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IXème Festival du Mariinsky - 14-22 mars 2009
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Azulynn



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MessagePosté le: Mar Mar 17, 2009 2:40 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Le petit cheval bossu (première)
14 mars 2009
Théâtre Mariinsky, Saint-Pétersbourg

D'un coup d'épée dans l'eau à l'autre, les créations réussies sont devenues une denrée rare au Ballet du Marinsky – Alexeï Ratmansky, après une Cendrillon toujours au répertoire, aura dû patienter près de sept ans avant de concrétiser un nouveau projet à Saint-Pétersbourg. L'attente n'aura pas été vaine. Avec Le petit cheval bossu, l'ex-directeur du Bolshoï ouvre à la danse classique des perspectives modernes que l'on attendait depuis longtemps.

Toute en fluidité, musicalité et humour, cette production prend le contre-pied des tendances qui dominent dans la création néo-classique actuelle. La chorégraphie est vouée à peu près entièrement à la narration du conte de Pyotr Yershov, extrêmement populaire en Russie. Dans celui-ci, le jeune Ivan se lance dans des aventures qui le verront capturer des chevaux (dont un petit cheval bossu, son futur complice), voler une plume d'oiseau de feu, vendre ses chevaux au Tsar et devenir chambellan à la place du chambellan. Le Tsar, inspiré par la plume, a une vision et ordonne à Ivan de partir à la recherche de la Tsar-Demoiselle qui vit au milieu des oiseaux de feu. Il la ramène – ils tombent bien entendu amoureux, et à la suite de bien des aventures, finissent par se montrer plus malins que le Tsar.
Là où Christopher Wheeldon a pu choisir d'aller d'un matériau extrêmement concret vers l'abstraction au Bolshoi pour son Hamlet/Misericordes, Ratmansky construit au contraire à partir du féérique des personnages concrets, non dénués de second degré - ainsi de la Tsar-Demoiselle, devenue femme qui s'ennuie au beau milieu d'une cohorte d'oiseaux de feu. Quant à la partition de Rodion Schedrin, elle aurait pu être composée pour Ratmansky tant le rapport entre musique et pas est limpide, léger, et teinte sans cesse les accents fantastiques du compositeur d'une dose d'ironie bien placée.

Les décors étonnent dans les premières scènes par leur abstraction. Fond de couleur unie, immense lune jaune ou formes géométriques de couleur vive, le spectateur commence par regretter le faste impérial de la salle – au fond, pourtant, ces images naïves soutiennent le mime volontairement grotesque de la famille du héros ou du Tsar. Les costumes sont quant à eux souvent assez fades, surtout face à la richesse des réalisations actuelles au Bolshoi, beaucoup plus théâtrales – l'apparence des Nourrices est aussi anodine que celle des héros est simple. Les costumes du corps de ballet offrent cependant quelques intéressantes variations, notamment les gypsies aux costumes décorés de visages ou les chevaux pour le moins disco du premier acte.

Chorégraphiquement parlant, la fluidité avec laquelle le chorégraphe se joue d'un livret pourtant complexe est admirable. Certaines scènes sont un peu courtes (le « dressage » de Kondaurova, par exemple), mais toutes se fondent dans une action qui n'ennuie jamais. Le vocabulaire de Ratmansky est indéniablement personnel – formes complexes qui ne cherchent pas la joliesse, innombrables changements de direction, absence de portés démesurément athlétiques, mouvements liquides du corps de ballet –, mais sa capacité à adopter en les adaptant des styles a priori étrangers est une de ses plus grandes forces. La scène d'ouverture, dans laquelle le père d'Ivan explique à ses trois fils qu'ils doivent surveiller ses champs, utilise un mime grotesque inspiré de formes anciennes, carnavalesques, tout comme certaines expressions du Tsar. A l'inverse, la chorégraphie va également introduire ici et là un manège ou une diagonale virtuose pour exprimer les sentiments d'un personnage, la rareté de ces démonstrations de puissance ne faisant qu'accentuer leur impact. Les clins d'oeil au répertoire ne manquent enfin pas – parodie des mouvements hongrois de Raymonda (la danseuse place ses bras l'un sur l'autre avec autorité... et se met à lever une épaule en musique), première scène fortement réminiscente du Fils prodigue de Balanchine... Impossible également d'oublier ce grand pas de deux ironique qui clôt le ballet, dans lequel Ivan prétend oublier les pas et recommence des séquences tandis que la Tsar-Demoiselle a le tournis – le tout finissant presque en chanson.

Les danseurs semblent pour beaucoup libérés dans ce ballet, ce qui n'a rien d'étonnant, l'ex-directeur du Bolshoi proposant un style qui correspond profondément à toute une frange des danseurs actuels. Il y aura peut-être une « ballerine Ratmansky » comme il y a eu des « produits » de Balanchine – la chorégraphie met en effet idéalement en valeur les danseuses à la fois virtuoses et très urbaines de la compagnie, à la présence scénique faite d'assurance et de détermination, celles en somme qu'on a pu qualifier de trop modernes pour le grand répertoire classique. Ce n'est sans doute pas un hasard si Ratmansky a chorégraphié Cendrillon et Pierrot Lunaire pour Diana Vishneva, et si ce sont aujourd'hui Viktoria Tereshkina et Ekaterina Kondaurova qui règnent sur ce Petit cheval bossu. Leur technique affilée, leur manière de tailler et d'aiguiser les formes donnent le rythme nécessaire à des pas que d'autres danseuses rendraient trop lisses. Viktoria Tereshkina, en particulier, s'impose dans le rôle de la Tsar-Demoiselle. Sur-utilisée par la compagnie, elle est moins ici danseuse d'acier que femme moderne, parfaitement capable de second degré. Sa variation désabusée, au début du second acte, est un modèle d'expressivité, mais l'expression s'éloigne justement ici des grands sentiments romantiques du répertoire – la Tsar-Demoiselle s'ennuie, essaie des pas pour se distraire, comme elle se laissera au fond capturer par Ivan parce qu'elle n'a rien de mieux à faire.

Mikhail Lobukhin, dans le rôle d'Ivan, se montre plus que compétent, même s'il ne présente pas tout à fait le même degré de profondeur. Souvent drôle et toujours virtuose, il s'acquitte impeccablement d'un rôle fait pour des danseurs à l'apparence sans doute plus juvénile (Leonid Sarafanov, notamment). Ilya Petrov est un petit cheval bossu discret, quoique léger et agréable. Dans les rôles secondaires, on distinguait en réalité surtout Yuri Smelakov, auteur d'un Chambellan de haut vol. Ancien danseur du Ballet Eifman, son jeu est désopilant, empruntant des attitudes aux méchants de dessins animés en les liant avec fluidité, sans jamais perdre le contrôle de l'attention du public. Un véritable personnage de conte. Andrei Ivanov est un Tsar plus qu'honorable, mais ce rôle de caractère conviendrait sans doute mieux à des danseurs plus aguerris. Yana Selina se distingue comme toujours parmi les nourrices, au milieu d'un groupe de danseuses extrêmement jeunes.

Alexeï Ratmansky est désormais sous contrat pour cinq ans avec l'American Ballet Theatre, une voie dont les compagnies russes pourraient se mordre les doigts, car il s'agit bien de l'un des seuls chorégraphes qui travaillent encore à l'intérieur de et à partir du vocabulaire classique. Le ballet narratif moderne réussi n'a pas de raison de rester une légende.


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mizuko



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MessagePosté le: Mar Mar 17, 2009 3:47 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Some photos of Le petit cheval bossu on the website of JAPAN ARTS, as Mariinsky Ballet will bring this work to Japan on thier Japan Tour in November-December 2009.
http://ja-ballet.seesaa.net/article/115802765.html


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alidoro



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MessagePosté le: Jeu Mar 19, 2009 6:10 pm    Sujet du message: Répondre en citant

j'ai eu la chance de voir " le petit cheval bossu" le 14 mars au Marinsky; Ce ballet que je découvrais a été très amusant, dansé avec fougue , décors et costumes pas terrible... c'est une affaire de gout;

Le 15 j'ai pu voir Le Corsaire revu par Farukh Ruzimatov, theatre Mikailovitch (orthographe à vérifier) : magnifique, costumes et décors somptueux, danseurs merveilleux; Espérons qu'une tournée amènera ce ballet en France!


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haydn
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MessagePosté le: Sam Mar 21, 2009 10:56 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Notre ami Kevin Ng nous signale son article sur le Festival du Mariinsky paru dans le St Petersburg Times:

http://www.sptimes.ru/index.php?action_id=2&story_id=28544


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Lanou



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MessagePosté le: Mar Mar 24, 2009 1:28 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je reviens d'une semaine assez incroyable au Mariinsky.

Il est très dur pour moi d'avoir à résumer ce qu'Azylunn décrit si bien, et dont je ne doute qu'elle poursuive.
Pour ma part, je resterai sur une Shéhérazade de Lopatkina qui m'a réconcilié avec ce ballet.Elle y est splendide, avec un esclave, Gudanov, d'une force impressionnante.
Le dernier gala, qui réunissait de nombreuses stars, faisait voir un Corella fatigué, et trop caricatural tout de même face à Obraztsova plus en distinction. Alina Somova, égale à elle même, hyperextensions, et vide interprétatif dans thème et variations de Balanchine. En revanche, quelqu'un pourrait me raconter qui est Irma Nioradze? Elle dansait le Mort du Cygne, et sans vouloir être trop virulent, c'était assez mauvais, avec des bras trop (et oui) travaillés et poussés à l'extrême; étude du "smurf" dans le classique? Hilarante Lopatkina dans le grandiloquent grand pas de deux de Rossini avec Igor Kolb cherchant à lui voler la vedette; on n'est pas loin des Trocks Wink
Viengsay Valdès, dans le Don Quichotte du 17 mars, était comme à son habitude excellentissime, allant jusqu'à rattraper les carences importantes du partenariat de L. Sarafanov, qui néanmoins est toujours impressionnant lorsqu'il s'agit de danser tout seul. Petite mention spéciale pour Tatiana Tkachenko, dans la reine des Dryades, avec un art impérial de composer une variation peu intéressante dans sa diversité de pas.
Enfin, un Lac avec un Mikhaïl Kaniskin peu intéressant mais très attentif à Victoria Tereshkina, indéniablement supérieure dans la force du cygne noir que dans l'abandon du cygne blanc. Et j'ai vu de bien meilleurs corps de ballet...
Polina Semionova est d'une grande sûreté dans sa danse et Igor Zelensky, bien qu'un peu poussif est toujours très propre et très apprécié visiblement par le public russe.
Enfin, Giselle; Vishneva est anthologique avec une très forte caractérisation au premier acte, et pas aussi star capricieuse auquel l'on aurait s'attendre.

En fait, un pèlerinage pour tout balletomane!


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Azulynn



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MessagePosté le: Mar Mar 24, 2009 6:32 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Gala d'Ulyana Lopatkina
Festival du Mariinsky, 19 mars 2009
Saint-Pétersbourg

Programmé au milieu d'un festival pourtant riche en étoiles, le gala dédié à Ulyana Lopatkina a fait naître un frisson particulier, sensible dès les portes du théâtre. Son nom réunit plus de spectateurs que Le lac des cygnes ou Don Quichotte ; les allées du parterre sont soudain envahies des mêmes rangées de chaises supplémentaires que pour une première mondiale. Ulyana Lopatkina est une légende qu'on a le sentiment de devoir aller chercher jusqu'en Russie, elle qui ne s'est jamais exportée comme ses collègues Vishneva ou Zakharova. Cette insularité participe également de l'intensité spirituelle de ses apparitions, et cette soirée si anticipée ne faisait pas exception.

Diamants (Balanchine) est désormais dansé dans le monde entier, mais jamais un rôle n'aura semblé aussi taillé pour quelques très rares reines. Dans le premier mouvement, le spectateur était pourtant cueilli à froid par le corps de ballet, surpris par ce hors-d'oeuvre qui ne devrait pas en être un. On cherche l'inspiration impériale au milieu de lignes rarement nettes, presque perdues sur l'immense scène du Mariinsky. Le pas de deux a remis les choses en ordre – il y a en effet Lopatkina dansant Diamants comme il y eut sans doute Suzanne Farrell, le dansant comme un héritage, de droit, quoique témoignant d'une lignée très différente de la créatrice du rôle. La chorégraphie de Balanchine s'en accommode, et, au zénith de sa carrière, Lopatkina offre un éventail de femmes aux côtés de Danila Korsuntsev, impératrice oublieuse, danseuse heureuse, femme arrêtée au détour d'un mouvement par l'appel de son passé, contenu dans le geste comme dans une madeleine. Son rapport à la musique de Tchaikovski est si détaillé que ses menés arrière, d'une beauté frémissante, semblent conjurer le crescendo qui les suit. Les accents deviennent des fulgurances lorsque ses ports de bras s'imposent sans préparation visible, en pleine puissance. Comme à Baden-Baden cet hiver, son calme en scène, sa possession de l'espace sont magistraux – le déploiement de son corps dans les bras de Korsuntsev lorsqu'il la fait tourner a rarement tant évoqué le diamant dans sa force, sereine et imposante.
Si les passages les plus techniques du troisième mouvement n'auront jamais la vélocité que d'autres danseuses lui donnent, le dernier tableau, au contraire, vient parachever l'ensemble. Le corps de ballet y retrouve une reine indiscutable, à la fois rayonnante, infiniment présente devant les vagues de danseurs et porteuse d'un ailleurs qui s'était auparavant incarné dans le pas de deux. Le lumineux sourire de cette apothéose devient l'envers du deuxième mouvement, à la fin duquel elle tournait la tête avec lenteur vers son cavalier agenouillé, imprégnée de grandeur.

Virage radical pour la seconde partie de la soirée, composée d'un « divertissement » pour le moins sombre. Au contraire de la majorité des programmes de gala, le choix s'était porté sur une série de pas de deux et solos à la fois modernes et rarement présentés sur scène. Le rideau s'ouvrait ainsi sur The Parting, un pas de deux créé pour Evgenia Obraztsova et Vladimir Shklyarov par Yuri Smelakov, et que le couple n'avait dansé jusque-là qu'à Berlin, à l'occasion de galas Malakhov & Friends. Smelakov utilise un tango de John Powell pour un résultat assez convenu, sombre à souhait, une occasion sans doute pour ses interprètes de changer de répertoire. Obraztsova s'y impose avec une énergie différente de celle qu'on lui connaît, très adulte, et une musicalité toujours désarmante. Le couple qu'elle forme avec Shklyarov ajoute de l'intérêt à l'ensemble ; quelques portés sont particulièrement saisissants, Shklyarov lui-même abandonnant le jeune prince pour une étonnante allure d'ivrogne.
Suivait une excellente variation de Dmitri Gudanov, invité du Bolshoi. Cet extrait de Dreams of Japan, l'une des premières oeuvres d'Alexei Ratmansky, confirme l'importance de ce dernier, qui s'est imposé lors de ce festival. The Crane introduit de manière magistrale des formes étrangères au coeur d'un territoire connu - l'art japonais s'imbrique et met en relief la fascinante géométrie des mouvements classiques, Gudanov, le visage peint en blanc, s'aventurant dans cette abstraction avec une sublime lenteur. L'ensemble suggère quelque chose du caractère japonais et tire sa richesse de l'imprégnation de deux styles sans jamais les trivialiser. L'oeuvre complète est au répertoire du Bolshoi, et a été dansée récemment par le Ballet National de Géorgie.
Elvira Tarasova a effectué une rare apparition scénique avec Andrei Batalov dans Duet of autumn colours, un pas de deux peu mémorable de Yevgeny Panfilov. Ce dernier semble principalement préoccupé par les formes géométriques que l'on peut créer avec les membres imbriqués de deux danseurs, et si les images ont été applaudies pour leur étrangeté, on regrettera un tel choix pour l'une des dernières interventions d'Elvira Tarasova. Cette danseuse, d'une génération proche de Lopatkina, aujourd'hui répétitrice au Mariinsky, était un des derniers témoins d'une génération sur le départ.
Irina Golub et Ivan Sitnikov ont ensuite choisi de ramener à la vie The old photograph, un peu de deux déjà ancien de Dmitry Bryantsev. Son humour désuet ravivait l'intérêt du public en changeant l'atmosphère générale de ce divertissement, mais l'intervention de Lopatkina et d'Ivan Kozlov a du moins ramené le spectateur en terrain connu. Baden-Baden avait déjà été le témoin en décembre de Contradictions, un pas de deux de Francesco Ventriglia au son de Yann Tiersen, et la chorégraphie ne s'est pas améliorée. Cependant, mieux programmé (à la fin d'une partie résolument contemporaine) et dansé avec plus de vulnérabilité, les passages les moins bêtement violents mettaient encore en valeur une autre facette de Lopatkina – l'image d'une femme expérimentée, capable d'une amertume crue. Sa fragilité, la réelle complicité avec Kozlov offrent des images d'une vérité touchante, et on aurait du mal à la blâmer d'avoir choisi un éventail de visages et de styles pour cette soirée.

Eventail achevé avec Schéhérazade, le drame orientalisant de Fokine. On associerait peu ce rôle a priori avec le célèbre Cygne, et on pourrait bien avoir tort ; son interprétation est d'autant plus importante qu'elle va à contre-courant des excès devenus la norme, le rôle étant souvent dansé de manière ouvertement sexuelle et démonstrative. Lopatkina, au contraire, trouve la sensualité sans la « jouer » - son sourire est d'abord celui d'une femme souvent enfermée et soudain attirée par un jeu cruel. L'Esclave est du domaine de la découverte, son attrait se traduisant par une séduction infime, délibérée. Une fois de plus, c'est une femme qui attire la scène à elle, sans caricature orientale. Les sauts sont magnifiquement félins. Les bras vivent, suivent le long fil sans accrocs de l'héroïne. La mort de Schéhérazade ? Saisissante – mais les mots commencent à manquer après des interprétations aussi denses.
Dmitry Gudanov dansait l'Esclave, ses sauts traversant l'espace sans bruit. Doté d'un réel flair dramatique, il forme un très beau couple avec sa partenaire, quoique celle-ci ait dominé la soirée. Manquait peut-être une touche de sauvagerie animale – quant au reste de l'oeuvre de Fokine, les critiques se plaignaient déjà de ses aspects les plus kitsch après guerre, et la situation n'a guère changé. Les Odalisques serpentent du mieux qu'elles peuvent. Ivan Sitnikov incarne un Shah correct, mais on peut préférer la musique de Rimsky-Korsakov à ce qui vient l'illustrer. Les rappels se sont prolongés bien au-delà du rideau final, les spectateurs s'approchant de la scène, debout, pour ovationner « leur » danseuse – divine, sur son territoire.


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Azulynn



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MessagePosté le: Mer Mar 25, 2009 3:27 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Don Quichotte & Le Lac des Cygnes
Festival du Mariinsky, 17-18 mars 2009
Saint-Pétersbourg

Après un festival 2008 dédié au Lac des Cygnes, le Ballet du Mariinsky revenait cette année à une formule plus traditionnelle : un soir, un ballet du répertoire, un soliste invité. Don Quichotte et Le Lac des Cygnes, les premières soirées à suivre cette formule, ont aussi été les plus difficiles à distribuer, avec le remplacement tardif d'Ashley Bouder par Viengsay Valdes et l'invitation de Mikhail Kuniskin (Staatsballett Berlin), un danseur que peu connaissaient, à danser aux côtés de Viktoria Tereshkina. Un mélange des genres qui n'a pas été sans incongruité.

Don Quichotte présentait indéniablement, dans l'ensemble, une plus grande cohérence qu'à Baden-Baden cet hiver. La version donnée en tournée souffre de coupes, et même si le Bolshoi semble toujours apporter un zeste de caractère supplémentaire à ce ballet, Saint-Pétersbourg en fait également un spectacle exceptionnel. Beaucoup d'enfants de l'académie Vaganova y prennent part, notamment dans la scène de la Vision, avec une rangée de petits Cupidons qui complètent de manière féérique le dessein géométrique de l'ensemble. Une danse orientale et quelques autres passages viennent s'ajouter aux principales danses de caractère ; Don Quichotte entre en scène sur son cheval, effarouché mais très applaudi. Le rythme de l'ensemble est époustouflant, le seul maillon manquant à cette occasion étant encore le corps de ballet, dans une forme toute relative. Si la Vision était approximative mais correcte, la scène des Demoiselles d'honneur commence à devenir une véritable disgrâce collective, avec un flou artistique jeté sur les comptes et les poses précises. Période de transition ? Continuons à l'espérer.

En-dehors de la production elle-même, l'intérêt de cette soirée tenait au choc des cultures visible entre les deux héros. Peut-on faire plus éloigné en termes de style que l'école cubaine de Viengsay Valdes et le style russe moderne (flamboyant) de son partenaire, Leonid Sarafanov ? De manière générale, Viengsay Valdes avait tout de l'ovni aux côtés des danseurs du Mariinsky. Là où chaque mouvement est désormais dansé avec une puissance soutenue par les Russes, ses pirouettes sans effort, à l'énergie modulée selon le contexte, ressemblent souvent à un murmure contre l'exubérance générale. Paradoxalement, c'est pourtant évidemment elle qui montre le plus de flair espagnol, avec de délicieux épaulements auxquels le spectateur n'est plus habitué. Son jeu est également plus naturel, empli de modestie – il est rare de voir une Kitri réellement attristée lorsque Basilio lui tourne le dos, prête à s'en aller. Quant à la danse, une fois le premier étonnement passé – quelle sûreté, dégageant complètement le haut du corps, et quelle douceur dans la scène de la Vision, interprétée de manière très romantique, ses bras revenant sans cesse Don Quichotte. Le troisième acte est sans excès, léger, les seuls effets virtuoses venant de son incroyable technique de tours et d'équilibres ; ses nuances rythmiques, quant à elles, sont superbes dans l'adage. On aurait aimé ceci dit la voir moins tendue, mais on imagine la pression d'un tel début à Saint-Pétersbourg.
Elle n'a d'ailleurs pas été beaucoup aidée par Leonid Sarafanov, qui, en-dehors d'excellents portés à une main, a une certaine tendance à barrer le chemin à sa partenaire. Le fait d'ajouter des tours en l'air au début de la variation des castagnettes de Kitri peut sembler acceptable avec ses partenaires du Mariinsky, mais avec une danseuse invitée, cet effet devient particulièrement égocentrique. Sa technique personnelle est aussi impressionnante qu'elle pouvait l'être en décembre, mais il s'est surtout illustré auprès de Kitri en ratant des portés et en se plaçant dans la trajectoire des tours à la seconde de Viengsay Valdes au troisième acte, forçant celle-ci à passer pied flex (et quel réflexe) pour ne pas tomber. On a connu de meilleurs hôtes.

Le reste de la distribution était de très haute tenue, avec une exceptionnelle Reine des Dryades de Tatiana Tkachenko, justement ovationnée, en remplacement (non indiqué) d'Alina Somova. Elle rend ses lettres de noblesse à une variation qu'on a vue maltraitée – crescendo calme sur les jetés-développés, de plus en plus hauts et puissants mais toujours silencieux, et fouettés à l'italienne d'une fluidité crémeuse. On aimerait la retrouver beaucoup plus souvent dans des rôles principaux. Quant à Ekaterina Kondaurova, sa Danseuse de Rues est de nature à électriser n'importe quelle scène – puissante, sensuelle, capable de provoquer une tension pleine de défi, sa présence est écrasante et, à son honneur, sans force excessive. Konstantin Zverev, en face d'elle, est un Espada net et puissant, doté de magnifiques cambrés, mais qui n'atteint pas encore tout à fait les sommets de Baimuradov. Baimuradov que l'on retrouvait avec joie dans la danse gypsy du second acte – son époustouflante présence se double toujours d'une sensibilité réelle au personnage qu'il joue, chaque port de bras étant travaillé dans le style de la scène. Valerya Martinyuk illumine à nouveau la variation d'Amour, rayonnante, sans affectation.

Le Lac des Cygnes n'a pas tout à fait atteint le même niveau, malgré une homogénéité stylistique bien supérieure. Mikhail Kuniskin, venu du Staatsballett Berlin, est indéniablement un bon soliste, qui a effectué ses variations de manière solide et a su donner une certaine mélancolie à son Siegfried ; le problème tiendrait plutôt au fait que Viktoria Tereshkina n'avait pas réellement besoin d'un prince. Son Odette est d'une sûreté technique telle qu'elle en oublie d'être vulnérable. Les mouvements de cygne y sont à la limite du grandiloquent, autorisé par ses bras infinis et la force de caractère qu'elle conserve dans le rôle, mais on aimerait infiniment plus de nuances, de dialogue visuel avec un Siegfried littéralement submergé. La beauté plastique de sa prestation cependant indéniable, dans l'acte II comme dans l'acte IV.
Elle possède à l'évidence nettement plus d'affinités avec le rôle d'Odile, et l'aborde en maîtresse femme, brillante et hautaine, là encore avec une technique qui semble ne pas connaître de limites. Rarement une danseuse aura-t-elle attaqué les fouettés avec une telle jouissance, et cela à une vitesse étourdissante. Elle explose dans ce rôle du Cygne Noir, et on ne peut qu'espérer la voir rayonner prochainement de la même manière dans les adages au bord du lac.

Le corps de ballet était de nouveau tristement terre-à-terre lors de cette représentation, qui n'a pas manqué d'approximations. Les fiancées semblent avoir décidé de danser en canon, tandis que les grands cygnes ont définitivement abdiqué toute velléité de grâce ou de subtilité, dansant l'intégralité de leur « variation » en force, un ensemble peu aidé par la présence d'Ekaterina Kondaurova – musicalement très individualiste, et qui, en pleine maturation, semble désormais déplacée dans le corps de ballet. Les cygnes eux-mêmes sont de moins en moins préoccupés par leurs bras - une légère déception, malgré des danses de caractère solides, un bon pas de trois dansé par Irina Golub, Nadejda Gonchar et Maxim Zyuzin, et la technique virtuose toujours époustouflante d'Andrei Ivanov en Bouffon. On notera que l'atmosphère de la soirée a gagné à être ruinée par l'attitude du public, entre photos au flash incessantes et téléphones portables, sans compter le « claqueur » visiblement venu pour hurler son contentement à chaque entrée en scène d'Ilya Kuznetsov – un Rothbart qui n'en a pourtant pas besoin.


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haydn
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MessagePosté le: Mer Mar 25, 2009 8:57 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci à Azulynn qui nous représente officiellement auprès du Festival du Mariinsky, du Bolchoï ainsi que du Théâtre Mikhaïlovsky pour cette "quinzaine russe" sur Dansomanie. La série des comptes-rendus, une fois complète, viendra rejoindre, comme de coutume, le site de Dansomanie. Very Happy


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haydn
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MessagePosté le: Jeu Avr 02, 2009 8:47 am    Sujet du message: Répondre en citant

Les comptes-rendus d'Azulynn, illustrés des photos ad-hoc, sont à présent en ligne sur le site de Dansomanie, dans un dossier spécial consacré au IXème Festival du Mariinsky.





Le Festival du Mariinsky 2009


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