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Nouvelles de l'English National Ballet
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maraxan



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MessagePosté le: Ven Nov 02, 2007 4:16 pm    Sujet du message: Nouvelles de l'English National Ballet Répondre en citant

Snow Queen
ballet en trois actes de Michael Corder, musique Sergei Prokofiev

Quelques premières impressions sur Snow Queen de Michael Corder créé par l'ENB à Liverpool le 11 octobre 2007 et donné à Bristol d'où je reviens, la semaine suivante.

C’est en toute connaissance de cause que Wayne Eagling a commandé à Michael Corder ce Snow Queen adapté (très librement) d’un conte de Hans-Christian Andersen, sur une musique recyclée, arrangée et complétée du Stone Flower de Sergei Prokofiev. Michael Corder a créé pour l’ENB un ballet classique, à l’ancienne pourrait-on dire, parti pris qu’il faut garder à l’esprit car il ne cherche jamais à inventer mais plutôt à se servir du vocabulaire classique dans son étendue assez codifiée. Il n’est pas allé jusqu’à retenir l’option mime cependant, dans ce ballet hyper narratif au finish assez peu aisé à comprendre ; en effet, l’histoire n’est pas très compliquée mais on a du mal à inscrire les événements dans un déroulement évident, même avec un découpage en tableaux très distincts. Pour moi, c’est peut-être là son principal défaut. Snow Queen reste trop souvent scolaire, une accumulation de pas et de difficultés techniques souvent pas très bien justifiés dans une dramaturgie dépourvue de cohérence, d’intensité et de pics. Cela manque en général de liant, parfois de sens et d’harmonie malgré une volonté d’esthétisme. Cela dit, comme toute nouveauté qui n’est pas encore vraiment stabilisée, je ne doute pas que les améliorations qui vont être apportées puissent rendre ce spectacle un peu plus aisément lisible.

Dans l’ensemble, les scènes se répartissent entre le monde des neiges et le monde des paysans, une chorégraphie éthérée avec les danseurs habillés de blanc et d'argent dans des tenues très près du corps, des pas cherchant les lignes et les effets légers, des pirouettes, des arabesques et des attitudes du côté du froid avec un jeu sur les lignes très fines se détachant sur le fond sombre de la scène et un sol noir, même lorsque parsemé de "neige", et une chorégraphie plus terrienne avec des sauts rapides, des mouvements de bras très marqués, pour les paysans ou les gitans dans des vêtements colorés simples et amples. Les deux mondes sont également soutenus par des lumières très différenciées, softs et brumeuses parfois surlignées de fumées pour l’un, vives pour l’autre.
Paradoxalement compte tenu de l’histoire, ce sont les personnages du monde des neiges qui me paraissent les plus travaillés, notamment les mignons de la reine, deux loups et deux renardes, dans des chorégraphies très bien construites agrémentées des interventions incessantes des elfes (4 hommes et 4 femmes). Cela renforce l’aspect magique des lieux, les rendant très attirants. La danse de cour dans le palais glacé de la reine notamment avec le corps de ballet vêtus de somptueux costumes (peut-être ici dois-je mentionner qu’une célèbre marque de bijou s’est attelée aux costumes de Mark Bailey, très esthétiques du côté du monde des neiges) est très classique dans sa chorégraphie mais impressionne assez grâce à ce luxe froufroutant, un peu surfait mais efficace.

Dès le premier acte, les variations sont très courtes empêchent qu’on s’installe vraiment dans l’histoire. Il faut vraiment reconnaître et suivre quelques acteurs pour trouver un fil conducteur mais il y souvent beaucoup d’action sur scène, ce qui rend difficile la concentration sur le récit, si on veut apprécier entre autre toutes les facettes techniques qui sont réalisées.
Les elfes, les loups et les renardes, qui apparaissent plus tard, sont un point de repère assez esthétique mais pas assez bardés d’intensité pour servir à cela. La reine, quant à elle, peine à s’imposer dramatiquement. Avec l’accent mis sur Daria Klimentová en reine des neiges, la compagnie tenait là une super tête d’affiche (même si la blonde Agnès Oaks, ou l’impérieuse Sarah Mcllroy l’incarne également parfaitement) que le rôle n’exploite pas vraiment. En fait, le ballet est plutôt centré sur l’histoire de Gerda et Kay (comme dans le conte où la reine apparaît peu), deux jeunes paysans amoureux (chez Andersen, ce sont des enfants qui sont amis) qu’elle a séparés en capturant Kay. Les aventures de Gerda à la recherche de son amoureux (et ses visions) sont souvent trop courtes (mais André Portásio et Fabian Reimair en roses, cela vaut le déplacement !) pour donner autre chose qu’un rythme essoufflant (et essoufflé ?) à l’histoire. Le rythme, c’est aussi l’infernale partition de Prokofiev, mais cela ne suffit pas non plus, même si l’orchestre de l’ENB résonne très fort dans les petits théâtres où la compagnie se produit en tournée en Angleterre cet automne.
Les rapports de Kay et Gerda vont peu chercher dans l’expressivité, le passage de l’enfance du conte à l’adolescence du ballet n’a pas créé une alchimie amoureuse ou relationnelle visible sur scène dans les pas de deux par exemple, et les brefs moments de lyrisme sont plutôt à chercher dans les personnages annexes, notamment chez les elfes. Il manque à mon avis une figure emblématique créant un pole d’attention fort.

La principale qualité de ce ballet c’est de servir justement le corps de ballet, et en particulier le corps de ballet masculin, même si les belles individualités solistes de la compagnie renforcent cet ensemble. Plusieurs chorégraphies de groupe sont ainsi élaborées chez les paysans ou les gitans (là, même en essayant de ne pas faire de référence au passé, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Don Quichotte version Noureev) et à la cour de la reine des neiges. Les danses de groupe sont puissantes et bien équilibrées même si trop courtes.
Le ballet offre également aux danseurs de petite taille le rôle de Kay alors que le répertoire des grands ballets leur est un peu confisqué par leurs collègues plus élancés. On pense ici notamment à Yat-Sen Chang et Yosvani Ramos, danseurs principaux, même s’il est prévu que des danseurs plus grands prennent le rôle par la suite, ce qui est déjà le cas de Daniel Kraus qui sert, il est vrai, des partenaires plus grandes également.
En diversifiant les rôles de manière à nourrir quasiment toute la compagnie, Snow Queen présente aussi une possibilité d’interchangeabilité des rôles d’autant plus facilitée que la dramaturgie est assez réduite et ne demande pas de talents théâtraux exceptionnels de la part des danseurs, dont beaucoup sont très maquillés voire grimés. L’ENB adore cela car tous les derniers ballets commissionnés par la compagnie sont de ce type, le Nutcracker de Christopher Hampson ou l’Alice in Wonderland de Derek Deane notamment. Cet univers magique appartient quand même à une époque et même si ce n’est pas un ballet pour enfant (comme l’est Angelina Ballerina l’autre création de cette année à l’ENB), il est difficile en tant qu’adulte de se plonger dans l’état d’esprit qu’il présente.

Au finish, l’ensemble n’est pas désagréable, et je ne voudrais pas sonner trop négatif car c'est un beau spectacle de danse classique. Simplement à l’heure où la compagnie "concurrente" appointe Wayne McGregor comme chorégraphe résident, c’est un choix de créativité très marqué. Personnellement je ne pense pas que Michael Corder fait œuvre de sauver le ballet classique si c’est vraiment la mission qu’il se donne, en créant ce Snow Queen, je trouve qu’un ballet comme celui de Kader Belarbi que l’on vient de voir à l’Opéra de Paris est beaucoup plus intéressant, comme l'a été McMillan par exemple en son temps. Ce n’est peut-être pas la question que se pose l’ENB qui a évidemment une mission différente de celle d’une compagnie nationale comme le Royal Ballet ou l’Opéra de Paris, et ce ballet s’inscrit dans une tradition créative plus pratique qu’intellectuelle.


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maraxan



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MessagePosté le: Ven Nov 02, 2007 5:25 pm    Sujet du message: Le Lac des Cygnes à Bristol Répondre en citant

Lac des cygnes
Chorégraphie Derek Deane

Puisque je reviens de Bristol et que j’y ai vu, après Snow Queen, plusieurs représentations du Lac des cygnes, voici quelques impressions.

La version du Lac présentée cet automne par l'ENB est la troisième de l’année, toujours dans la chorégraphie de Derek Deane mais après Versailles qui était une variation frontale et simplifiée du "in the round" tirant profit de la vaste scène "aquatique" du lieu, celle des petits théâtres anglais est plus compacte et allégée, notamment au début de l’acte 4, ce qui est vraiment dommage car cela enlève beaucoup de poésie au drame. Elle comprend en revanche la restauration de l’introduction qui voit Rothbart transformer Odette en cygne et la fin tragique du suicide des deux amoureux puis leur réunion dans un autre monde…
Encore une fois, la rescénarisation n’a pas posé de problème à la troupe qui maîtrise vraiment bien cette chorégraphie. Le corps de ballet de la compagnie est en ce sens particulièrement remarquable, les filles évidemment dont j’ai rarement vu des cygnes aussi parfaits mais également l’ensemble de la troupe dans les danses de caractère. Les solistes ne sont pas en reste avec par exemple le pas de quatre d’Ashton où les danseurs principaux Sarah Mcllroy et César Morales ont fait dans la dernière représentation de samedi en compagnie de Begoña Cao et l'incontournable Fabian Reimair figure de quadruplés tellement leur évolution était synchro et particulièrement gracieuse. Ce passage qui se détache un peu dans l’ensemble chorégraphique plus limpide de Derek Deane demande une précision extrême, notamment dans le solo des garçons, pour ne pas se singulariser plus encore et le couple César/Fabian fonctionne très bien, tout comme celui plus commun formé de Yat-Sen Chang et Yosvani Ramos. On sent dans le corps de ballet en particulier cette année, une cohésion très forte, résultat d’un travail de plusieurs années, qui se laisse parfaitement voir dans des chorégraphies connues comme Le Lac, mais aussi dans celles plus nouvelles ou même franchement contemporaines.

Je crois avoir déjà dit en juin que le rôle de Rothbart me paraît être une faiblesse de la chorégraphie de Derek Deane même si cette version automnale lui donne une plus grande part : on préfère largement Fabian Reimair dans les multiples rôles de soliste qu’il sait occuper dans ce lac ou André Portásio en danseur espagnol même s’ils ne sont pas mauvais à rendre Rothbart des plus menaçants…

Les solistes pressentis pour cette semaine bristolienne voyaient un nouveau couple dans les rôles principaux par rapport à la série de juin, malheureusement, le soir où j’ai vu Elena Glurdjidze et Arionel Vargas, celui-ci est apparu hors de forme dans le premier acte. Or, la variation lente de cet acte qui cerne la personnalité de Siegfried et que César Morales, ou l’invité de cette année, Friedemann Vogel savent tellement bien dessiner, a engagé l’histoire dans un défi technique (le sien) un peu terre à terre, plutôt que dans une dramaturgie, même quelconque. Je dois dire qu’Arionel s’est un peu récupéré dans les actes suivants, notamment dans son partenariat très sensuel avec Elena Glurdjidze, mais c’était trop tard, on était devenu aussi nerveux que lui (voire plus).
Peut-être puis-je alors m’arrêter sur le Siegfried de Dmitri Gruzdyev qui s’était blessé à la dernière minute à Versailles et qui n’avait donc pas pu danser, un Siegfried beaucoup moins rêveur et idéaliste que celui de César, mais plus moderne, plus dissimulateur aussi dans le premier acte, pour se révéler torturé dans le quatrième acte. Inutile de parler technique avec Dima, c’est toujours très assuré. Son Odette/Odile, Daria Klimentová est très habile à incarner les deux personnages. Fine et très énergique, elle sait élégamment rendre les aspects désespérés d’Odette comme ceux volontaires d’Odile, sans jamais déborder dans l’excès, le pathos d’un côté et la vulgarité de l’autre. C’est en bref une très fine interprétation même si on peut encore une fois être impressionné par la technicité d’Elena Glurdjidze qui, à mon goût quand même, manque un peu de musicalité, notamment dans la variation d’Odette du deuxième acte où Daria reste le cygne la plus lyrique de la compagnie, malgré la délicatesse et la maîtrise d’Agnes Oaks dont la symbiose avec Thomas Edur, son inébranlable Siegfried, n’est pas égalable, ou en tout cas pas encore égalé, à mon avis, et ceci dans tous les lacs que j'ai pu voir, sur scène ou sur DVD.

Bref, après la complexité luxuriante mais désordonnée de Snow Queen, retrouver le Lac de Derek Deane illustrait la difficulté de côtoyer un ballet référence, en particulier lorsqu'il est si bien dansé. L'ENB va continuer à présenter cette double affiche dans plusieurs villes et on peut penser et espérer que l'interaction des deux ne pourra qu'être bénéfique au premier.


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sophia



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MessagePosté le: Ven Nov 02, 2007 8:59 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Maraxan!

Sur son site, l'ENB a mis en ligne de nombreuses vidéos de ses productions, et notamment des extraits de répétitions de The Snow Queen (La Reine des Neiges), ainsi qu'un reportage sur Le Lac des cygnes représenté au château de Versailles: http://www.ballet.org.uk/moviestreaming.htm


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sophia



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MessagePosté le: Mar Nov 06, 2007 11:02 am    Sujet du message: Répondre en citant

Sur YouTube, une vidéo très impressionnante de Venus Villa (bon, je sais qu'elle est à l'Opéra de Vienne à présent...) et Yat-Sen Chang (danseur principal à l'ENB) dans une répétition de Muñecos, un pas de deux d'Alberto Mendez, un chorégraphe cubain, comme ces deux danseurs d'ailleurs. Personnellement, je ne connaissais pas ce pas de deux, mais j'en ai entendu parler à l'occasion du spectacle que Carlos Acosta a donné récemment à Sadler's Wells avec des artistes cubains, où étaient programmées des oeuvres de ce chorégraphe.
http://www.youtube.com/watch?v=AwZNb15wOWE

Et toujours, le pas de deux de Carnaval de Venise (Marius Petipa) avec Venus Villa et Mehdi Angot.
http://www.youtube.com/watch?v=KnThsaRDyOI

Quant au danseur principal Cesar Morales, dont Maraxan a souvent fait l'éloge ici, il est en effet merveilleux, même s'il ne s'agit que d'une vidéo... Ici, dans Le Lac des cygnes:
http://www.youtube.com/watch?v=gIUV9thbVUY (visiblement il n'avait que 18 ans et dansait encore au Chili)
http://www.youtube.com/watch?v=73M4nP2zHqQ (solo du Prince Siegfried à l'acte I)




Dernière édition par sophia le Mar Nov 06, 2007 1:17 pm; édité 1 fois
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Monica



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MessagePosté le: Mar Nov 06, 2007 12:53 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Vraiement magnifique! Shocked Il est d'où ce jeune danseur? (chilien?) Lignes, musicalité, pirouettes, port de bras... tout est parfait!!


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maraxan



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MessagePosté le: Mer Nov 14, 2007 4:01 pm    Sujet du message: Programme 2008 Répondre en citant

Programme de l'ENB cette fin d'année et 2008 :

The Snow Queen
(Choreography Michael Corder, Freely adapted from the fairy tale by Hans Christian Andersen, Music Sergei Prokofiev, Design Mark Bailey, Lighting Paul Pyant)
Southampton, Mayflower (Novembre 2007)
Manchester, Palace Theatre (Novembre-décembre 2007)
London, Coliseum (Décembre 2007)


The Nutcracker
(Choreographer Christopher Hampson, Music Pyotr Ilyich Tchaikovsky , Design Gerald Scarfe, Lighting John Rayment)
London, Coliseum (Décembre 2007-janvier 2008, décembre 2008)

Swan Lake
(Choreography Derek Deane after Marius Petipa and Frederick Ashton, Music Pyotr Ilyich Tchaikovsky, Design Peter Farmer, Lighting Howard Harrison)
London, Coliseum (Janvier 2008)
Beijing (China), China Century Theatre (Janvier-février 2008)
Leeds, Grand Theatre (Avril 2008)


Swan into Spring
    Swan Lake, Acte II
    (Choreography Derek Deane after Marius Petipa and Frederick Ashton, Music Pyotr Ilyich Tchaikovsky, Design Peter Farmer, Lighting Howard Harrison))
    Selection of pas de deux :
    *Three Preludes (Choreography Ben Stevenson, Music Serge Rachmaninov, Costumes Peter Farmer, Lighting John B. Read)
    *Concerto (Choreography Kenneth MacMillan, Restaging Julie Lincoln, Music Dmitri Shostakovich, Costume design Gary Harris, Lighting design Jason Morphett)
    *Trois Gnossiennes (Choreography Hans van Manen, Music Eric Satie)
    *Don Quixote (Grand pas de deux) (Choreography and production Witold Borkowsky after Gorsky, Music Ludwig Minkus arranged by John Lanchbery, Costume and set design Emanuele Luzzati, Lighting Charles Bristow/David Mohr)
    *Manon (Bedroom pas de deux) (Choreography Kenneth MacMillan, Music Jules Massenet arranged by Leighton Lucas and Hilda Gaunt, Design Mia Stensgaard, Lighting Mikki Kunttu)
Southampton, Mayflower (Mars 2008)
Bristol, Hippodrome (Mars 2008)


Coppélia
(Choreography Ronald Hynd, Music Leo Delibes , Design Desmond Heeley, Lighting David Mohr)
Southampton, Mayflower (Mars 2008)
Bristol, Hippodrome (Mars 2008)


Strictly Gershwin
(Choreography Derek Deane, Music George Gershwin)
London, Royal Albert Hall (Juin 2008)

Triple Bill
    Etudes
    Choreography Harald Lander, Restaging Josette Amiel, Music Knudage Riisager from Czerny's Etudes, Designs after Rolf Gerard, Lighting David Mohr
    Reverence
    (Choreography and set design David Dawson, Music Gavin Bryars, Costume design Yumiko Takeshima, Lighting design Bert Dalhuysen, Assistant to the Choreographer Timothy Couchman)
    New work (world premiere)
    Choreography Wayne Eagling
London, Royal Festival Hall (Juillet 2008)

The Sleeping Beauty
(Choreography Kenneth MacMillan after Marius Petipa, Music Pyotr Ilyich Tchaikovsky, Set design Peter Farmer, Costume design Nicholas Georgiadis, Lighting design David Richardson)
Bristol, Hippodrome (Octobre 2008)
Southampton, Mayflower (Octobre-novembre 2008)
Manchester, Palace Theatre (Novembre 2008)
Oxford, New Theatre (Novembre 2008)
Liverpool, Empire (Novembre 2008)
London, Coliseum (Décembre 2008-Janvier 2009)


Manon
(Choreography Kenneth MacMillan, Music Jules Massenet arranged by Leighton Lucas and Hilda Gaunt, Design Mia Stensgaard, Lighting Mikki Kunttu)
Bristol, Hippodrome (Octobre 2008)
Southampton, Mayflower (Novembre 2008)
London, Coliseum (Janvier 2009)


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maraxan



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MessagePosté le: Mar Nov 20, 2007 4:08 pm    Sujet du message: Le Lac des cygnes, Southampton 17 et 18 novembre 2007 Répondre en citant

Le Lac des cygnes
Southampton, The Mayflower, 17 et 18 novembre 2007


17 novembre 2007
Siegfried: César Morales
Odette/Odile: Erina Takahashi
Rothbart: Daniel Jones

18 novembre 2007
Siegfried : Thomas Edur
Odette/Odile : Agnes Oaks
Rothbart : André Portásio


L’ENB s’est donc arrêté à Southampton dans sa tournée anglaise pour poser son Lac au Mayflower avant The Snow Queen cette semaine. Ne pouvant rester qu’un week-end, j’ai lâchement choisi celui du Lac, principalement en raison de mes réticences sur le nouveau ballet mais aussi parce que César Morales dansait Siegfried. Je pense qu’on a déjà bien compris ici l’essentiel de ce que je pense de ce danseur admirable. Pour moi, c'est actuellement le Siegfried qui me touche le plus et qui arrive constamment à me surprendre dans son interprétation sans cesse réinventée. Ce fut d’autant plus frappant que Thomas Edur qui officiait le lendemain est également un danseur de haut niveau, mais la comparaison est difficile à soutenir car César s’est révélé particulièrement inspiré et par conséquent inspirant : la salle en effet ne s’y est pas trompée, rappelant inhabituellement (en Angleterre, les saluts sont très courts) plusieurs fois les danseurs. Il serait injuste de nier par omission les qualités d’Erina Takahashi qui est également une des clés de cette soirée réussie mais j’ai vraiment trouvé César particulièrement exceptionnel samedi. Les deux danseurs sont des plumes, César très élancé, Erina très tonique. Ils ont une danse précise et sont sereins dans leurs démonstrations techniques. Leur partenariat a atteint samedi un sommet dans l’harmonie.

La compagnie tourne beaucoup et a donc l’habitude de danser dans des conditions parfois un peu limites, sur des scènes minuscules, avec des coulisses inadaptées aux grands spectacles et surtout pas soixante danseurs avec deux changements de costumes au minimum, parfois quatre pour certaines filles ! Qu’à cela ne tienne, l’ENB y arrive toujours, adapte ses décors comme son jeu de scène, et quelquefois semble même prendre plaisir à s’écarter de la routine.

En raison de sa petitesse, la scène du Mayflower est particulièrement peu accueillante pour la variation du premier acte qui pour moi est un grand test de la forme du danseur… César a parfaitement bien maîtrisé l’espace, jouant avec les décors pour montrer ses hésitations et se relancer, Thomas m’a paru plus embarrassé lors des passages dans l’encadrement des portes, ou pour démarrer sa série de pirouettes finales entre les chaises du banquet ( !) et au finish, un peu contracté dans les moments d’équilibre, ce qui contrastait avec les lignes pures et assurées de César. Cette variation qui est absente de beaucoup de versions du lac est particulièrement difficile dans la chorégraphie de Derek Deane car elle met la tension sur le danseur à un moment où la musique se fait discrète après la profusion visuelle et sonore des réjouissances de la fête qui vient de s’achever. César m’y paraît chaque fois plus détaché des contraintes techniques pour verser dans une profondeur et un lyrisme absolu. Il est vrai que le Siegfried de César a toujours été très sensible au moindre changement de situation, et il y a là, un véritable travail d’acteur.

Le lac de Derek Deane, même s’il n’a pas presque pas de mime, présente quand même un prince quasiment tout le temps sur scène et les talents d’acteur du danseur sont grandement sollicités. César rend les humeurs de Siegfried avec sensibilité et justesse. Il fait vivre le personnage à tel point qu’on en oublie presque parfois qu’il danse, masquant par une technique parfaite et une élégance rare, son effort. Il danse comme il respire, technique parfaite, jamais une hésitation ni un tremblement et surtout une réception de saut un peu irréelle… Des arabesques d’une pureté, un port de bras très léger et précis… il est doué d’une musicalité qui s’exprime parfaitement dans Siegfried. Bref un état de grâce. Son prince rêveur est un prince également attentionné avec sa mère, rieur et insouciant avec ses amis, amoureux d’Odette, subjugué par Odile, désespéré dans le dernier acte qui le conduit au suicide dans le sillon d’Odette. C’est un peu lui qui tient le fil de l’histoire par ses états d’âme qu’il sait exprimer dans sa danse comme dans ses attitudes et ses expressions, sans jamais en faire trop ou trop peu.

C’est un peu plus facile pour Odette/Odile qui danse deux personnages, sensés être similaires mais qui ne le sont quand même pas. Erina a beaucoup nuancé son Odile à Southampton, jouant plus sur la séduction subtile que sur le développement d’une attaque imparable sur Siegfried. Son Odette enfermée dans sa souffrance est très convaincante. Agnès Oaks, partenaire de Thomas Edur est aussi une danseuse très subtile dans son jeu de scène et douée d’une technique très sûre, mais souvent, c’est la qualité de leur partenariat qui en fait le couple phare de l’ENB, cette alchimie qui dans certains ballets comme le Lac est indispensable pour sublimer le drame. Les lignes des jambes et des bras sont toujours en concordance et tout semble toujours tomber pile poile. Le niveau de confiance entre les deux danseurs est au summum, ce qui permet de s’aventurer dans d’autres domaines, et ils jouent d’une grande sensualité dans le pas de deux du deuxième acte. Samedi, César et Erina sont arrivés à ce niveau dans le partenariat et ce fut du début à la fin, émouvant et simplement sublime.

Je ne termine pas l’ode à César tout de suite car dans la représentation de dimanche, il dansait avec Sarah McIllroy aux côtés de Begoña Cao et Fabian Reimair, le pas de quatre d’Ashton. Le rétrécissement de la scène avait conduit également à réaménager cette variation, ce qui permettait aux habitués de saisir de nouvelles nuances. Là, la danse est carrée, démonstrative, dépouillée de pathos pour aller à l’efficacité. C’est un quatuor très technique et très élégant qui me semble plus impressionnant que celui de la veille, Kei Akahoshi, Adela Ramirez, Yat-Sen Chang et Yosvani Ramos, malgré l’excellence des deux garçons et où pourtant Adela Ramirez a montré qu’elle était vraiment très affûtée en cette fin d’année. C’est surtout une question de lignes et d’élévation qui chez le duo César/Fabian me paraît tellement plus esthétique que la démonstration de puissance des Cubains.

Enfin dimanche, Pedro Lapetra et Senri Kou effectuaient leur première Danse napolitaine. Pedro est un minuscule danseur très vif et très souriant qui est parfait dans ce rôle. Sa partenaire ne lui rend rien bien qu’elle ait perdu son tambourin (prestement ramassé par Grant Rae qui rythmait la fin de la variation avec Daniel Kraus) et le couple a montré qu’il pouvait s’inscrire dans la suite d’Adela Ramirez et Yat-Sen Chang, régulièrement distribués sur cette danse.

L’atmosphère envoûtante de la veille était cependant en train de retomber et l’on se préparait déjà aux réjouissances de Noël, Snow Queen jusqu’à la mi-décembre et puis le traditionnel (enfin pas trop puisque l’ENB danse celui de Christopher Hampson) Casse-Noisette.


César Morales 17 novembre 2007


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haydn
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MessagePosté le: Lun Déc 10, 2007 10:06 pm    Sujet du message: Répondre en citant

lolodanse a écrit:
coucou

le 19 décembre je vais voir ce ballet à Londres au London Coliseum dansé par l'English National Ballet!

je prendrai des photos, je les posterai ici (si j'y arrive), mais promis je vous ferai un commentairea+ Very Happy


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maraxan



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MessagePosté le: Mar Déc 11, 2007 12:27 am    Sujet du message: Répondre en citant

Pour être clair, le 19 décembre, c'est le Casse-noisette de Christopher Hampson qui se danse au Coliseum... mais il y aura quand même des princes, Zhanat Atymtayev et Dmitri Gruzdyev et leurs fées dragées, Sarah McIllroy et Daria Klimentová.


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maraxan



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MessagePosté le: Mar Déc 18, 2007 11:57 pm    Sujet du message: The Snow Queen, London Coliseum 15-16 décembre 2007 Répondre en citant

Un second retour sur la Reine des neiges… qui finissait sa tournée britannique à Londres les 15 et 16 décembre 2007…

The Snow Queen
London, Coliseum 15-16 décembre 2007

15 décembre matinée
The Snow Queen: Elena Glurdjidze
Kay: Juan Rodriguez
Gerda: Adela Ramirez

15 décembre soirée
The Snow Queen: Erina Takahashi
Kay: Yosvani Ramos
Gerda:Fernanda Oliveira

16 décembre matinée
The Snow Queen: Elena Glurdjidze
Kay: Daniel Kraus
Gerda: Lisa Probert


The Snow Queen est un ballet qui demande à être vu plusieurs fois pour pouvoir en apprécier les qualités. C’est peut-être pour cette raison qu’il est loin d’être satisfaisant sur le plan du simple divertissement, même si la production luxueuse, une mise en scène agréable, des lumières mettant en valeur les remarquables costumes, comblent parfois visuellement les errances chorégraphiques. C’est un ballet compliqué dans l’histoire (empruntée librement à Hans-Christian Andersen) sinon dans la chorégraphie, dansé sur une musique qui n’est pas abordable d’emblée non plus et l’obsession de Michael Corder de coller au plus près, développe des ensembles trop simplement découpés.
La création d’un ballet n’est pas seulement un acte chorégraphique mais surtout une chorégraphie mise en musique. Merveilleuse opportunité a priori pour un musicien contemporain, le choix d’un compositeur qui veuille se lancer dans l’aventure et avec lequel il sait s’entendre est plus complexe pour le chorégraphe. Michael Corder a donc opté pour une musique déjà existante, on pactise mieux avec les morts. C’est sans doute également moins onéreux. Mais c’est une contrainte et même si Julian Philips ne s’est pas privé d’aménager The Stone Flower de Prokofiev, un des principaux problèmes de The Snow Queen est cette inadéquation avec la musique qui n’arrive pas à rendre les divers paradigmes engagés dans l’œuvre et ajoute à la confusion engendrée par l’abondance d’une chorégraphie assez peu inspirée. Elle s’accommode mal en tout cas du monde des neiges qui aurait sans doute nécessité une composition plus nordique, peut-être plus actuelle, pour restituer l’âme qui a froid, les lenteurs, les climats, les ambiances et les attitudes de ces personnages cristallins animant le palais de la reine. Là, on a du mal à comprendre, si ce n’est pour suivre la musique, pourquoi les elfes et les mignons s’agitent si souvent à grands renforts de jetés et de pirouettes, certes très élégants mais trop récurrents.

La chorégraphie n’est pas compliquée mais très luxuriante, voire touffue et par extension, souvent répétitive, sans point culminant dans l’intensité. Les personnages n’ont jamais de variations singulières et fortes, qui pourraient transcender le ballet. Pourtant, on ne peut pas nier que la répartition des variations entre les différents danseurs n’apporte pas une diversité de situation et de caractérisation. Mais celle-ci, au lieu de donner un spectre large au spectateur, multiplie les points de focalisation qui à la longue, finissent par désorienter. Côté positif de ce défaut, The Snow Queen est un ballet pour danseurs, peut-être plus que pour spectateurs, et les membres de la compagnie en tirent cette satisfaction, surtout les hommes, car composition et chorégraphie servent à merveille le relativement petit corps de ballet masculin de l’English National Ballet. La compagnie fait beaucoup tourner les rôles et l’occasion de danser plusieurs personnages sur un même ballet est plus motivante et plus valorisante également, ce qui entraîne une stimulation très visible sur scène, où la hiérarchie n’est plus qu’un mot sur papier. Les plus expérimentés participent de cet élan de dynamisme et l’on a pu voir ce week end, des duos très bien assortis, un César Morales, principal dancer partenaire de James Forbat, simple artist dans le couple des roses, passant en une quinzaine de jours, du Siegfried des quatre actes de Swan Lake, à une rose de trois minutes dans un passage rêvé par Gerda.

Les rôles de Kay et Gerda, dansés soit par des principals soit par des first artists ne réservaient pas la première du ballet à Londres aux vedettes de la compagnie, mis à part le rôle titre. Cependant, le dernier week-end a été un peu épique au Coliseum avec la défection de dernière minute d’Agnes Oaks, après celle de Daria Klimentová, qui a entraîné des changements dans le casting car la compagnie utilise ses danseurs à plein. Elena Glurdjidze qui remplaçait Agnes Oaks est une grande danseuse qui s’accommode difficilement d’autres mignons que les siens, entraînant des changements en cascade, justifiant adéquatement la maîtrise de cette polyvalence sur les rôles.

La reine des neiges d’Elena Glurdjidze est sublime et sans aucune critique envers celle d’Agnes Oaks, les spectateurs londoniens fans de la star de la compagnie n’ont pas vraiment perdu au change. Elena Glurdjidze, grande tragédienne, donne au personnage une dimension magique qui confère à sa reine une force implacable et à l’histoire, une cohérence plus certaine. Danseuse de haute taille, très élancée, elle impose une autorité naturelle transcendée par une danse puissante et dynamique qui s’accorde mieux que toutes les autres à la musique très syncopée de Prokofiev. Elle comble parfaitement par son style très emphatique la faiblesse de la caractérisation chorégraphique du personnage. Dans son interprétation, l’emprise de la reine sur Kay, mais aussi sur sa cour, est d’évidence. C’est moins le cas avec Erina Takahashi, très fine, physiquement à l’opposé, qui si elle s’impose parfaitement à Kay, en face à face, est paradoxalement moins "royale" dans son univers. Elle sait toutefois par la vivacité et la précision de sa danse époustoufler dans les solos, mais, la chorégraphie et la mise en scène lui conviennent moins. Parce que Michael Corder n’arrive pas à imposer stylistiquement sa reine, il la propulse constamment dans des positions majestueuses à travers des portés très diversifiés et quelquefois assez acrobatiques, réalisés souvent par deux, voire plusieurs personnes. Ces portés favorisent les attitudes que caractérise merveilleusement l’envergure d’Elena Glurdjidze et crédibilisent d’autant plus la domination de la reine.
Dans l’ensemble, les portés sont d’ailleurs assez nombreux dans le ballet, ceux entre Kay et Gerda, sont simples et souvent au niveau du corps, en revanche, ceux de la reine sont très élaborés et spectaculaires, réalisés par ses loups et les elfes. Dans le troisième acte, un des loups traverse de manière sidérante la scène en tenant sa reine par une jambe faisant flotter son manteau dans l’atmosphère glacée. Les portés aux bras multiples, voire les plongeons de la danseuse, servent également à symboliser la puissance de la reine en tant que menace physique sur Kay au début, mais aussi sur Gerda, et l’ensemble est souvent très spectaculaire.

Si la reine peine quelquefois à s’imposer comme le personnage majeur de l’œuvre, la mise en scène l’aide quand même à trouver une certaine dimension. Kay et Gerda ne la remplacent pas. De la même manière que le rôle titre n’a pas de caractérisation très forte dans la chorégraphie, les deux amoureux sont aussi mal servis. Le découpage du ballet en multiples soli et pas de deux, parfois très courts dans des tableaux se succédant sans liant, n’arrive pas à donner une dimension dramatique, dans le sens d'une construction de l’histoire, fluide et clairement lisible. On saute souvent d’un tableau à l’autre sans avoir le temps de s’attacher à un personnage.
Pourtant, la distribution a présenté des couples très bien assortis stylistiquement. Les volcaniques Adela Ramirez et Juan Rodriguez, les poétiques Fernanda Oliveira et Yosvani Ramos et les très rafraîchissants Lisa Probert et Daniel Kraus ont su donner des interprétations variées, la passion chez le premier couple, alors que le dernier était plus inspiré, très précis et virtuose, la mutine Lisa Probert révélant des grands talents d’actrice. Daniel Kraus est évidemment un danseur très aérien et les pas de deux avec la reine ont été très convaincants : il a ainsi construit un personnage très ambigu dans son attirance pour la reine, semblant jouer avec l’histoire, en restituant sa propre vision. Le couple plus familier formé de Fernanda Oliveira et Yosvani Ramos a paru plus délicat, très travaillé mais peut-être un rien trop sophistiqué pour les gens modestes qu’ils sont sensés représenter. C’est dans la symbiose de leur complicité que l’on a trouvée une interprétation parfaite mais plutôt linéaire.

L’épopée de Gerda à la recherche de Kay prisonnier de l’univers des neiges, croise quelques personnages dans des variations diverses. La très belle gitane de Sarah McIlroy s’est imposée par sa sûreté et son élégance aussi bien dans sa variation lente que dans le pas de deux avec Gerda. Le surprenant duo des roses déjà mentionné, où esthétique des corps et des mouvements suaves et lascifs illustre un rêve de la jeune fille se développant au milieu dans un pas de deux avec Kay, a instauré un moment unique de grâce. Celui plus ludique d’un daim dans un long pas de deux construit sur la symétrie des mouvements symbolisant le cheminement de la jeune fille jusqu’au Palais de la reine, a paru intrinsèquement intéressant du point de vue de la construction chorégraphique; Van Lê Ngoc y a séduit aux côtés de Lisa Probert, très complice.
Si l’on devait retenir parmi toutes les talents de l’English National Ballet qui se sont exprimés ce week-end dans ces rôles presque pas annexes, on mettrait également en avant le remarquable James Forbat, aussi gracieux en rose que puissamment félin en loup ou spectaculaire en gitan, ou bien Zhanat Atymtayev, loup ou chef des gitans qui semble avoir trouvé définitivement ses marques au sein de la compagnie.

Le corps de ballet ne fait pas que mettre en exergue des individualités car les danses de groupes sont assez nombreuses et assez bien réparties dans le ballet. Elles offrent des pauses dans la succession de petits tableaux en se singularisant. Ainsi paysans colorés, courtisans blancs dans les somptueux costumes de Mark Bailey, dans de très beaux mouvements il est vrai très classiques, mais aussi les elfes éthérés et les mignons de la reine, les loups et les renardes. Enfin, la spectaculaire danse des gitans qui a déjà évolué depuis sa création dans le deuxième acte a particulièrement bien accompagné son soliste, Thomas Edur, senior principal tonitruant chef de bande qui semble s’amuser énormément, dégagé de ses rôles de prince. Percutant et virtuose, il mène la danse la plus spectaculaire du ballet d’une main de maître, bouchant ainsi la boucle du ballet pour danseurs de Michael Corder.


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lolodanse



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MessagePosté le: Mar Déc 25, 2007 1:20 pm    Sujet du message: english national ballet Répondre en citant

Bonjour tout le monde et bonnes fêtes à tous!!!

Je suis donc allée voir CASSE NOISETTE au London Coliseum le 19 décembre à 19H30

distribution:
DROSSELMEYER: Fabian Reimair
CLARA: Erina Takahashi
NUTCRACKER: Arionel Vargas
SUGAR PLUM FAIRY: Agnes Oaks
PRINCE: Thomas Edur

et
FRITZ: Medhi Angot !!!!!

Les photos étant interdites, je posterai d'ici peu des photos extérieures uniquement du théâtre.

J'étais placée à l'upper circle dernière rangée, 20 £, on y voit tout mais de haut.

Le ballet commence par l'apparition de Drosselmeyer (en rockeur) avec un livre géant au milieu de la scène. Il ouvre la première page et les danseurs sortent un par un du livre!!! En fait, au fur et à mesure que Drosselmeyer tourne les pages du livre, le décor change; c'est comme un livre théâtre pour enfant!
Drosselmeyer a un charisme étonnant, je n'ai vu que lui au premier acte!
Tout le premier acte est basée sur le jeu des "acteurs danseurs" avec une touche de comédie... Le grand père (Adam Putney) était le mieux réussi après le rôle de Drosselmeyer. Les costumes étaient fluos, et décalés!! Le costume de Fritz? jean, tee shirt et tennis comme un garçon de son âge à notre époque.

Puis viennent les flocons de neige qui sortent d'un réfrigérateur géant: très original l'idée (toujours avec Drosselmeyer sur scène)

entracte 20 minutes: et malgré la fraicheur si connue à londres au mois de décembre, tout le monde mangeait des glaces!!! Shocked (sauf moi lol)

Ensuite viennent les tableaux de danses de caractère:
les nuages: qui emportent clara "au pays des merveilles"
la danse espagnole (pas de trois): avec Van le Ngoc entre autres mais je ne me souviens plus de la danse...
la danse arabe: "en hommage à roland petit" Shocked je n'ai pas compris car je ne connais pas le Casse-Noisette de Petit: très beau tableau dansé par Begona Cao en costume à plumes bleues
la danse chinoise: pas de deux que je n'ai pas spécialement aimé (le public si???)
la danse russe: avec Van le Ngoc avec des sauts fabuleux qui a soulevé l'admiration du public et de moi!!!
les Mirlitons: en noir et blanc superbes costumes
les Bonbons: le tableau le plus comique du ballet dansé par les élèves de "Arts Educational School", déguisés en paquets cadeaux et bonbons
la valse des fleurs: rien d'extraordinaire ni d'inventif
et le pas de deux: costumes magnifiques car simples (blanc plus perles blanches) mais techniquement moyen car ces 2 danseurs n'étaient pas prévus pour danser ensemble la distribution avait en effet changé

pour conclure: enfin un Casse-Noisette où on ne s'ennuie pas dès le premier acte, un Casse- Noisette qui fait rire et surtout rêver (c'est quand même le but premier) et surtout un Casse-Noisette où on ne se demande pas si la ballerine va réussir à faire ses 6 tours sur pointes ... c'est pas du Noureev quoi!!!

Dommage que l'Opéra de Paris et le public parisien ne connaissent pas cette version...

à bientôt pour de nouvelles aventures (car je suis aussi allée voir CASSE NOISETTE de Mattew Bourne, mais le résumé sera pour un autre jour Wink )

lolodanse


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Glinka !



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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2007 6:57 am    Sujet du message: Répondre en citant

Chère Lolodanse !

Un peu comme à la guerre le sort n'épargne -paraît-il- que l'extrême prudence ou l'extrême insouciance, le plaisir du lecteur n'est jamais si grand, ici, que venant soit de l'extrême élaboration, soit de la spontanéité absolue d'un compte-rendu...

Puisque personne ne vous a encore complimentée, je profite de l'heure très nocturne pour le faire sans trop porter ombrage à une raison plus sérieuse de « remonter » un fil de discussion, et si celui-ci s'en trouve remis à la surface pour « rien » sinon cela, les visiteurs matinaux auront au moins, ainsi, le plaisir de vous relire...

Votre entrée dans ce site me fait un peu penser (image me venant à l'esprit à cause d'une relecture récente -par obligation en quelque sorte scolaire) à celle de la princesse de Bormes arrivant à Paris, selon Cocteau* : « Elle entrait dans le monde comme un jeune athlète entrerait dans un cercle et brouillerait les cartes en annonçant qu'il faut jouer au football. Les vieux joueurs, étourdis par tant d'audace, s'étaient soulevés de leur fauteuil. »

Dans un genre où tout de même en ce lieu le style noble prédomine, le vôtre apparaît, par son primesaut, comme « de caractère », et vous ressemblez à une sorte de Lise qui n'a pas l'oeil dans la poche et plus d'une malice dans son sac, légère de plume par génération spontanée et très vive dans la diagonale de petits pas courus sur pointes...

Pour peu qu'elles soient lues mentalement avec le ton qu'il faut (ce qui est somme toute facile à quiconque a des jeunes filles dans son entourage), des phrases telles que :
"Les photos étant interdites, je posterai d'ici peu des photos extérieures uniquement du théâtre."
"on y voit tout mais de haut."
"entracte 20 minutes : et malgré la fraicheur si connue à Londres au mois de décembre"
"la danse espagnole (pas de trois): avec Van le Ngoc entre autres mais je ne me souviens plus de la danse... "
"qui a soulevé l'admiration du public et de moi!!!"
"c'est pas du Noureev quoi!!!"
sont de petites merveilles de fraîcheur (justement)... Et ainsi, vous nous offrez, le temps d'un entracte dans le spectacle du monde, sinon la glace, du moins le rafraîchissement dont nous avons bien besoin...

J'ai hâte de lire la suite !...

*Thomas l'imposteur




Dernière édition par Glinka ! le Jeu Déc 27, 2007 4:22 pm; édité 1 fois
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lolodanse



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MessagePosté le: Jeu Déc 27, 2007 11:49 am    Sujet du message: casse noisette Répondre en citant

merci pour cette unique réponse et très belle réponse d'ailleurs...

en ce qui concerne les photos, Haydn m'a expliqué comment les insérer mais je n'ai toujours pas compris!!!

donc, ceux qui veulent des photos du London Coliseum (et du casse noisette de Bourne) vous pouvez m'envoyer votre mail sur message privé!!

lolodanse Very Happy





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maraxan



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MessagePosté le: Sam Jan 05, 2008 12:49 pm    Sujet du message: The Nutcracker 27 décembre 2007 et 3 janvier 2008 Répondre en citant

The Nutcracker
London Coliseum

27 décembre 2007
Drosselmeyer: Juan Rodriguez
Clara: Crystal Costa
Nutcracker: Fernando Bufalá
Sugar Plum Fairy: Erina Takahashi
Prince: Thomas Edur

3 janvier 2008
Drosselmeyer: Juan Rodriguez
Clara: Lisa Probert
Nutcracker: Fernando Bufalá
Sugar Plum Fairy: Adela Ramirez
Prince: Fabian Reimair

Il faut apprécier l’humour anglais pour mieux comprendre le Nutcracker de Christopher Hampson et de Gerald Scarfe, sans quoi cette version "light" risque d’en énerver beaucoup et pas seulement les puristes. D’abord parce que c’est un Casse-noisette qui s’éloigne d’emblée des sentiers battus, qu’il est délibérément outrancier, certains disent même vulgaire, mais aussi parce le niveau technique de la danse est allégé (si on compare à celui de Noureev à Paris, c’est un euphémisme). C’est donc plus un spectacle pour rire qu’un spectacle pour rêver (ce qui est par ailleurs impossible car la salle est remplie de gamins pas toujours très sages et en tout cas jamais silencieux), et pas forcément un spectacle pour enfants, plutôt un dialogue avec les comédies qui s’illustrent dans les théâtres du West end. Mais la comparaison s’arrête là, car il s’agit quand même de ballet, et la compagnie met au service de ce divertissement ses meilleurs danseurs (contrairement à Angelina Ballerina par exemple qui a fait l’objet d’un recrutement spécial) qui rendent le passage au Coliseum quasi incontournable pour les fans de ballet londonien.

Avec le temps (la production date de 2002), on se dit qu’une fois par an, cela fait du bien, même si le principal intérêt reste de savoir à quelle sauce quel danseur va être mangé, qui va récolter le gros postérieur de Ms V.Aggra (la nouvelle copine de grand-père) ou le museau gigantesque du roi des rats, la robe de St Nicholas, la peau de l’ours ou les plumes du paon.

Gerald Scarfe est un célèbre caricaturiste outre-manche et c’est plus à lui qu’à Christopher Hampson que ce ballet est attaché. C’est en effet un ballet visuel plus que chorégraphique. Si on regrette (peut-être après tout) une chorégraphie plus travaillée, on ne peut s’empêcher de penser que la créativité du dessinateur apporte suffisamment de cachet à l’œuvre pour la rendre agréable à regarder. Christopher Hampson avoue volontiers d’ailleurs qu’il n’avait pas trop d’idées avant de s’attaquer à l’œuvre qu’il avait dansé maintes fois dans sa carrière dans diverses productions (au Royal Ballet et à l’English National Ballet qui a une version de Derek Deane dans son répertoire).

Le style Gerald Scarfe est très distinctif et très percutant. C’est un style direct comme le réclame l’art de la caricature. Tout doit être compris en un unique visuel. Il nous expose donc des personnages à comprendre chacun dans leur individualité caricaturale qu’il portraitise, physiquement, parce qu’il a fait les costumes et scéniquement, puisqu’il a assuré les décors et la mise en scène. Chaque individu révèle donc une histoire, un monde en lui même, mais peut s’appréhender également dans un tout pourquoi pas cohérent, dans les traits de ce qu’aujourd’hui, on appelle une famille pas traditionnelle, ici par exemple typique de la middle class britannique.

Clara, perruque rouge, bustier de satin rouge jurant avec sa jupette printanière verte, grand père, en kilt orange mais quand même avec un caleçon à feuilles de houx, légèrement obsédé qui vient à la fête avec sa nouvelle copine plutôt vulgaire au costume qui accentue des formes répondant aux canons d’antan, la vieille bonne qu’en un tour, Drosselmeyer transforme en vamp délurée, le sale môme Fritz qui énerve tout le monde avec sa mitraillette et son copain punk qui le suit partout -encore plus quand Pépé lui file un coup à boire- et les copains des parents, déguisés en officiers avec des perruques jaune, des costumes hallucinants de couleurs… Clara est vive et ludique aussi bien en famille que lorsqu’elle découvre les rats ou combat avec les militaires… C’est la nuit, mais elle ne dort pas, ce n’est pas un rêve lorsque les rats avec leur masque à gaz affrontent l’armée en treillis camouflage de brousse (rouge)… Les couleurs de ce spectacle semblent en fait sorties d’une boite de liquorice qui préfigure le pays des bonbons du deuxième acte. Bref, tout cela est irréel, on est dans le monde de la caricature et du dessin, l’histoire importe déjà presque pas et on ne peut vraiment prendre tout cela au sérieux, et pourtant, tout colle presque constamment au récit que l’on connaît.
Drosselmeyer, jeune rocker très charmeur est un dynamique et souriant entertainer qui virevolte sur scène constamment et qui, à grand renfort de pirouettes, relance continuellement le rythme du spectacle ; il présente les divertissements avec un punch explosif, et l’on n’a pas à attendre la transformation du Casse-noisette pour s’occuper les yeux, même si la danse est parfois absente du spectacle, plus remplacée par le spectaculaire choc, que par la pantomime, ce qui n’est pas plus désagréable.
La bataille des rats est à ce titre épique, véritable guerre de tranchée entre les rats affublés de masques à gaz et les militaires en casques et treillis qui défendent les lieux, débarquent en parachute, etc. On se sait pas trop qui gagne, si ce n’est Clara qui voit son Casse-noisette s’animer en un joli jeune homme (un Fernando Bufalá à croquer), un peu ringard dans l’habillement (symbole du Casse-noisette oblige). Il est cependant tout à fait attentif à partir de ce moment là à son confort comme le symbolise ce premier pas de deux très lyrique qui s’ouvre sur la valse des flocons. Chez Hampson, les flocons sortent donc du frigidaire et 8 d’entre eux symbolisant le givre sont dansés par des hommes. C’est un très beau moment, très aérien et solennel dans ce premier acte explosif, même si on regrette l’absence de chœur d’enfants qui rend la valse si lyrique même dans la production de Noureev où le corps de ballet est soumis à rude épreuve. Cependant, les couleurs de Clara et le Nutcracker viennent rejoindre le monde gelé pour quelques pas et la fin du premier acte est assez enthousiasmante, le couple s’envolant sur la cocotte en papier géante fournie comme véhicule par Drosselmeyer...

Les trois solistes de ce premier acte sont assez homogènes et on peut souligner la remarquable performance de Juan Rodriguez qui anime un Drosselmeyer tourbillonnant, très sollicité dans les sauts. Fernando Bufalá, dans son costume atypique, présente néanmoins un personnage glamour et très aérien. C’est un danseur élancé et lyrique. Lisa Probert semble avoir parfaitement incorporé le rôle de quasi-poupée qu’elle incarne, peut-être un peu moins précise techniquement que Crystal Costa mais plus conforme à l’esprit du ballet.

Des petits nuages font la transition pour accueillir après l’entracte les deux héros qui se voient présenter les acteurs de leurs futurs divertissements avant d’aller s’installer dans une boite de chocolat pour regarder tout cela.
La dominante des couleurs flashy est persistante pour les costumes de cette deuxième partie qui sont cependant plus conventionnels car les danseurs y sont à l’œuvre. L’outrance est dans le choix des harmonies conflictuelles et à ce sujet, les danseurs espagnols atteignent un sommet.
La danse russe est une variation d’un ours bleu, interprétée par Yat-Sen Chang dans son numéro favori d’exceptionnel gymnaste. Apparaissant en ours, on lui retire sa gueule et son haut pour qu’il laisse exploser son ardeur, le tout pimenté par l’immiscion de Drosselmeyer dans le concours de sauts. Cela réveille généralement la salle
La danse orientale est centrée sur une ballerine délicieusement suave et lascive qui se mue en paon, l’hommage à Roland Petit évoquant plus Zizi Jeanmaire et son truc en plume, que Casse noisette, huit hommes portant les fameux apanages de l’animal sacré autour des contorsions lascives.
Mirlitons résolument modernes et danse des fleurs replacent le ballet dans l’art du ballet et les pas plus classiques, mais ce n’est pas le parti pris du chorégraphe qui rompt de nouveau le rythme en plaçant un intermède comique de cadeaux sur pied !
Pourtant, la valse des fleurs renoue avec l’enchantement avec les lignes plus communes des six couples glamour qui précèdent l’arrivée de la fée dragée et son prince.
Le grand pas de deux est comme un moment irréel dans le feu du spectacle, mais finalement correspond très bien à ce monde où tout est acceptable, tout est à attendre, puisque rien n’est conventionnel. Ainsi, plus même que la danse des flocons qui avait temporisé, le pas de deux de la fée dragée instaure un calme, visuel car les deux danseurs sont en blanc sur fond blanc, mais aussi dans le tempo, tout du moins au début…
Cette succession de danses donne l’occasion de présenter quelques facettes du talent des danseurs, jusqu’alors un peu effacé par la caractérisation forcée de leurs personnages et c’est peut-être seulement dans ce grand pas de deux que les individualités s’expriment, même si, dans les représentations vues, Erina Takahashi et Adela Ramirez m’ont paru égales, très pénétrées de l’esprit bonbon. Petit tutu très simple une fois débarrassée de la cape fusée pour la ballerine, le prince est également très sobre : les deux immaculés promènent leur douceur et leur perfection sur la scène avec un calme et une technicité qui élève brusquement le niveau technique du ballet, sans approche aride. Erina Takahashi est une danseuse très précise qui fait merveille dans la variation de Sugar Plum où elle fait montre d’une assurance qui impose un moment d’enchantement silencieux dans une salle assez emportée par les mouvements des débordements scéniques. Elle est d’évidence mieux servie par son prince, Thomas Edur qui fait montre de perfection dans sa variation et de charme envers sa partenaire.

La fin du spectacle est un condensé de ce deuxième acte, les danseurs défilent dans leur rôle et Clara et Casse-noisette, s’envolent dans leur cocotte, clin d’œil à Odette et Siegfried sur leur bateau céleste… Ici, on est hors du récit, l’histoire est terminée, ou du moins la représentation


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maraxan



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MessagePosté le: Dim Jan 27, 2008 4:08 pm    Sujet du message: Le Lac des Cygnes, London Coliseum Janvier 2008 Répondre en citant

Retour sur une certaine vision de Siegfried
Le Lac des cygnes, London Coliseum Janvier 2008

12 et 18 janvier 2008
Siegfried: César Morales
Odette/Odile: Erina Takahashi
Rothbart: Fabian Reimair

12 janvier 2008
Siegfried : Dmitri Gruzdyev
Odette/Odile : Daria Klimentová
Rothbart : Fabian Reimair

13 janvier 2008
Siegfried : Yosvani Ramos
Odette/Odile : Fernanda Oliveira
Rothbart : Fabian Reimair


L’English National Ballet achevait sa période de fêtes au Coliseum avec un Lac des cygnes éprouvé cette année dans deux productions de Derek Deane. Le retour à Londres dans celle, frontale plus classique et plus tragique (les deux amants se suicident alors que dans la production "in the round" du Royal Albert Hall en juin, Siegfried terrasse Rothbart) a donné l’occasion à la compagnie de composer de nouvelles associations dans les danses de demi-solistes et surtout de présenter une série de couples parfois inédits dans les rôles titres, Esteban Berlanga, tout jeune recrue et Begoña Cao, mais aussi Zhanat Atymtayev et Asta Bazevičiūte, malheureusement dans les matinées de milieu de semaine, ou bien les plus expérimentés, Arionel Vargas (celui-ci danse également avec Elena Glurdjidze) et Sarah McIlroy, et finalement Yosvani Ramos et Fernanda Oliveira. On a donc assisté au retour sur scène de Yosvani Ramos et Fernanda Oliveira et aux duos plus établis, Dmitri Gruzdyev et Daria Klimentová, ainsi que César Morales et Erina Takahashi.

Janvier à Londres est souvent une fin de saison pour la compagnie mais cette année, la coupure est après la Chine où elle présente le Lac des Cygnes à la fin du mois. On pouvait craindre que décembre avec Snow Queen et un Nutcracker à raison de presque deux représentations par jour entame un peu la cohésion du petit corps de ballet mais il est vrai que les jeunes femmes étaient moins sollicitées dans la programmation de décembre alors que beaucoup de la poésie du Lac repose sur son unité.
Les cygnes ont donc encore montré la rigueur qui caractérise la maîtrise de l’œuvre des éléments féminins de l’English National Ballet. Au delà d’une synchronisation parfaite, c’est également un très beau travail du haut du corps et des bras que livrent les danseuses de la compagnie et qui ajoute au lyrisme des actes blancs, à la fois dans les ensembles lents du deuxième acte, mais aussi lorsque Rothbart sème une terreur dont le désordre est savamment exacerbé.
La version de Derek Deane opte pour une dramaturgie extrême chez les cygnes, le début du quatrième acte étant plus solennel et romantique que les versions russes un peu handicapées par une danse joyeuse assez anachronique eut égard au drame qui se joue. Les cygnes savent qu’Odette a été trahie et la manière dont ils la défendent face aux agressions de Rothbart mais aussi leur méfiance vis-à-vis de Siegfried est totalement bien mise en scène et interprétée avec justesse par le groupe, ce qui n’est pas toujours aisé. De même, le couple de "grands cygnes" formé d‘Asta Asta Bazevičiūte et Begoña Cao impressionne de lyrisme et l’on ne peut que regretter de n’avoir pas vu les deux danseuses en Odette.

Dans le premier acte, le pas de quatre d’Ashton se présente comme l’attraction de l’anniversaire de Siegfried. La compagnie y a également fait débuter, Anton Lukovkin et James Forbat, ce dernier particulièrement à l’aise dans les moments techniques. C’est à juste titre que la compagnie a confié à ce danseur prometteur qui était nommé dans la catégorie espoir des National Dance Awards (remportée par Ivan Vasiliev et aux côtés de Martin Harvey, premier soliste au Royal Ballet !) un certain nombre de rôles notables cette année (on se souvient notamment de son interprétation de Trois Gnossiennes à Richmond). Sa saltation mais surtout son sens du placement capital, notamment dans le duo masculin, ont fait merveille dans ce pas de quatre où la qualité de partenariat est de mise. La composition d’Ashton est relativement simple mais repose sur une synchronisation parfaite, même dans les dissymétries et James Forbat ainsi que sa partenaire Adela Ramirez ont largement contribué à la fluidité par la qualité technique de leur danse. La tâche féminine dans cette variation est plus centrée sur la précision technique -les deux danseuses ont des soli- et s’oppose au festival de sauts synchronisés des garçons. Adela Ramirez qui a fait une très belle saison, constamment au plus haut niveau (notamment sa Sugar Plum Fairy du Nutcracker) a brillé par une danse lisse et facile dans cette variation sur pointe plutôt surprenante dans le ballet. Elle y est beaucoup plus sensible et mutine que sa partenaire Crystal Costa, un peu trop figée dans son sourire.

Il est très difficile de succéder à des interprétations très rôdées comme celles que l’on connaît de la danse espagnole, et l’on regrette un peu le duo André Portásio et Fabian Reimair (coincés dans le rôle de Rothbart) qui donnaient une flamboyance à cette danse qu’on a un peu de mal à retrouver chez les nouveaux impétrants. Daniel Kraus, Fernando Bufala, Laurent Liotardo et Zhanat Atymtayev, que l’on avait pourtant vus à l’œuvre au Royal Albert Hall dans la version quatuor semblent manquer un peu de panache, et parfois de synchronisation lorsque réduit en couple. C’est aussi perceptible du côté féminin, Maria Ribó Parés et Jenna Lee étant un peu trop sèches pour rendre à deux le volcanisme de Begoña Cao et Elisa Celis qui a malheureusement depuis quitté la compagnie. Dans le même esprit, on regrette un peu la précision et la souplesse de Yat-Sen Chang et le délié d’Adela Ramirez dans la Napolitaine, même si Nicholas Reeves et Lisa Probert, pourtant danseuse expérimentée, essaient très forts.

Néanmoins, filles et garçons sont au plus haut niveau dans les danses de groupe des premier et deuxième actes. La compagnie s’est récemment étoffée de nouvelles recrues masculines ou a récupéré des danseurs blessés qui en revanche se sont parfaitement intégrés dans les danses paysannes, celles des amis de Siegfried, czardas ou mazurka comme on avait déjà pu le constater dans la valse des fleurs de Casse-noisette. Cette unité et le dynamisme de ces danses permettent de mieux mettre en relief les prestations des solistes, et l’on a vu notamment un Juan Rodriguez pour les paysans ou tour à tour un Daniel Kraus ou Daniel Jones pour les czardas emmener leurs troupes de main de maître, temporisant avec les relatives déceptions de l’Espagnole et de la Napolitaine.

Au sein de l’English National Ballet, plusieurs partenariats sont au plus haut niveau. Il est évident que lorsqu’on voit beaucoup d’interprétations d’une même chorégraphie, l’exigence s’élève inconsciemment et l’on recherche toujours plus dans ce ballet très connu. C’est à la fois simple par la maîtrise du répertoire et compliqué pour chaque fois faire renaître l’intérêt.
C’est, en prenant en compte ces paramètres, un peu injuste de donner des impressions sur un couple qui s’est vu un peu en retrait ces derniers temps dans la programmation (Yosvani Ramos a d’ailleurs annoncé son départ de la compagnie pour The Australian Ballet) et cela même s’il n’est pas novice dans le rôle et dans son partenariat. D’évidence, les deux danseurs ne travaillent pas dans le même registre que leurs collègues et il semble que l’on trouve, chez les plus en vue actuellement, une profondeur dans l’interprétation qui séduit naturellement plus, dans ce ballet qui requiert beaucoup de finesse pour ne pas paraître trop simplistiquement lié à une démonstration technique et par là-même trop linéaire. C’est une des raisons pour laquelle il est difficile de condamner Yosvani Ramos et Fernanda Oliveira sur cette seule représentation, car ils font montre tous deux d’une belle technique, très classique, même si les fouettés de la danseuse brésilienne sont en deçà de ce qu’on attend à ce niveau. C’est là le seul reproche que l’on peut faire au couple dans ce domaine, car la jeune femme est très précise dans son travail de pied, très élégante dans ses arabesques et ses attitudes. Yosvani Ramos, présente toutes les qualités de l’école cubaine dans l’enthousiasme de sa danse et notamment sa saltation, une sûreté technique très appréciable dans les réceptions et charmant prince au demeurant. Cependant l’aspect lyrique du ballet s’estompe considérablement dans le peu de variation de leurs attitudes et interactions, qu’elles soient physiques avec l’expressivité faciale pour l’exposition des sentiments, ou gestuelle dans leurs rapports dans leur jeu (plutôt que le mime quasi absent de cette version). On a l’impression qu’ils sont parfois loin du drame qui se joue, qu’ils ne sont pas en harmonie avec les sentiments qu’ils sont censés exprimer. Fernanda Oliveira est excessivement belle et c’est le seul atout qui empêche de tomber dans l’ennui tellement sa danse est déconnectée de l’histoire. Aucune comparaison possible avec l’Odette dramatique et l’Odile jouissive d’Erina Takahashi ou celle plus lyrique de Daria Klimentová, qui par divers moyens, se rejoignent sur le registre de l’émotion.
Le prince de Yosvani Ramos est souvent lisse, sans personnalité sinon une candeur qui effiloche l’intérêt au fur et à mesure de la progression de l’intrigue. Il n’a d’évidence, ni la profondeur dramatique de celui de César Morales, ni la chaleur fataliste de celui de Dmitri Gruzdyev qui, par un engagement très fort, donnent à Siegfried la conduite dramaturgique de l’histoire. Ces deux danseurs en effet construisent une véritable trame à travers la caractérisation d’un personnage qu’ils développent au fil des actes et font œuvre d’une véritable création.

La richesse de l’interprétation du couple César Morales/Erina Takahashi s’alimente sans cesse ces derniers mois et se fonde sur, à la fois, des personnages très travaillés pour restituer une certaine spontanéité chez le danseur, et une complicité de plus en plus grande avec la danseuse qui se perçoit notamment dans la synchronisation de tous leurs gestes du corps, des jambes, des bras et des doigts bien sûr mais de la tête et des yeux. Erina Takahashi fusionne constamment avec son prince. Ces deux danseurs se regardent et prolongent beaucoup les contacts visuels notamment dans les passages lents. C’est un vibrant écho physique à leur communion dans l’histoire qu’ils semblent vivre plus qu’ils ne la racontent.
C’est aussi une manière de s’approprier un rôle pour le rendre crédible et à ce titre, le jeu de Siegfried, présent constamment sur scène, se doit d’être personnalisé et convainquant. Or, il y a un investissement émotionnel dans le jeu de César Morales qui se ressent et s’exprime profondément dans ses rapports avec Odette, et notamment son quatrième acte, particulièrement dramatique. Au-delà de la qualité d’acteur du danseur, cette complicité dans le partenariat enrichit largement l’histoire, dans sa cohérence, mais aussi dans l’émotion qu’elle provoque. Lorsque les rapports entre les danseurs sont excessivement pensés au point de paraître naturels, cela s’exprime par de simples contacts, des regards ou des esquisses de mouvements qui commencent bien sûr dans la manière dont Odette s’aperçoit de la présence de Siegfried au deuxième acte mais surtout les réactions de celui-ci aux multiples gestes d’Odette, la surprise, le bonheur et la douleur dans le troisième acte. C’est aussi flagrant, bien qu’avec évidemment une sensibilité toute différente dans son rapport avec Odile, par exemple lorsqu’elle retire la main de la sienne lors du bal. Tout cela ajoute à la cohésion du couple sur scène et renforce l’intensité des moments lyriques comme tragiques.

Dmitri Gruzdyev et Daria Klimentová vont beaucoup moins loin dans l’investissement personnel et a fortiori dans la passion, ne serait-ce parce que Dmitri est un prince fataliste et désabusé alors que César est un prince romantique. Cette caractéristique est magnifiée par son style aérien et souple, ses lignes pures et ses attitudes très expressives, ses yeux perdus dans l’infini. Cette caractérisation est intégrée dans sa danse à laquelle il sait également donner un relief en jouant avec la vitesse et les temps morts. A cet égard, il a dans la variation lente du premier acte, une pirouette des plus esthétiques et des plus émouvantes. Sa danse très classique est toujours stylée sans sacrifier à l’interprétation le souci d’une réalisation qu’il maîtrise d’évidence. On sait, dès cette variation que César Morales est un prince qui souffre et qu’il devra chercher des ressources dans sa condition suprême.
Dmitri Gruzdyev est un prince qui va jusqu’au bout dans son rôle de prince, plus attaché à ses devoirs auxquels malgré lui, in fine, il ne peut faire face. Il est sûr de lui, même lorsqu’il pourrait douter, notamment au troisième acte, mais il est simplement résigné. Sa technique très aboutie lui permet d’avancer un prince désinvolte et fataliste qu’on perçoit dans ses attitudes relaxes au premier acte lors de la fête, mais aussi au début du troisième acte, alors que tout s’annonce mal. Il joue ainsi parfois avec la composition, mais se révèle assez consistant dans sa relation avec Odette en faisant le choix d’être plutôt amusé par Odile. Son physique slave lui permet d’exprimer d’un coup d’œil une tristesse qu’il sait montrer vaine et inévitable. S’il n’est pas un prince raffiné comme César Morales, il n’en est pas moins élégant grâce à une technique très classique chez l'ancien danseur du Kirov.

Cette fatalité de Dmitri Gruzdyev et ce romantisme de César Morales, s’expriment de manière très fine dans deux moments compositionnellement assez similaires mais qui dans la narration sont totalement différents. La danse avec les amies de Siegfried dans le premier acte et celle avec les princesses dans le troisième. Là, César Morales y est au martyr, il se tourne vers sa mère qui le renvoie au supplice, la mine défaite. Siegfried met alors tout son désespoir dans des tours en l’air magnifiques d’abandon, aussi peu jouissifs que son est regard triste et qu’il poursuit son rôle contenu auprès des jeunes filles le moment d’après. Dans ce passage, Dmitri joue encore avec son rang et accomplit son devoir d’homme du monde, plus sérieux mais inquiet, alors que tous deux se laissaient aller à la joie rêveuse de la fête au premier acte lorsqu’ils dansaient avec leurs amies. C’est une nuance qui authentifie la démarche de Siegfried de manière significative et donne une constance à l’épaisseur dramatique du personnage qu’on ne voit pas chez d’autres danseurs. Elle fait écho à la gestion interprétative des sauts et pirouettes ultra rapides dans le quatrième acte lorsque Rothbart essaie de lui enlever Odette. On y voit un engagement physique particulièrement spectaculaire. César porte une attaque, précise, rapide, maîtrisée. Il transforme son personnage à la limite de la violence alors que Siegfried se rue sur le mauvais génie. Dmitri Gruzdyev est ici encore plus dans l’ordre du paraître, comme s’il ne croyait pas à sa possibilité de réussir, plus éloigné de l’action, certainement encore précis mais moins en relation avec Rothbart.
Cette distance entre la narration et l’action augmente dans le final tragique. César Morales réussit presque à retenir Odette qui court au suicide, elle lui échappe littéralement des mains et lorsqu’il constate son échec, il entame avec un mouvement du haut du corps très expressif, sa course pour la rejoindre. Dmitri Gruzdyev y réfléchit encore, c’est pour lui plus un acte de bravoure qui mettra fin à ses souffrances. César Morales communique par son èthos une émotion à son paroxysme dans sa danse et signe là une composition très réussie, voire parfaite.

Le travail de construction de l’histoire qui repose sur les épaules de Siegfried, se trouve donc particulièrement bien servi chez ces deux danseurs et donne ainsi un relief spécial à leurs performances. Ils appellent tous deux à des éléments différents, l’émotion et la passion chez César Morales, la tristesse et la résignation chez Dmitri Gruzdyev. C’est cependant dans la relation avec Odette que l’on peut déceler une définition plus aboutie et peut-être plus en conformité avec l’esprit du ballet chez César Morales alors que Dmitri Gruzdyev, offre à sa partenaire une démonstration solitaire, plus conventionnelle. En conférant à l’histoire une unité de sens et d’esthétique, le couple César Morales/Erina Takahashi porte l’ensemble dans des sommets d’émotion et de lyrisme dramatique très intenses qui étourdissent et ramènent un ballet parfois un peu malmené à son essence la plus simple mais aussi la plus raffinée.




Dernière édition par maraxan le Lun Jan 28, 2008 7:22 pm; édité 1 fois
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