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Bayerisches Staatsballett Munich - Critiques et actualités
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nabucco



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MessagePosté le: Mer Mar 19, 2008 10:32 pm    Sujet du message: Bayerisches Staatsballett Munich - Critiques et actualités Répondre en citant

Je me doute que ce fil n'aura pas forcément immédiatement la taille et l'audience de celui consacré au Bolchoi et au Mariinski, mais ce n'est pas une raison pour ne pas parler de cette troupe que j'ai eu l'occasion de voir de nombreuses fois, et qui m'a parfois donné de grands bonheurs... Lucia Lacarra dans Agon... Maria Eichwald dans le Casse-Noisette de Neumeier... Le Jardin animé du Corsaire d'Ivan Liška...


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nabucco



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MessagePosté le: Mer Mar 19, 2008 10:39 pm    Sujet du message: Répondre en citant

DER STURM (LA TEMPÊTE)
Ballet en deux actes d’après Shakespeare
Chorégraphie : Jörg Mannes
Musique : Bruckner, Sibelius, Tchaïkovski
Création : Munich, Nationaltheater, 8 décembre 2007 par le Bayerisches Staatsballett
Représentation critiquée : 7 mars 2008, dans la distribution suivante :
Ariel, un esprit aérien Daria Sukhorukova
Prospero, le duc légitime de Milan Cyril Pierre
Miranda, fille de Prospero Séverine Ferrolier
Ferdinand, fils du roi de Naples Javier Amo Gonzalez
Caliban, un esclave sauvage et contrefait Wlademir Faccioni
Antonio, frère de Prospero, duc illégitime de Milan Tigran Mikayelyan
Alonso, roi de Naples Marlon Dino
Sebastian, son frère Nour El Desouki
Gonzalo, un conseiller honnête du roi Marc Mondelaers
Trinculo, un plaisantin Vittorio Alberton
Stefano, un ivrogne Filip Janda

Adapter Shakespeare sous forme dansée, voilà qui n’est guère original. Choisir La Tempête, une des dernières pièces de Shakespeare, avec son étrange fusion de la philosophie et de la magie l’est déjà beaucoup plus. L’actuel directeur du ballet de Hanovre Jörg Mannes a fait ce pari risqué pour ses débuts sur la scène munichoise, avec l’ambition de prouver par les faits que créer un grand ballet narratif aujourd’hui était toujours possible. Le succès, d’une certaine façon, était impératif. Avant lui, Ivan Liška avait fait venir l’Australien Graeme Murphy pour une adaptation du livret du Chevalier à la Rose ; à peine plus de deux ans après sa création, cette Rose d’argent a déjà connu sa dernière représentation : les danseurs n’avaient rien pu faire pour sauver de la banalité ce travail scolaire qui, de représentation en représentation, attirait toujours moins de spectateurs.
Sans être une révélation dans une ville habituée aux ballets narratifs de Cranko ou Neumeier, l’œuvre de Mannes a reçu un accueil bien plus positif qui lui assure une durée de vie sans doute bien plus longue. Pour raconter l’histoire du magicien Prospero, qui de son île cherche à se venger de ceux qui l’ont chassé du trône ducal de Milan, Mannes a choisi la sobriété d’une scène presque nue, habillée simplement de quelques panneaux dont les évolutions reflètent moins les étapes de l’action que l’atmosphère de chaque scène. Point de décors, point de pantomime, point d’effets spéciaux : narratif, ce ballet l’est au plein sens du terme, dans ce sens que c’est la danse, et elle seule, qui fait avancer le récit et les personnages.
On le voit particulièrement avec le personnage d’Ariel, l’esprit volant au service de Prospero : là où Giorgio Strehler, dans un célèbre spectacle de son Piccolo Teatro, en avait fait un lutin aérien volant de façon imprévisible d’un bout à l’autre de la scène, Mannes choisit de l’ancrer dans le sol, sans laisser l’acrobatie prendre le pas sur la danse. Le rôle a été créé pour Lucia Lacarra, l’étoile reine de la troupe : c’est dire à quel point, pour évoquer le caractère surnaturel du personnage, Mannes pouvait parsemer sans compter le rôle de véritables prouesses gymniques. Ce rôle redoutable a été repris ensuite par la danseuse russe Daria Sukhorukova, transfuge du Mariinsky arrivée à Munich au début de cette saison en qualité de soliste. On connaît la manière unique dont Lucia Lacarra sait cacher sa puissance sous une souplesse qui éblouit : sa jeune consoeur ne possède sans doute pas la même puissance, mais la souplesse est au rendez-vous. Jointes à un investissement dramatique remarquable qui laisse augurer de qualités certaines dans le répertoire contemporain, les qualités physiques de l’interprète donnent au personnage une sorte de force mystérieuse qui en fait bien plus qu’un simple exécutant fantasque.
La même force dramatique se dégage de Cyril Pierre, succédant à Alen Bottaini en Prospero. Une forte présence scénique, d’ailleurs, est indispensable dans ce rôle : le duc déchu ne danse en effet presque pas tant qu’il ne vit que par sa vengeance ; ce n’est que lorsque le doute s’empare de son esprit, qu’il commence à prendre conscience des sentiments et des souffrances de ses congénères que la danse lui vient. La puissance et la solidité technique du danseur français méritent tous les éloges, mais c’est cette présence magnétique qui frappe le plus dans son interprétation
Le couple d’amoureux qui va réussir à l’attendrir, lui, bénéficie d’une chorégraphie charmante, mais dont la nouveauté n’est sans doute pas la qualité majeure : la Française Séverine Ferrolier et le Cubain Javier Amo Gonzalez forment un couple au partenariat parfait, ce dernier impressionnant particulièrement par son aisance et par le caractère très vivant de sa danse.
Quant à Caliban, l’être difforme qui, dépossédé de son île par Prospero, ne vit que pour retrouver son pouvoir, il a stimulé la créativité de Jörg Mannes, qui tenait absolument à finir son ballet sur l’image de Caliban, dans la solitude retrouvée de son île, heureux de retrouver sa solitude et son pouvoir, mais ayant perdu son innocence originelle. Pour lui, Mannes a réalisé une chorégraphie qui sait montrer à la fois l’aspect monstrueux du personnage et un versant plus intime, presque rêvé, où s’exprime comme une fascination pour tout ce qu’il n’est pas, pour ces êtres de lumière qu’il ne peut que jalouser de loin. Wlademir Faccioni, créateur du rôle, incarne cette ambiguïté ; on est très loin, ici, du Quasimodo de Roland Petit : choisir un danseur aussi lumineux était, de la part de Mannes, un geste dramaturgique fort.
Les autres rôles, eux, sont moins développés et moins intéressants : le roi de Sicile Antonio et sa cour, victimes désignées de la vengeance de Prospero, passent comme des silhouettes, et on a à vrai dire beaucoup de mal à comprendre qu’un Premier soliste de qualité comme Tigran Mikayelyan y soit distribué. Il en va un peu de même pour le corps de ballet, qui incarne des esprits aériens qui multiplient dans l’espace le personnage d’Ariel : ses quelques interventions donnent l’impression de passages obligés qui ralentissent l’action, et le ballet gagnerait beaucoup à leur suppression pure et simple.
Ces quelques réserves n’empêchent pas de constater que Jörg Mannes a su inventer un style narratif original, à la fois capable de raconter une histoire complexe et d’en faire ressortir toute la poésie et le mystère, parfum métaphysique compris. Cette réussite fêtée par un nombreux public rend aussi hommage à la manière exemplaire dont Ivan Liška parvient, depuis maintenant près d’une décennie, à construire un répertoire équilibré entre le classique et le contemporain : un travail humble et constant dont le public lui est à juste titre reconnaissant.

Le ballet est repris le 18 avril et le 1er juillet à Munich ainsi que les 29 et 30 avril ainsi que du 13 au 15 mai à Ingolstadt.


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haydn
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MessagePosté le: Jeu Mar 20, 2008 11:14 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Nous sommes maintenant aussi accrédités au Bayerisches Staatsballett, et c'est Nabucco qui nous y a représentés officiellement. Vous pouvez retrouver ses comptes rendus de Der Sturm (Jörg Mannes), et également Schwanensee (Le Lac des cygnes, Ray Barra) dans la rubrique "Critiques & Comptes-rendus" de www.dansomanie.net


12 mars 2008 : Schwanensee, de Ray Barra, au Nationaltheater, Munich (Bayerisches Staatsballett)


07 mars 2008 : Der Sturm, de Jörg Mannes, au Nationaltheater, Munich (Bayerisches Staatsballett)


(Avec évidemment des photos, fournies par le service de presse du Bayerisches Staatsballett).




Dernière édition par haydn le Ven Mar 21, 2008 12:55 am; édité 1 fois
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sophia



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MessagePosté le: Jeu Mar 20, 2008 11:55 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Daria Sukhorukova (Odette/Odile dans Le Lac des cygnes de Munich dont parle Nabucco) était coryphée au Mariinsky, mais elle dansait déjà quelques rôles importants de soliste.
http://www.mariinsky.ru/en/ballet/soloist/sukhorukova


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nabucco



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MessagePosté le: Ven Mar 21, 2008 12:35 am    Sujet du message: Répondre en citant

Je trouve son choix de carrière intéressant, en tout cas. Cela lui permet d'être distribuée de façon abondante dans des grands rôles, sans avoir à subir le stress que doit susciter la concurrence dans une grande troupe comme le Mariinski. Et tout ça avec un répertoire qui reste vraiment classique (cette saison, Le Lac, La Bayadère et Le Corsaire, plus du néo-classique). La situation actuelle, avec une Lisa-Maree Cullum blessée depuis le début de la saison et apparemment sans espoir de retour immédiat, la favorise évidemment aussi: la troupe compte environ 70 membres, donc à partir du moment où on doit réunir quarante ou cinquante personnes le même soir, cela crée forcément des opportunités.


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nabucco



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MessagePosté le: Ven Mar 28, 2008 4:31 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Pour des raisons complexes, l'Opéra National de Bavière ne publiera sa programmation que début mai, mais il est déjà possible, grâce à la brochure d'abonnement, de connaître les titres des ballets présentés la saison prochaine (n'essayez pas de comprendre comment on peut publier une brochure d'abonnement sans avoir publié la saison...):
--CREATIONS/NOUVELLES PRODUCTIONS
-Centenaire des Ballets Russes;
-Zugvögel (=Oiseaux migrateurs)

--REPRISES
-A Cindirella Story (Neumeier);
-La Dame aux Camélias (idem);
-Lac des Cygnes (cf. critique sur ce site);
-Der Sturm (=La Tempête) (Jörg Mannes, cf. aussi critique);
-Soirée Martin Schläpfer/Hans van Manen/Simone Sandroni (créée dans quelques jours);
-Roméo et Juliette (Cranko)

... soit huit programmes différents comme cette année. Il est évidemment possible qu'un ou deux autres ballets soit programmé hors des soirées d'abonnement, mais c'est rare. Il faut ajouter à cela la venue de Nacho Duato et, je suppose, de sa compagnie pour 2 dates début novembre.


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tuano



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MessagePosté le: Ven Mar 28, 2008 6:30 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je me rendrai au festival de Munich début juillet. Pensez-vous qu'il y a des spectacles à ne pas rater ?
Pour l'instant j'ai des places pour un opéra et un concert symphonique en plein air.


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haydn
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MessagePosté le: Sam Mar 29, 2008 8:06 am    Sujet du message: Répondre en citant

Vous pouvez retrouver quelques photos supplémentaires de Der Sturm sur le site personnel du chorégraphe et directeur du Ballet de Hanovre, Jörg Mannes :

http://www.joergmannes.de/sturm.html


Je vous rappelle également l'entretien que Jörg Mannes avait accordé à Dansomanie il y a deux ans :

Jörg Mannes, directeur du Ballet de Hanovre


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nabucco



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MessagePosté le: Sam Mar 29, 2008 8:06 am    Sujet du message: Répondre en citant

En danse, le choix est de toute façon limitée: une représentation de La tempête le 1/7, une Bayadère (dans la version de Patrice Bart, beaucoup plus recommandable que ses travaux parisiens...) le 8. Attention, les places partent bien pour ces deux spectacles, il convient donc de réserver assez rapidement!
Pour la partie musicale, début juillet, je recommanderais volontiers le récital de Dorothea Röschmann et le Tristan bien distribué; quant au Doktor Faust de Busoni, il faudra attendre, puisqu'il s'agit d'une nouvelle production.


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tuano



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MessagePosté le: Lun Mar 31, 2008 3:44 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Pour ceux que ça intéresse, les places sont en vente sur l'Internet depuis ce matin. Il reste des places pour tous les spectacles dont tu parles mais c'est complet dans certaines catégories.
Je me suis acheté une place pour un opéra de Donizetti.


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nabucco



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MessagePosté le: Mar Avr 15, 2008 10:24 am    Sujet du message: Répondre en citant

La traditionnelle "Semaine du Ballet" bat son plein actuellement à Munich, avec tout d'abord une soirée contemporaine, créée samedi dernier: aux côtés de l'entrée au répertoire d'Adagio Hammerklavier de Hans van Manen ont lieu la création de deux pièces, l'une de Simone Sandroni, l'autre de Martin Schläpfer. Une courte critique avec photos de Horst Koegler célèbre le ballet de van Manen comme une oeuvre exemplaire réunissant clarté, pureté et pertinence; la pièce de Sandroni reçoit une appréciation un peu distanciée: un ballet drôle, apparemment parodique, qui semble avoir séduit le public, mais on sent que tout cela semble un peu léger.
La pièce de Martin Schläpfer, qui réunit pas moins de 31 danseurs, semble être un travail d'une autre ambition, mais H. Koegler n'est visiblement pas convaincu -y compris par la musique hypnotisante de Sophia Gubaidulina : pour lui, visiblement, trop de prétention, trop de pistes entamées pour un résultat confus.
Je verrai pour ma part ce programme le 4 mai, je pourrai alors en dire plus!

La suite de la (longue) semaine permet de faire un tour du répertoire classique et néo-classique de la troupe, avec à chaque fois une représentation du Lac (version Ray Barra), du Corsaire (Ivan Liska), d'Onéguine (Cranko) et de La Tempête (Mannes, cf. ci-dessus). Le tout est complété par un gala, donné deux fois et consacré à la mémoire de John Cranko.


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nabucco



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MessagePosté le: Lun Avr 28, 2008 1:00 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Quelques informations complémentaires concernant la prochaine saison:
-La soirée "Ballets russes" se composera de deux entrées au répertoire, Shéhérazade de Fokine et Les Biches de Nijinska, ainsi que d'une création de Terence Kohler, en partenariat avec l'artiste rosalie;
-La pièce Zugvögel (Oiseaux migrateurs), qui constituera la 2e nouvelle production de la saison, sera une création d'une soirée entière signée par rien moins que Kylian lui-même.
-Outre les reprises mentionnées plus haut, le ballet dansera également Don Quichotte, hélas toujours dans une version de Ray Barra; les représentations auront lieu dans le petit Cuvilliés Theater, un théâtre baroque à proximité de l'Opéra, qui sera réouvert dans quelques semaines.


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haydn
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MessagePosté le: Ven Mai 02, 2008 8:34 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Isis Wirth représentait Dansomanie à la Ballettfestwoche, le festival annuel de danse classique organisé par le Bayerisches Staatsballet.

Cette septième édition avait lieu du 12 au 19 avril dernier.


Le compte-rendu d'Isis Wirth, agrémenté de photos fournies par le Service de presse du Bayerisches Staatsballet est en ligne sur le site. Un grand merci à l'amie Sophia pour l'aide qu'elle a apportée à l'adaptation française du texte.


Rubrique "Critiques & Comptes-rendus" de www.dansomanie.net

ou, lien direct :

12 avril 2008 - 19 avril 2008 : Ballettfestwoche au Nationaltheater, Munich (Bayerisches Staatsballett)


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nabucco



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MessagePosté le: Mar Mai 20, 2008 6:47 pm    Sujet du message: Répondre en citant

C'est en direct du TGV qui me ramène en France (on n'arrête pas le progrès) que j'ai le plaisir de vous faire part de deux critiques de spectacles munichoises, une soirée contemporaine (où, comme on va le voir, ma vision des choses n'est pas tout à fait la même que celle d'Iris Wirth...) et Le Corsaire.

Sandroni/ Van Manen/ Schläpfer
Le Ballet de Bavière réussit une soirée contemporaine enthousiasmante


Cambio d’abito (création)
Chorégraphie Simone Sandroni
Musique Johann Sebastian Bach
Décors et costumes rosalie

Adagio Hammerklavier (entrée au répertoire)
Chorégraphie Hans van Manen
Musique Beethoven, Sonate Hammerklavier, 3e mouvement
Décors et costumes Jean-Paul Vroom

Violakonzert/II (création)
Chorégraphie Martin Schläpfer
Musique Sofia Goubaidoulina
Décors et costumes rosalie

Représentation du 4 mai 2008

Le Ballet de Bavière avait déjà, il y a quelques années, eu l’idée de confier à un artiste décorateur le soin d’unifier une soirée contemporaine : Michael Simon, bien connu pour ses décors pour Forsythe et Kylian, avait pris en charge lui-même la pièce centrale et s’était entouré de deux jeunes chorégraphes, Davide Bombana et Jacopo Godani pour les deux autres pièces. Il en était résulté une soirée un peu étrange, assez sombre, qui n’était pas sans qualités mais était restée trop inaboutie pour véritablement trouver son public. Cette fois, c’est Martin Schläpfer, un des chorégraphes les plus en vue d’Allemagne, qui a demandé à retravailler avec la plasticienne rosalie, à qui a été confiée également la charge de créer décors et costumes de l’autre création de la soirée.
La pièce centrale, néanmoins, n’est pas cette fois une création entre danse et arts plastiques comme l’avait fait Michael Simon, mais l’entrée au répertoire d’une pièce de 1973, Adagio Hammerklavier de Hans van Manen. Van Manen, peu connu en France, a à Munich une réputation bien établie, ce qui se traduit notamment par l’existence de deux DVD*. À voir la pièce présentée dans cette soirée, il est difficile de comprendre ce qui peut tant séduire dans son travail, en dehors d’une rigueur formelle bien froide à laquelle manque tout le piquant des meilleurs ballets de son maître Balanchine. Seule la présence de Lucia Lacarra, plus que la partition chorégraphique qui lui est soumise, vient un peu sauver cette petite demi-heure conventionnelle.
Simone Sandroni, dont la pièce ouvre la soirée, est issu de la scène chorégraphique belge, dont la richesse n’est plus à démontrer : pour qui connaît un peu cette mouvance, la sensation de familiarité est immédiate. Mais on aurait tort de se croire embarqué dans une œuvre de routine simplement vitaminée par l’humour du chorégraphe et les couleurs vives de la décoratrice : la sensation de déjà-vu s’estompe vite et sous la vivacité de la danse et des costumes perce comme une sourde inquiétude. Les vêtements font les gens, dit-on en allemand : on dirait presque que les danseurs, ici, se demandent ce que les vêtements successifs qu’ils endossent peuvent bien faire d’eux. L’humour ici n’est que surface et l’ensemble, qui donne l’occasion à des danseurs loin des hauteurs de la hiérarchie de briller, fait montre à la fois de discipline et de fortes individualités.
Le sommet de la soirée reste cependant la pièce de Martin Schläpfer, chorégraphiée sur la demande du maître des lieux pour un grand ensemble. Martin Schläpfer souligne volontiers son amour pour la musique, et en particulier la musique contemporaine, à travers des compositeurs comme Ligeti, Kancheli ou Schnittke : tout en prenant bien soin de ne jamais illustrer de façon démonstrative le déroulement de la musique, il prouve ici une compréhension de l’essence d’une musique dense, complexe mais d’une expressivité poignante. Schläpfer, paraît-il, est un chorégraphe néoclassique, qui revendique la filiation de Balanchine, via justement Hans van Manen : de fait on reconnaît parfois, au détour d’une phrase, des éléments classiques dans le vocabulaire chorégraphique. Le reste du temps, on suit fasciné les recoins d’une structure qui ne se dévoile jamais clairement, mais dont la rigueur apparaît presque effrayante.
Un des éléments admirables de cette pièce est que, loin de tomber dans la facilité d’une obscurité et d’une tonalité générale sinistre comme la musique aurait pu l’y inciter : dans des costumes blancs, aux déchirures multiples et imprévisibles qui soulignent leurs corps, bien éloignés de ceux que rosalie avait conçu pour la première pièce de la soirée, les danseurs parmi lesquels se trouvent quelques-uns des meilleurs de la troupe, et à qui Schläpfer demande une vivacité et une attention de tous les instants, s’unissent en des ensembles toujours renouvelés, dans une atmosphère générale limpide et lumineuse : on n’est pas plus intelligent pour être plus sombre, et c’est bien le pari de l’intelligence que fait ici Martin Schläpfer, au prix d’une apparence d’austérité sous laquelle le regard chaleureux d’un véritable créateur perce à chaque instant.
Il est des soirées de danse plus immédiatement séduisantes, il en est aussi qui trouvent plus facilement le contact avec le grand public ; mais qui aura bien voulu faire une partie du chemin vers ces œuvres est amplement récompensé de son effort d’attention.

* Black Cake/Concertante, 1 DVD Arthaus.
Adagio Hammerklavier, dans Gala Hans van Manen, 2 DVD en instance de parution.


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nabucco



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MessagePosté le: Mar Mai 20, 2008 6:52 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Le Corsaire
Un Corsaire à taille humaine

Ballet en trois actes
Version d’Ivan Liska
Décors et costumes : Roger Kirk

Medora : Daria Sukhorukova
Gulnara : Ivy Amista
Konrad : Lukáš Slavický
Ali : Nour El Desouki
Birbanto : Alen Bottaini
Lankedem : Norbert Graf
Said Pascha : Vincent Loermans
Odalisque I Séverine Ferrolier
Odalisque II Magdalena Lonska
Odalisque III Zuzana Zahradníková

La fiche de distribution détaillée en PDF

Le Corsaire, un des ballets les mieux documentés, mais aussi un des plus complexes de l’héritage de Marius Petipa, a connu tout au long du XIXe et du XXe siècle une existence mouvementée qui l’a maintenu sur les scènes, mais dans des versions souvent si défigurées qu’elles donnaient une fausse image de l’œuvre – la version du Kirov, disponible en DVD (Arthaus) en est un bon exemple. Depuis quelques années, grâce notamment à un travail approfondi sur les notations effectuées dans les années 1890 par Sergeev lors d’une reprise de la version de Petipa, des versions plus fidèles commencent à voir le jour.
Si la version de Munich, réalisée par Ivan Liška, n’a pas le faste de la version du Bolchoi créée quelques mois plus tard et présentée récemment à Paris, elle possède néanmoins de solides atouts pour séduire le public. L’intelligence de Liška, qui a accordé une grande importance à la cohérence musicale de ce patchwork parfois peu cohérent, a été de ne pas vouloir rivaliser avec un tel faste, mais de s’adapter aux moyens de sa compagnie, dans un décor sobrement classique. Le grand atout de sa version est certainement la reconstitution de nombreux passages notés, avec la volonté de se rapprocher le plus possible de ce qu’on peut connaître de Petipa, sans pour autant nier les évolutions stylistiques survenues en un siècle d’histoire de la danse : le hiatus entre la virtuosité gratuite de certains passages postérieurs avec la géométrie sensible de Petipa est d’une certaine façon gommé par la généralisation des pointes et les exigences physiques croissantes qui créent un fossé presque infranchissable par rapport aux origines de ce ballet.

Le sommet de la soirée est sans nul doute le tableau du Jardin animé, dont la clarté et la fluidité sont véritablement admirables et tranchent avec la surcharge maladroite de celle du Bolchoi : le résultat est un modèle de goût et de naturel, et on sent la fierté d’un corps de ballet stylé dans la qualité de l’exécution de ce tableau ; la place importante des enfants, dont une grand rigueur dans des déplacements complexes est exigée, est charmante : le résultat est d’autant plus intéressant que cette présence est très clairement notée dans la partition chorégraphique conservée. Cette scène époustouflante montre à quel point la démarche archéologique, loin d’être une manie de chercheur, est fructueuse aussi en matière de pur plaisir de spectateur : on espère que la leçon sera comprise et que cette aventure du Corsaire aura des continuateurs. On ne peut en revanche que regretter la suppression du dernier acte, qui conduit Liška à inventer une fin où Conrad enlève sa bien-aimée juste après la fin du Jardin animé : même presque rien de la main de Petipa n’en est conservé, et même si on comprend bien que les ressources limitées de la troupe justifient cette mesure, il faut reconnaître que le résultat est bien artificiel.

La représentation du 8 mai 2008 marquait les débuts de la transfuge du Mariinsky Daria Sukhorukova en Medora, qui avait précédemment dansé une des trois odalisques. L’importance de l’enjeu est visible, et la tension qui en découle est visible pendant tout le premier acte et une bonne part du second, avec un pas de deux à oublier : ce n’est qu’à partir de la variation du Petit corsaire, particulièrement brillant et drôle, que la danseuse parvient à convaincre par l’intensité de son jeu, mais sans jamais vraiment parvenir à montrer l’étendue de ses possibilités techniques.

Face à elle, elle trouvait à vrai dire une équipe masculine particulièrement valeureuse : le Conrad de Lukáš Šlavický est solide et élégant, mais les suffrages du public vont plus encore vers le Birbanto d’Alen Bottaini, d’une aisance parfaite, et surtout vers Nour El-Desouki, qui signait ses débuts dans le rôle de l’esclave Ali : accueilli aux saluts finaux par une ovation particulièrement sonore, il fait montre d’une prestance et d’un brio technique qui en fait presque le personnage principal de nombreuses scènes. Les autres rôles masculins sont tenus par des piliers de la troupe, comme le soliste Norbert Graf en excellent Lankedem – rôle beaucoup plus dansant qu’au Bolchoi – ou Vincent Loermans en Pacha – sans oublier Ivan Liska lui-même, qui s’offre une apparition sur scène sous le turban et la barbe de l’Imam.

Les autres rôles féminins, eux, sont tenus avec moins d’éclat. La Gulnara d’Ivy Amista est favorisée par une chorégraphie qui sait parfaitement faire ressortir les différences de caractère entre la fière et pudique Medora et l’extravertie Gulnara ; sa prestation est solide, mais gagnerait à un peu plus d’engagement scénique, pour que son rôle dans l’histoire apparaisse plus clairement. Plus que trois obélisques trop peu différenciées, on remarquera les deux amoureuses de Birbanto, Valentina Divina et Silvia Confalonieri, qui rivalisent d’énergie et d’audace.

Le Corsaire, à Munich comme à Paris ou Moscou, a conquis son public : un public, ce soir, bruyant et peu concentré, mais enthousiaste, qui remplissait sans mal le vaste Nationaltheater.


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