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Nouvelles d'Irlande

 
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Malixia



Inscrit le: 28 Jan 2008
Messages: 374

MessagePosté le: Ven Nov 26, 2010 1:31 pm    Sujet du message: Nouvelles d'Irlande Répondre en citant

Le Lac des cygnes
Cork City Ballet
24 novembre 2010


Musique : P. I. Tchaïchovsky
Orchestration : Russian State Orchestra
Chorégraphie originale : L. Ivanov / M. Petipa
Adaptation : Y. Demakov / A. Foley


Actuellement malmené sur le plan économique, ce n'est pas non plus par la renommée de ses compagnies de ballet que le Tigre Celtique brille sur la scène internationale - l'on entend plus souvent parler dans nos contrées de Riverdance et autres Lord of the Dance que des mérites des danseurs classiques irlandais !
Cependant, le pays compte à son actif quelques petites compagnies, qui ont le mérite d'exister et de faire découvrir à tout un public les ballets du Répertoire, à l'instar de Ballet Ireland ou de l'Irish National Youth Ballet Company. Plus au sud, le Cork City Ballet donnait en cette fin de mois de novembre la toute première représentation de son Lac des cygnes, adapté par Youri Demakov et Alan Foley, d'après les travaux de Lev Ivanov et Marius Petipa.

Si la production se rapproche donc fortement de celle du Mariinsky, avec notamment la présence importante du Bouffon ainsi que la fin digne d'un conte de fées, quelques changements y ont été apportés, sans aucun doute pour correspondre au mieux à la morphologie de cette petite compagnie aux moyens limités (pas d'orchestre et scène un peu juste) ; l'on notera surtout que le corps de ballet de douze cygnes est enrichi de six cygnes mâles au sombre plumage, créant ainsi un intéressant relief pour ce petit ensemble. Autre modification, cette fois plus surprenante, ce n'est plus le Prince qui danse le Pas de trois de l'Acte I, mais un simple courtisan. Il est dès lors tout à fait légitime de s'interroger sur la raison de ce remplacement, puisque Siegfried n'est déjà pas un rôle réputé pour l'épaisseur et la construction psychologique apportées par son petit nombre de variations et que l'interprète qui assure toutes les représentations avait parfaitement les moyens d'assumer ce Pas de trois.
Effectivement, pour cette entrée à son répertoire, le Cork City Ballet a marqué un grand coup en invitant deux leading soloists du Mariinsy, Sofia Gumerova et Nikita Shcheglov (ces derniers apportant dans leurs bagages les tutus blancs de Saint Pétersbourg). Loin de moi l'idée de dénigrer le travail des danseurs irlandais, mais je ne peux m'empêcher de songer, après cette première représentation, que les danseurs invités ont probablement sauvé le spectacle : aucun des membres de la compagnie, hommes comme femmes, n'aurait été capable d'assumer les deux rôles principaux.

S'il reste tout à fait honnête et loin d'être ridicule, le niveau de la compagnie n'est assurément pas de taille à lutter contre celui des grandes compagnies européennes. Le corps de ballet, à l'envergure pourtant réduite, se trouve être très hétérogène, avec certes d'intéressantes individualités mais surtout des défauts qui s'avèrent rapidement handicapants lorsque l'on s'attèle à monter un ballet tel que le Lac des cygnes. Les célèbres ports de bras des actes blancs posent ainsi de sérieux problèmes esthétiques. Une ou deux danseuses font montre d'une grâce indéniable, mais l'on se rapproche plus chez certaines autres de la symbolique de l'aile cassée - l'avant-bras manque de tonicité et semble se tenir mollement au-dessus du coude, ponctué d'une main qui n'améliore pas le tableau. Certaines iront même jusqu'à m'évoquer un travail quasiment contemporain dans le dernier acte, pourtant plus harmonieux au niveau du placement général.
Chez les garçons, l'ensemble est également disparate. L'on remarque de beaux sauts ici où là, mais quelques garçons manquent cruellement de fluidité et surtout, d'une souplesse du dos absolument nécessaire pour l'esthétique d'un danseur classique. Les bras ont beau se mouvoir, mais dès lors que le buste reste immobile, l'on ne peut voir un cygne mais qu'un danseur dont le haut du corps est totalement bloqué. De même, l'ensemble du corps de ballet semble confondre tristesse mélancolique et sinistrose : si cela peut être acceptable pour les cygnes maudits des actes II et IV, un visage fermé est beaucoup moins crédible lorsqu'il est arboré par une jeune princesse qui danse pour séduire son Prince... Les fillettes qui chahutent le Bouffon, adorables et enjouées, sont certainement plus agréables à regarder danser que les professionnels, c'est dire !
De ce point de vue, les danseurs s'adaptent beaucoup mieux aux changements d'actes que leurs collègues féminines, et les solistes de la danse Espagnole insufflent une vitalité bienvenue à une variation que ne transcende guère Andrea Palacios. Le sourire est absent, c'est à peine si le regard frise aux espagnolades de rigueur, ce qui ne suffit pas à faire oublier une fâcheuse tendance à passer les difficultés techniques sur demi-pointes.

Du côté des solistes donc, l'on trouve du bon et du moins bon et ce, souvent chez la même personne. Ainsi, le Bouffon (Victor Pivovarov) compense un manque certain d'accentuation et de vivacité lors de ses sauts par des enchaînements de tours très satisfaisants (le public, très familial, ne s'y trompe pas en lui réservant la première ovation de la soirée) et une pantomime dégourdie.
Monica Loughman, la seule principal dancer de la compagnie, a été pour ma part une source d'étonnement : cette star irlandaise, ayant participé à une émission télévisée et écrit un livre sur son expérience de danseuse, est sortie diplômée de la Perm Ballet School avant d'intégrer la compagnie russe avec laquelle elle incarne Myrtha. L'on pouvait légitimement s'attendre à une valeur sûre, à la technique solide sinon au lyrisme hérité de ce côté-ci du monde. Las ! La faute en incombe peut-être au trac, mais la jeune femme a accumulé les imprécisions dans la danse Napolitaine, et a dû s'effacer devant le travail bien plus propre et l'interprétation bien plus agréable de sa partenaire du Pas de trois. Kirsten McCarron, soliste, s'illustre ainsi par sa danse mutine, fraîche et précise qui crée un miroir harmonieux à la belle qualité de saltation proposée par Robert Thomsen (malgré un souci récurrent au niveau des réceptions qui a gâché le tableau).
Les petits cygnes nous offrent une jolie surprise, après l'inquiétante impression de brouillon laissée par le corps de ballet au début de l'acte II. Le travail est très juste et rythmé comme il se doit, la précision des jambes est quasi-mécanique et, si l'on laisse de côté les petits flottements remarqués de temps à autre au niveau des têtes, l'on peut se dire tout à fait satisfait de l'approche de ce célèbre passage.
Enfin Lucas Campbell, dans le rôle de Rothbart, doit certainement être l'un des seuls (à l'exception certes du couple principal) à ne rien avoir à se reprocher : campant un magicien tout à fait dans le ton demandé, il a de plus fait preuve d'une technique propre et assurée qui a ainsi servi d'une manière bienvenue l'aura menaçante de son personnage.

Mais malgré toutes les qualités que peuvent posséder les danseurs de Cork, il leur est fort difficile de rivaliser avec les talents de Sofia Gumerova et Nikita Shcheglov.
Ce dernier, interprétant un Prince à la noblesse indéniable, souffre du manque d'occasions qui lui sont dévolues pour installer son personnage et ne peut que s'exprimer par le biais d'une pantomime agréablement claire. L'on pourra peut-être lui reprocher quelques concessions parfois faites au simplisme, mais peut-être était-ce alors l'ennui qui prenait le dessus sur le professionnalisme... Excepté les quelques pas qui clôturent la première partie, l'on doit donc attendre le fameux Grand Pas de l'acte III pour le voir s'illustrer dans une "véritable" variation, où Nikita Shcheglov peut enfin confirmer la beauté de ses lignes et révéler la redoutable précision de sa grande batterie comme la finition impeccable de chacun de ses gestes.
A ses côtés, la Reine des Cygnes, dont il n'est même pas la peine de préciser le titre tant elle éclipse les autres danseuses, que ce soit au niveau de la technique que de la présence en scène. Sofia Gumerova "fait le métier" avec l'élégance attendue chez une soliste du Mariinsky, incarne une Odette lyrique et une Odile jubilatoire (même si l'on pourra regretter la brusquerie qui transparaissait parfois sous le vernis soigné d'une séduction que l'on aurait aimée un peu plus vénéneuse). Les jambes sont délicieuses et les bras, qu'elle a déjà fort beaux, sublimés bien malgré eux par le travail scolaire du corps de ballet. Mais point trop n'en faut, la danseuse ne cède jamais à l'esbroufe et ne tente à aucun moment d'en faire trop (cela dit, mieux vaut éviter les extravagances techniques lorsque l'on doit assurer cinq représentations en quatre jours !), préférant travailler très justement les accents qui émaillent et cisèlent ses variations. Et puisqu'il en faut, petit bémol pour le Cygne Noir dont les célèbres fouettés furent quelque peu déséquilibrés.
Les divers pas de deux entre Siegfried et Odette/Odile resteront sans conteste comme les grands moments de cette soirée : dès lors qu'ils sont tous les deux en scène, appliqués à se répondre et à se raconter une histoire, l'on bascule dans une autre dimension, au-delà de la musique enregistrée et de la scène minuscule. Une dimension plus intimiste, en suspens comme les respirations des enfants de l'assistance, et qui possède certainement un petit quelque chose touchant à l'éternité du souvenir.

Mais la surprise la plus désagréable de cette représentation fut probablement le public irlandais, bruyant à souhait jusqu'à l'ouverture du rideau (d'où un fort moment d'inquiétude lors du premier morceau, traditionnellement joué rideau fermé) et agitant les sachets de confiserie comme on aurait honte de le faire au cinéma... Sans parler des demis de bière avec lesquels on prend possession de sa place, bien éloignés des verres de champagnes gentiment dégustés au bar de l'Opéra de Paris !


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Aurélie



Inscrit le: 28 Déc 2003
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MessagePosté le: Ven Nov 26, 2010 2:14 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour ce compte-rendu vivant et intéressant!


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CarolinaM



Inscrit le: 19 Jan 2007
Messages: 247
Localisation: Barcelona

MessagePosté le: Ven Nov 26, 2010 5:05 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Oui, merci beaucoup Malixia!!! Smile

Malixia a écrit:
Autre modification, cette fois plus surprenante, ce n'est plus le Prince qui danse le Pas de trois de l'Acte I, mais un simple courtisan.

Dans Le Lac du Corella Ballet, ce n’est pas non plus Siegfried qui danse le pas de trois, mais Benno qui a un rôle beaucoup plus mis en valeur.

malixia a écrit:
De ce point de vue, les danseurs s'adaptent beaucoup mieux aux changements d'actes que leurs collègues féminines, et les solistes de la danse Espagnole insufflent une vitalité bienvenue à une variation que ne transcende guère Andrea Palacios. Le sourire est absent, c'est à peine si le regard frise aux espagnolades de rigueur, ce qui ne suffit pas à faire oublier une fâcheuse tendance à passer les difficultés techniques sur demi-pointes.

Andrea Palacios avait joint le, de nouveau, Corella Ballet, au début, lors des premiers spectacles, programme mixte et Bayadère. Il m’a semblé alors qu’elle avait une bonne technique mais des insuffisances côté interprétation. Elle a joint le Corella Ballet depuis Cork, où elle dansait des rôles solistes, tels que Myrtha, je me demandais où serait-elle passée, donc elle doit y avoir retournée.


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sophia



Inscrit le: 03 Jan 2004
Messages: 19671

MessagePosté le: Sam Nov 27, 2010 1:20 am    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour ce compte-rendu, Malixia. J'aime bien le choc des cultures entre la Guinness et Sofia Gumerova! Laughing

Pour le reste, le Lac de Corella doit être assez proche de celui de l'ABT, qui reprend justement ce personnage de Benno, qui existait "à l'origine". Dans les versions que je connais (un panorama sans doute très loin d'être exhaustif!), je ne vois que celui de Grigorovitch (Bolchoï) où Siegfried est aussi l'interprète du Pas de trois.
Si vous avez vu l'enregistrement du Lac du Mariinsky avec Makhalina, il est vrai que Zelinsky-Siegfried y interprète aussi le Pas de trois, mais c'était, à l'époque où il a été filmé, pour mettre davantage en valeur sa virtuosité (qui n'est pas vraiment l'objet dans cette chorégraphie), car d'ordinaire, c'est un autre soliste qui le danse.


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Malixia



Inscrit le: 28 Jan 2008
Messages: 374

MessagePosté le: Sam Nov 27, 2010 12:44 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Oh oui, au temps pour moi.
Il est vrai que j'avais cette version du Mariinsky en tête (celle que j'ai le plus vue), mais je viens de me souvenir de celle de l'Opéra de Paris, où Siegfried n'est effectivement pas l'interprète du Pas de trois.
Eh bien, ça me fait une jolie bourde qu'il faudra que je corrige ! Smile


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