb et l'Espagne mauresque. La musique Gnaoui, principale caractéristique de cette culture mystique est utilisée dans le premier tiers du ballet avec Ma'bud Allah d'Hassan Hakmoun et Adam Rudolph. Mais pour multiplier encore plus les horizons, c'est Window de "l'oudiste de jazz" libanais Rabih Abou-Khalil, composition polyrythmique marquée par les percussions, qui porte le troisième tiers du ballet. Quant au deuxième tiers il s'agit du morceau Carauari de l'espagnol Juan Alberto Arteche Guel, publié sur un album intitulé Finis Africae contant un voyage d'Afrique en ...Amazonie, et Carauari n'étant ni plus ni moins qu'une ville du Brésil ! Ouf, la boucle est bouclée avec notre compagnie, et le choix de cette pièce apparaît bien naturel.
Trois tiers donc pour cette aventure qui s'inspire des quatre éléments : l'air et la terre (qui a ici le goût du sable), l'eau et enfin le feu. Le premier tableau allie danseurs en pantalon beige et torse nu et danseuses en robes noires très aériennes pour une chorégraphie mêlant gestuelle ondoyante typique du néo-classicisme à la Kilián et mouvements tribaux avec force contorsions des épaules. Les arabesques des bras accentués jusqu'aux spasmes ne sont d'ailleurs pas sans poser les bases de ce qu'en fait Lock aujourd'hui. Les sensations évoquées nous emmènent en plein désert et le souffle du Harmattan se fait présent. La deuxième acte dans un environnement bleuté évoquant le crépuscule ou la traversée d'une mer ou d'un océan, se concentre sur un pas de deux entre un danseur et une danseuse en combinaison intégrale couleur chair, créature surprenante de prime abord, mais rapidement hypnotique. La gestuelle traditionnelle est complétée par quelques postures innovantes comme ces portés en position fœtale ou des déroulés acrobatiques de la danseuse qui fait la roue autour de son partenaire. Enfin la dernière partie du ballet voit la scène tout juste éclairée par douze flammes posées dans des récipients à l'avant-scène et le retour des ensembles pour des mouvements de plus en plus portés par la transe sur les rythme complexes et trépidants évoqués.
L'intérêt majeur de la pièce, au-delà d'être un standard du style, par sa structure, sa fluidité et son inventivité, réside dans l'interprétation proposée par la compagnie brésilienne : aucune accentuation d'un orientalisme lancinant mais au contraire une danse très serrée "à l'européenne" qui tend vers des racines africaines particulièrement justes. C'est envoûtant, même si un léger manque de chaleur dans le final et un rendu un peu trop "propre" viennent toutefois atténuer l'impression générale. Intuition confirmée par la vision des extraits présents sur la toile sur la capacité manifestement supérieure de la troupe, peut-être simplement un peu trop sollicitée dans le Lock ? Mais globalement c'est une nouvelle adéquation réussie entre la chorégraphie et les danseurs pour ce creuset ô combien multi-culturel.

Aucun bémol en revanche à l'acclamation du public de la Maison de la Danse pour ce programme de la compagnie de São Paulo, qui nous régale d'un bien joli syncrétisme de très diverses influences de la danse actuelle.


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haydn
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Messages: 25106

MessagePosté le: Ven Avr 15, 2016 8:31 pm    Sujet du message: Répondre en citant

La critique de Juthri est à présent en ligne, avec les illustrations correspondantes :




    02 avril 2016 : Edouard Lock / Nacho Duato par la São Paulo Companhia de Dança à la Maison de la Danse de Lyon

      Etape à Lyon pour découvrir la São Paulo Compahnia de Dança, à la Maison de la Danse, pour un programme mixte Edouard Lock/Nacho Duato. Cette compagnie brésilienne créée en 2008 seulement se fait rapidement une place dans le giron international sous la houlette de sa directrice Inês Bogéa (ancienne danseuse de Grupo Corpo), au travers d'un répertoire varié porté par des créations de chorégraphes brésiliens et des reprises de standards de Kylián, Forsythe ou Balanchine. Elle s'aventure aussi vers le pur académisme, même s'il s'agit principalement de pas de deux, du fait de sa modeste taille d'environ 25 danseurs, qui sont d'ailleurs quasi exclusivement brésiliens.

      Pour débuter la soirée, la compagnie présente une création propre de 2014, la dernière en date d'Edouard Lock (si l'on excepte ses parties du Casse-Noisette de Tcherniakov de ce début d'année), intitulée The Seasons.

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sophia



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MessagePosté le: Ven Mai 13, 2016 5:15 pm    Sujet du message: Répondre en citant

La saison 2016-2017 de la Maison de la Danse est en ligne : http://www.maisondeladanse.com/programmation-2016-2017


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