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Nouvelles de l'English National Ballet
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haydn
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MessagePosté le: Lun Jan 28, 2008 1:51 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Maraxan! J'ai rétabli les bonnes dates (2008, si, si, même de l'autre côté du Channel, la nouvelle année est entammée... Wink ) et ce commentaire va rejoindre incessamment la rubrique "critiques & compte-rendus" du site www.dansomanie.net , agrémenté de quelques images aimablement fournies par le service de presse de l'ENB, auprès duquel nous sommes accrédités.


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haydn
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MessagePosté le: Lun Jan 28, 2008 2:39 pm    Sujet du message: Répondre en citant

L'article de Maraxan est en ligne sur le site!


Accès direct : 12 - 18 janvier 2008 : Swan Lake, de Derek Deane, au Coliseum, Londres (English National Ballet)

Ou comme toujours, via la rubrique "Critiques & Comptes-rendus" de www.dansomanie.net


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haydn
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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2008 8:22 am    Sujet du message: Répondre en citant

L'English National Ballet est en Chine pour deux représentations du Swann Lake de Derek Deane, la première ayant lieu aujourd'hui même. La seconde est programmée dimanche :


Citation:
BEIJING, 30 janvier (Xinhua) -- Le ballet national d'Angleterre ( BNA) donnera une représentation de sa version du "Lac des cygnes" au China Century Theater à Beijing, entre mercredi et dimanche, dans le cadre de la semaine internationale du ballet de Beijing.

La version du BNA du ballet classique, le "Lac des cygnes", remaniée par le chorégraphe Derek Deane à partir de la musique de Tchaïkovski, transforme la traditionnelle fin tragique en un épilogue heureux, qui étonnera les amateurs de ballet.



La dépêche de l'agence chinoise Xinhuanet est ICI


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maraxan



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MessagePosté le: Mer Jan 30, 2008 9:27 am    Sujet du message: Répondre en citant

En fait, il y aura cinq représentations de ce soir à dimanche.


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maraxan



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MessagePosté le: Dim Mar 16, 2008 8:56 pm    Sujet du message: Coppélia, Southampton 14 mars 2008 Répondre en citant

Coppélia, 14 mars 2008, Southampton, The Mayflower

14h
Swanilda Venus Villa
Franz Fernando Bufalá

19h30
Swanilda Elena Glurdjidze
Franz Arionel Vargas


A l’occasion de ces premiers Coppélia de l’année, l’English National Ballet, en tournée en province, a décidé de tester quelques nouveaux solistes dans les rôles principaux. Ce vendredi voyait donc le retour de Venus Villa dans la compagnie après un -plus que bref- passage au Ballet de l’Opéra de Vienne : elle était associée en matinée à Fernando Bufalá, alors que la soirée présentait à la fois un couple bien rôdé, Elena Glurdjidze, familière du rôle, mais avec un Arionel Vargas dont c’était les débuts dans le rôle de Franz.

Le ballet de Ronald Hynd, chorégraphié assez près de l’histoire originale, est plutôt bien composé et s’il comporte beaucoup de mime, celui-ci est clair et toujours bref, n’alourdissant pas l’œuvre. Il prend cependant place dans les deux premiers actes surtout dans une narration assez bavarde dont la transposition dans l’histoire fantastique repose beaucoup sur la personnalité des danseurs principaux, Franz au premier acte et Swanilda/Coppélia au second.
Le rôle de Swanilda est très exigeant techniquement et il faut se détacher de ces difficultés pour pouvoir exhaler ce charisme scénique nécessaire au rythme du ballet et à la cohésion dramatique de l’histoire. C’est évidemment un peu injuste de comparer Venus Villa à Elena Glurdjidze mais c’est aussi la loi du genre même si la démonstration de cette dernière a de quoi renvoyer plus d’une danseuse expérimentée à ses exercices de base, mais, si Fernando Bufalá est apparu en état de grâce, Venus Villa n’est peut-être pas encore tout à fait prête pour le rôle, rendant la matinée surtout intéressante par la prestation du danseur.

Les débuts de Fernando Bufalá ont donc été assez flamboyants mais somme toute conformes à ce qu’on pouvait s’attendre de sa part, car il poursuit avec confiance et sûreté une progression technique et artistique très régulière et sa distribution dans des rôles de solistes où il est toujours marquant, confirme cette dominante. Dans le rôle de Franz, il est apparu très à l’aise, dynamique et aérien dans sa danse, charmeur et drôle dans le mime. Sa variation dans le troisième acte s’est déroulée comme dans un rêve, une musicalité parfaite dans des gestes très précis et une relance très remarquée, même dans les moments les plus rapides, en particulier dans la série de sauts.

La version de Ronald Hynd met d’évidence l’accent sur le grotesque de cette histoire incohérente, presque un comique de l’absurde, et Fernando Bufalá a livré un Franz irrésistible de drôlerie aux côtés d’un Michael Coleman en Coppélius, gentil savant fou très affûté dans son mime et d’un Francisco Bosch métamorphosé spectaculairement en tavernier bon vivant pour animer ou maîtriser les beuveries (relativement sages) de sa taverne et s’occuper de la fête, sans oublier le débonnaire bourgmestre Daniel Jones, père de Swanilda.

Arionel Vargas, le soir est apparu également très gouailleur, un Franz un peu moins dynamique dans ses mouvements, jouant plus sur le moelleux de sa danse dans les parties techniques mais très crédible également. Même si dans l’esprit du ballet, Fernando Bufalá s’est révélé exceptionnellement juste, il faut admettre au profit d’Arionel Vargas que simplement paraître aux côtés de la Swanilda d’Elena Glurdjidze n’est pas une mince affaire car la danseuse a fait montre d’une certaine perfection dans tous les domaines et il était difficile de lui contester la vedette.
En effet, après le Coppélia plutôt "franzien" de la matinée, le tempérament de feu d’Elena Glurdjidze a changé toute la perspective du ballet : une envergure dans sa danse très mordante, une précision dans le travail des pieds, notamment dans un deuxième acte avec une danse espagnole explosive, porte l’histoire comme un train à grande vitesse, un peu au delà de la simple représentation théâtrale. Elle incarne une Swanilda coquine et sûre d’elle qui s’oppose à son Franz plutôt joli cœur et détaché avec un naturel qui efface les difficultés techniques et les petits pas parfois un peu laborieux de la chorégraphie. Elle imprime notamment une qualité de finition dans tous ses mouvements, même les plus difficiles qui rend tous ses enchaînements très souples et visuellement merveilleux. Enfin, elle avait l’air de tellement s’amuser avec la complicité de son partenaire que cette joie s’exhalait dans la salle.

En petite formation, le corps de ballet s’est illustré par sa cohésion, la mazurka ou la valse des heures enlevées avec grâce et perfection. Dans les deux représentations, Adela Ramirez s’est encore une fois illustrée parmi les amies de Swanilda mais surtout dans l’Aurore du troisième acte, jeu de jambes précis et épaulement particulièrement bien senti alors que Begoña Cao s’est mieux sortie de la Prière l’après-midi que le soir, mais il est vrai que la tension est très forte sur cette partie du troisième acte et que l’ombre et surtout l’ambiance de feu d’Elena Glurdjidze planait encore sur scène à son entrée.
Les garçons sont moins sollicités dans Coppélia que dans d’autres ballets, mais le quatuor des amis de Franz, James Forbat, Daniel Kraus, Anton Lukovkin et Juan Rodriguez mérite d’être mentionné par sa danse claire et une élévation particulièrement bien synchronisée dans leur variation très physique du troisième acte qui dévoile les grands moments de danse du ballet.

Les premières représentations de Coppélia à Southampton ont encore une fois consacré Elena Glurdjidze comme la formidable ballerine qu’on n’oublie jamais qu’elle est. Charisme, brio technique, légèreté et dynamisme, subtilité et tendresse, sa Swanilda/Coppélia est un modèle du genre.


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haydn
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MessagePosté le: Mar Mar 18, 2008 9:40 am    Sujet du message: Répondre en citant

Le compte-rendu de Maraxan, avec les photos aimablement fournies par le service de presse de l'English National Ballet est en ligne dans la rubrique "Critiques & Comptes-rendus" de www.dansomanie.net


14 mars 2008 : Coppélia, de Ronald Hynd, au Mayflower, Southampton (English National Ballet)


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maraxan



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MessagePosté le: Sam Mar 29, 2008 2:51 pm    Sujet du message: Swan Into Spring, Bristol 25 et 26 mars 2008 Répondre en citant

Swan Into Spring
Bristol Hippodrome, 25 et 26 mars 2008

Mardi 25 Mars 19h30
Swan Lake Act II: Begoña Cao & Arionel Vargas
Manon pas de deux: Dmitri Gruzdyev & Daria Klimentová
Trois Gnossiennes: James Forbat & Adela Ramirez
Le Corsaire pas de deux: Fernando Bufalá & Fernanda Oliveira
Etudes: Dmitri Gruzdyev, César Morales, Erina Takahashi, Arionel Vargas

Mercredi 26 Mars 14h
Swan Lake Act II: César Morales & Adela Ramirez
Manon pas de deux: Thomas Edur & Agnes Oaks
Trois Gnossiennes: James Forbat & Adela Ramirez
Le Corsaire pas de deux: Pedro Lapetra & Venus Villa
Etudes: Fernando Bufalá, Sarah McIlroy, César Morales, Arionel Vargas

Mercredi 26 Mars 19h30
Swan Lake Act II: Zhanat Atymtayev & Asta Bazevičiũte
Manon pas de deux: Thomas Edur & Agnes Oaks
Trois Gnossiennes: Dmitri Gruzdyev & Fernanda Oliveira
Le Corsaire pas de deux: Yat-Sen Chang & Crystal Costa
Etudes: Thomas Edur, Daria Klimentová, César Morales, Arionel Vargas

Le Lac des cygnes, on l’a vu tellement de fois qu’on peut se le représenter dans la tête, et parfois, on a assisté à des interprétations d’exception qui restent gravées dans la mémoire et hantent à jamais celles qui suivent. Le lac, c’est aussi tellement simple que chaque geste mémorisé intime la justification de chaque divergence, chaque convergence devant s’amplifier d’une personnalisation. La version de Derek Deane est visuellement simple et donc très difficile à marquer techniquement, aucun écart n’échappe au spectateur, mais aussi à s’approprier lyriquement.
L’intérêt de dépouiller ce ballet pour n’en présenter qu’un acte, outre le clin d’oeil au public par un mélange d’oeuvres populaires aux côtés d’autres plus obscures, était sans doute d’éprouver de nouveaux partenariats et surtout de nouvelles danseuses– Siegfried ne danse presque pas dans l’acte II et l’English National Ballet y présentait à Bristol deux de ses danseurs principaux les plus expérimentés- dans les réelles conditions du spectacle. Or tester Odette sans Odile est d’autant plus exigeant que toutes les danseuses ne brillent pas dans les deux aspects du rôle. Il est sans doute plus juste de prendre en considération l’un et l’autre dans l’esprit de la totalité du ballet où la ballerine apparaît dans trois actes.
Des trois danseuses en représentation à Bristol, Adela Ramirez est sans conteste la plus aboutie, pas encore au faîte dans le lyrisme mais certainement dans son interprétation très poétique.
A froid, Begoña Cao semble plus une Odile qu’une Odette. Douée d’une excellente technique de pied, elle manque un peu de la sensibilité requise pour incarner une Odette qui va toucher le spectateur, rendre son désespoir, sa poésie dans les moments solitaires, ses doutes et ses hésitations dans sa relation avec Siegfried. A sa décharge dans cet aspect du rôle, Arionel Vargas remplaçait son partenaire, Esteban Berlanga, mais cet élégant danseur est un habitué du rôle et a tout fait pour la mettre en confiance. C’est surtout par le haut du corps que Begoña Cao pèche, une gestuelle –relativement bien sûr- un peu heurtée qui choque, manquant de fluidité et, curieusement à ce niveau, de parallélisme, ce qui est plutôt dérangeant dans cet acte très demandeur de perfection. Ses développés sont peut-être également un peu brusques mais suivaient parfaitement le tempo assez dynamique imprimé par l’orchestre qui opte pour une version musclée de la partition. C’était aussi peut-être une mauvaise soirée pour la danseuse : elle a terminé la variation d’Odette par deux pirouettes en raison d’une erreur de placement qui l’avait trop rapproché de la ligne des cygnes, cassant définitivement l’ambiance à ce moment, presque point culminant de l’acte.
La prestation d’Adela Ramirez en revanche a tenu toutes ses promesses et la danseuse est une Odette très convaincante. Elle possède le physique et tout ce qu’il faut pour incarner le rôle, notamment un port de bras très délicat et un port de tête altier. Il va de soi qu’avoir César Morales comme partenaire est assez stimulant et l’inspiration de son Siegfried très impliqué dans le drame, communicative. Son idée de Siegfried en impose d’emblée, même sans sa fabuleuse variation du premier acte, et Adela Ramirez fusionne sans problème avec. Ils instaurent tous les deux une ambiance romantique et créent en quelques instants une histoire très crédible. Adela est précise dans sa danse très naturelle, et son port de bras, même s’il manque parfois un peu de la petite finition qui émerveille, est très sensible et léger. Le partenariat avec le délicat danseur se révèle couler de source et même si on n’atteint pas le même niveau de confiance qu’avec Erina Takahashi, les intentions anticipées, l’harmonie parfaite dans les prises de contact et les relâchements de la danseuse, il est d’un excellent niveau.
Avec Asta Bazevičiũte et son Siegfried, Zhanat Atymtayev qui ont déjà éprouvé leur lac à Londres cet hiver, c’est le travail de finition qu’il manque dans tous les aspects de leur solide technique. Les deux danseurs sont peut-être un peu desservis par une grande taille qui met l’emphase sur les petites imperfections. En particulier Zhanat Atymtayev au début un peu raide ou les extensions un peu étranges d’Asta. Sans cela son cygne est techniquement très bon. Il n’a seulement pas d’émotion, il est totalement désincarné. L'absence d'interaction entre les deux danseurs est aussi problématique, on n’assiste pas à une histoire mais à une démonstration technique, c’est aussi un aspect qui devrait s’améliorer dans le futur car il y a d'évidence, sous-jacent, un fort potentiel .
Le corps de ballet, mis à part les petits cygnes où Crystal Costa s’est un peu désunie sur la fin dans la première représentation a fait montre comme d’habitude de sa grande maîtrise des mouvements d’ensemble. Les grands cygnes, Laura Bruña et Jenna Lee ont été particulièrement vifs et gracieux, notamment Laura Bruña qui a fait beaucoup de progrès en souplesse et vitesse ces derniers mois.

Avec le Pas de deux de la chambre de Manon, l’English National Ballet prépare le ballet entier, dans la production du Ballet royal du Danemark, qu’il présentera cet automne en tournée et cet hiver à Londres. C’est donc les couples vedettes de la compagnie qui s’y sont essayés, Dmitri Gruzdyev, puissant Des Grieux et Daria Klimentová, gracieuse Manon le premier soir, Thomas Edur, et Agnès Oaks, modèles des éternels amoureux, le jour suivant.
Etonnement juvénile et enthousiaste, le couple formé de Dmitri Gruzdyev et Daria Klimentová s’est déjoué de toutes les difficultés aériennes de la chorégraphie torturée de Kenneth MacMillan dans une dramaturgie explosive. Beaucoup de portés très physiques sont présents dans cet extrait très court et très spectaculaire et les deux danseurs ont exacerbé les sentiments autant que leur gestuelle. Le style de Dmitri Gruzdyev très fleuri fait le spectacle ; très sollicité dans les réceptions d’une Daria Klimentová plutôt volante, il a assuré parfaitement avec ce rien de danger très maîtrisé, provoquant des frissons dans la salle.
Avec le couple balte, c’est naturellement beaucoup plus coulé, les rapports sont efficaces mais stylés, ils rendent une atmosphère différente où la relation est peut-être moins passionnée mais en tout cas plus mystérieuse et ambiguë, très intense. Les contacts, dans les positions des mains, les interactions entre les danseurs sont riches et naturelles et Kenneth MacMillan a presque trouvé avec eux ses maîtres tellement l’évolution est sereine.

Trois Gnossiennes d’Hans Van Manen retourne sur des terres connues pour les danseurs de la compagnie et James Forbat qui officiait l’année dernière avec Maria Kochetkova faisait partenariat avec Adela Ramirez qui l’avait dansé avec Dmitri Gruzdyev. A Bristol, celui-ci avait comme partenaire Fernanda Oliveira.
James Forbat et Adela Ramirez sont parfaitement assortis physiquement, deux bruns à la taille idéale, des physiques très élancés, des attitudes très altières, des regards profonds. De fait, le couple fonctionne élégamment dans les moments ralentis où la magie du visuel prend le pas sur l’intérêt des mouvements. Ils sont aussi particulièrement en phase dans les plus délicats des portés, s’opposent de manière théâtrale dans les moments de non interaction requis par la trame de l’histoire. Il présente un visuel élégant dans cette chorégraphie très lente où tous les détails se remarquent. Ici, rien à dire sur des placements parfaits, des attitudes très bien marquées, la danseuse a un port de tête exceptionnelle qui sert efficacement ce ballet. Son dédain se transforme progressivement en intérêt, le regard intense de James Forbat crée le personnage et son mystère.
La version Dmitri Gruzdyev et Fernanda Oliveira est moins carrée, plus souple dans les enchaînements ce qui n’est pas une critique, ni pour l’une, ni pour l’autre paire, simplement une autre vison du ballet. Le travail est moins dramaturgique mais plus fonctionnel, c’est un très beau duo qui surfe avec sérénité sur la musique d’Erik Satie jouée par Christopher Swithinbank.

Le traditionnel Corsaire terminait cette session de pas de deux. Le premier soir, l’English National Ballet avait choisi un danseur très en forme actuellement, Fernando Bufalá pour accompagner Fernanda Oliveira dont l’habituel partenaire Yosvani Ramos a quitté la compagnie en début d’année. Fernando Bufalá possède tout le glamour nécessaire au rôle, le physique mais aussi l’élévation et l’ampleur des sauts. Peut-être lui manque-t-il encore la vitesse d’exécution et c’est dans les parties les plus élégantes qu’il brille plus que dans la technique des sauts, car ses pirouettes sont parfaites et très rapides. Il ne rend rien à Yat-Sen Chang qui le dernier soir a enflammé la salle par le dynamisme qui en a fait sa renommée. On retrouvait donc un Corsaire spectaculaire à souhait après celui plus candide et plus juvénile de Pedro Lapetra, l’après midi. Yat-Sen Chang a sorti le grand jeu, porté à une main dans le pas de deux, et raffinement dans les jetés de sa variation. Son petit gabarit lui confère également une rapidité excessive dans ses tours à la seconde qui sont très spectaculaires, même si moins amples que ceux de Fernando Bufalá, et une dynamique hors du commun.
Chez les danseuses, Fernanda Oliveira a fait preuve de brio de son côté, très à l’aise dans toutes les parties et élégante dans les fameux fouettés qui sont toujours très populaires auprès des spectateurs. Sa danse est très fluide même dans les titillements techniques et très souple. Crystal Costa, n’a pas démérité non plus même si elle est un peu moins précise que Fernanda Oliveira notamment dans sa navigation inélégante sur scène pendant les fouettés qui, par ailleurs, ont recalé Venus Villa, en difficulté sur la fin.

Dans la dernière partie de l’affiche, la Compagnie s’est presque mise à l’heure danoise en reprenant Etudes d’Harald Lander, un super crescendo de technique classique qui, s’il laisse sceptique au départ, prend au jeu par son élégance. La composition est plus élaborée et surtout plus raffinée que beaucoup d’autres ballets de même type (notamment Class Concert d’Asaf Messerer vu cet été à Londres dansé par le Bolshoi), la musique jouée remarquablement comme le reste de la soirée par l’orchestre de la compagnie dirigé par Gavin Sutherland a peu de subtilité mais sert vraiment bien le tempo des exercices qui deviennent des véritables chorégraphies au fil de la soirée. Le ballet se veut moins une démonstration d’exploits qu’une présentation de multiples facettes de la danse dans un raffinement et une élégance que l’exposition de tous et toutes dans les détails les plus techniques d’un art que, somme toute, on aime d’habitude beaucoup plus dramaturgique, pourrait condamner au moindre écart.

Pour un aperçu en trente seconde de la quintessence du ballet classique, après l’intro musicale, c’est Adela Ramirez, héroïne du triptyque bristolien, qui présente les 5 positions et le plié dans l’encadrement du rideau. Puis le corps de ballet apparaît, et la démonstration commence.
Trois trios ont présidé aux festivités. Le premier soir, César Morales, le pirouetteur, était entouré de Dmitri Gruzdyev et Erina Takahashi alors que lors de la seconde journée, il faisait d’abord équipe avec Fernando Bufalá et Sarah McIlroy puis Thomas Edur et Daria Klimentová.
Dmitri Gruzdyev, César Morales et Erina Takahashi, les solistes du premier soir, ont irrigué le spectacle de leur brio. Les deux danseurs masculins les plus intéressants de la compagnie étaient donc réunis dans un même ballet. Leur style si distinct a pu ainsi nourrir Etudes et montrer comment, avec des outils différents, on peut atteindre la perfection, l’émotion et provoquer l’admiration. Jamais Dmitri Gruzdyev n’a paru aussi puissant et brillant, explosant littéralement dans ses sauts, et César Morales aussi élégant et aérien, une sorte d’elfe à l’élévation et au ballon particulièrement saisissants, très impressionnant de fluidité dans des exercices pourtant parfois très cadencés. Dans Etudes, le danseur utilise au mieux la finesse de son corps et une ligne parfaite pour se singulariser des démonstrations de force de Dmitri Gruzdyev. Dmitri Gruzdyev plus particulièrement dévoué aux sauts a démontré son aisance en puissance et en vitesse, des réceptions parfaites alors que César Morales aux pirouettes, aux jetés entrelacés et autres cabrioles, tout ce qui est très aérien, semblait voler ou surfer. Très à l’aise, il a délivré un festival de perfection où ces fameux fouettés accomplis avec grâce et une régularité étonnante -on se l’imagine assez facilement sur pointe- et des brisés volés époustouflants ont fait le spectacle. C’était également l’occasion de le voir détaché de son étiquette romantique et de montrer que sous son calme apparent qui transparaît souvent dans la maîtrise de tout son art, il possède aussi un tempérament fougueux qui lui permet d'enlever le final d’une main de maître.
Fernando Bufalá, second partenaire de César Morales au cours de la matinée, a vraiment le vent en poupe actuellement. Compte-tenu de sa relative inexpérience et même s’il est évidemment moins flamboyant que Dmitri Gruzdyev qui a déployé une opération charme assez inégalable, il ne démérite pas, très enthousiaste et plutôt bon tourneur, apportant sa touche de grâce à la tonalité esthétique générale du ballet. Thomas Edur dans le même exercice le dernier soir semblait un peu plus appliqué dans une situation a priori de contre emploi. Ses capacités techniques lui permettent cependant de se démarquer sans qu’il puisse toutefois se parer de l’aisance de Dmitri Gruzdyev qui seul à pu vraiment dialoguer avec César Morales au plus haut niveau. Arionel Vargas, troisième danseur principal complétant la liste des solistes, qui à chaque représentation incarnait le partenaire idéal dans le pas de deux romantique, a particulièrement bien accompagné ses sylphides de son élégance suave.
Erina Takahashi n’était pas en reste de son côté, une technique parfaite autorisant une aisance qui lui permet de s’abandonner à la musique et un port de bras particulièrement juste, notamment très émouvant dans le pas de deux romantique aux côtés d’Arionel Vargas. C’est dans cette variation que Daria Klimentová excelle également par cette même qualité d’épaulement, alors que Sarah McIlroy est plus remarquable dans son jeu de jambe. Là, ce qui est demandé à la soliste d’Etudes est phénoménal mais ce sont toutefois trois ballerines qui excellent dans ce type de démonstration où la technique est mis à nue mais où l’incarnation de la musique affleure suffisamment pour rendre l’ensemble agréable à tous, experts comme profanes.

Le jeu même de ce type de ballet est de souligner les forces et les faiblesses des danseurs dans la répétition des mouvements. Cela vaut pour les solistes mais ceux-ci sont plus souvent mis à nu de cette manière que le corps de ballet. Dans la compagnie, peu de faiblesses, même si peut-être quelques calages restent à réaliser. Chez les hommes qui, dans le langage spectaculaire de la danse masculine, ont enchanté les spectateurs, un effort sur l’alignement des bras lors du final serait le bienvenu, même si on reste admiratif de la synchronisation du bas du corps dans les sauts. Medhi Angot, Anton Lukovkin et Juan Rodriguez ont notamment mené de main de maître les garçons et les filles de l’allegro médian.
Le reste de la compagnie s’est également bien aligné. Les jeunes filles sont excellentes notamment dans le jeu de jambes mais aussi dans les sauts que l’on a moins souvent l’occasion de les voir effectuer. Lors du final endiablé parfaitement rythmé et régulier, elles ont brillé par leur synchronisation, notamment dans le port de bras, ce qui contrastait un peu avec les hommes, et faisaient jeu égal dans la technique des sauts, particulièrement spectaculaire dans les diagonales de grands jetés.
Enfin, on célèbre avec enthousiasme l’exceptionnelle endurance d’Adela Ramirez, qui lors de la matinée de mercredi, a participé en soliste aux deux premiers programmes avant de rejoindre le corps de ballet d’Etudes où son style très pur a fait merveille, notamment lors des manèges et fouettés accompagnant César Morales.
Avec Etudes, les danseurs ne sont pas dupes, le but est de créer le spectacle et là, c’est la joie qu’ils montrent sur scène qui prime. L’ambiance qui pourrait être stressante est finalement sereine et détendue, tout s’enchaîne dans une efficacité et une simplicité même lorsqu’on aborde le rythme endiablé. Ce retour dans le répertoire est une grande réussite.


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haydn
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MessagePosté le: Mer Avr 02, 2008 11:54 pm    Sujet du message: Répondre en citant

L'article de Maraxan est en ligne sur le site, avec les photos envoyées par le service de presse de l'English National Ballet.


Accès direct : 25-26 mars 2008 : "Swan into Spring" : Swan Lake &c., à l'hippodrome de Bristol (English National Ballet)

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maraxan



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MessagePosté le: Dim Avr 06, 2008 8:43 pm    Sujet du message: Le Lac des cygnes à Leeds Répondre en citant

Le Lac des cygnes
Leeds Grand Theatre, 1-3 avril 2008


1er avril 2008
Siegfried : Dmitri Gruzdyev
Odette/Odile : Fernanda Oliveira
Rothbart : Fabian Reimair
Pas de Quatre: Crystal Costa, Adela Ramirez, James Forbat, Anton Lukovkin

2 avril 2008
Siegfried : Zhanat Atymtayev
Odette/Odile : Elena Glurdjidze
Rothbart : Daniel Jones
Pas de Quatre: Begoña Cao, Sarah McIllroy, Fernando Bufalá, Daniel Kraus

3 avril 2008 matinée
Siegfried: César Morales
Odette/Odile: Adela Ramiez
Rothbart: André Portásio
Pas de Quatre: Kei Akahoshi, Fernanda Oliveira, Fernando Bufalá, Daniel Kraus

3 avril 2008 soirée
Siegfried : Arionel Vargas
Odette/Odile : Begoña Cao
Rothbart : André Portásio
Pas de Quatre: Kei Akahoshi, Erina Takahashi, James Forbat, Anton Lukovkin


L’English National Ballet présentait le Lac des Cygnes à Leeds, angle nordique du triangle industriel du centre de l’Angleterre, où il ne s’était pas produit depuis dix ans. Cela aurait pu justifier la présence sur scène de ses partenariats phares mais la compagnie poursuit sa politique de regard vers l’avenir en alignant les artistes qu’elle avait préparés ces derniers mois mais le public ne s'est pas trouvé lésé, les représentations étant d'excellent niveau et parfois même exceptionnel.

La petite scène du Grand Théâtre de Leeds n’est peut-être pas tout à fait adaptée aux grands ballets comme Le Lac et a posé quelques problèmes dans les scènes qui demandent de l’espace pour le corps de ballet notamment mais certaines ballerines ont aussi souffert de l’absence de maîtrise de ce manque d’espace. Les danseurs, moins novices il est vrai, s’en sont mieux sortis. Dans sa variation du premier acte, Siegfried fleurtant avec les bords de scène, en particulier la grille d’entrée du château comme les garçons du Pas de quatre de Frederick Ashton alors que les grands cygnes, les couples extérieurs de la polonaise du premier acte et de la mazurka du troisième étaient parfois dans les dégagements.
Pierre angulaire du répertoire de l’English National Ballet, Le Lac des cygnes est cependant sans cesse renouvelé, la compagnie s’astreignant à un important turnover, tant dans les danses de caractères que dans les rôles titres. Ainsi Leeds, outre la présentation de partenariats inédits, parfois imprévus, et une prise de rôle très réussie pour Adela Ramirez, révéla dans les danses annexes, les débuts de Daniel Kraus dans le pas de quatre d’Ashton.

Le Pas de Quatre d’Ashton arrive dans Swan Lake heureusement au début, comme un raffinement ultime qui rend parfois perplexe. Il souffre un peu de la petitesse de la scène car la composition très raffinée de Frederick Ashton prend en compte l’espace dans son parti pris esthétique, notamment dans les parties dévouées aux garçons qui ont des positionnements très précis dans leur jeu entre symétrie et asymétrie et dans les diagonales croisées du final en quatuor. Les quatre danseurs ont cependant bien maîtrisé l’espace, très coordonnés et ce moment très technique dans le premier acte joue tout son rôle de "cadeau" au prince.
Malgré les débuts très attendus de Daniel Kraus, c’est le quatuor formé de Kei Akahoshi, James Forbat, Anton Lukovkin et Erina Takahashi qui a frappé, ayant réussi le jeudi soir à atteindre un niveau où l’on ne se pose plus la question de son incongrue présence, où l’on ne s’attarde plus sur les difficultés techniques pour apprécier des mouvements d’ensemble, surtout dans les variations des garçons et le final. Certes, les traits ashtoniens sont très perceptibles dans la chorégraphie féminine et se singularisent totalement de ce que propose Derek Deane dans son œuvre, mais l’exécution précise assortie d’une légèreté pas facile à rendre par les deux jeunes femmes est très agréable. Les garçons de leur côté sont parfaitement synchros et semblent avoir définitivement compris l’esprit d’Ashton, alors que Daniel Kraus s’est peut-être un peu trop laissé entraîner par la musique, dévoilant des postures un peu moins académiques que souhaitées. Ce n’est évidemment qu’un début et les ressources demandées de technique parfaitement coordonnée sont assez importantes pour qu’il faille beaucoup les travailler avant d’arriver à l’exécution parfaite du point de vue artistique. Les couples du jeudi soir étaient donc harmonieux, les garçons parfaits dans leur exercice aérien. On retrouvait chez Erina Takahashi mais aussi chez Kei Akahoshi, une certaine grâce dans des moments parfois un peu trop précieux… Parmi les individualités, les lignes de James Forbat sont toujours assez impressionnantes, très élégant danseur, tout comme Adela Ramirez le premier soir, des danseurs très à l’aise dans Ashton.

La danse espagnole s’est révélée source de surprises, hésitation continuelle entre un ou deux couples (nombre inscrit dans la chorégraphie de Derek Deane), mais la compagnie se résignant à un simple duo, qui rend la danse peut-être un peu moins spectaculaire, même si elle met plus en valeur la virtuosité et la fougue des danseurs, on pense notamment à Begoña Cao et Fabian Reimair le deuxième soir qui ont fait montre d’un beau tempérament.
Dans la danse napolitaine, c’est Yat-Sen Chang et Crystal Costa qui ont encore brillé alors que Medhi Angot et Lisa Probert, lors de la matinée de jeudi, ont également enchanté dans cette chorégraphie qui convient bien aux danseurs de petites tailles très véloces et techniques, l’efficacité étant requise dans la coordination bras (jeu d’entremêlement de bras assez complexe) et pieds.

Au delà de celles communiquées par les principaux acteurs de l’histoire, les émotions sont de tout ordre dans le Swan Lake de Derek Deane qui ne laisse jamais indifférent. On peut même rire un peu sans que cela soit déplacé, et le petit théâtre de Leeds a fait raisonner le public se moquant comme les amies de Siegfried du précepteur un peu trop intéressé par elles, même lorsque Arionel Vargas a raté la réception du valeureux Michael Coleman qui a chuté un peu plus brutalement que prévu. Rothbart, quant à lui, suscite chez le public britannique une haine bruyante. Dans Le Lac des Cygnes de Derek Deane, Rothbart ne danse pas. C’est donc un rôle un peu particulier pour les danseurs. Il faut cependant un sacré physique, et une certaine technique pour les portés d’Odette dans des conditions pas faciles, avec les ailes gigantesques de la bête, et son interprétation est donc confiée à des danseurs expérimentés. André Portásio, grimé à outrance, s’est plutôt éclaté jeudi soir, grandiloquent et férocement animal dans le deuxième acte, pervers dans le troisième et fou furieux dans le dernier. Très impliqué dans l’histoire, il surveille ses cygnes avec agressivité et campe un personnage d’une présence majestueuse, tant est si bien qu’il est hué aux saluts, ce qui est peut-être le seul cas dans la danse où cela tient d’un grand honneur… mais il faut dire qu’il excelle dans ce type de rôle (sa Carabosse notamment est d’anthologie).

D’habitude, Dmitri Gruzdyev et César Morales survolent Le Lac en imposant une interprétation de Siegfried très personnelle qui teinte l’histoire, mais aussi parce que leur efficacité technique émerveille dans les parties spectaculaires du ballet.
A Leeds, Dmitri Gruzdyev s’est un peu mis en retrait. Son prince est certes dominé par une personnalité à part, un côté moderne qui a beaucoup plu à Leeds. Toujours très relax dans le premier acte, on le voit assez souriant, un peu las dans son fauteuil mais aimable avec ses amis, très à l’aise dans la danse avec les jeunes femmes et plutôt pas inhibé par sa mère. Il lui offre des fleurs par l’intermédiaire de ses amies en souriant mais lorsqu’elle lui parle de mariage, il lui fait signe que ce n’est pas dans son programme, soupirant lourdement. Bref, elle l’énerve et cela se voit. Il s’est cependant moins impliqué dans les parties lyriques notamment dans la variation lente du premier acte, un peu tendu et plus concentré techniquement, les bras un peu plus mécaniques, un peu moins musicaux que d’habitude. La chorégraphie est très exigeante pour le haut du corps au début de la variation et c’est toujours un challenge. Dans cette variation, seul César Morales, transpose dans ses gestes une interprétation de l’histoire, il dessine alors l’esprit de Siegfried, romantique et poétique qui est esthétiquement très abouti. César Morales a également un fini qui est phénoménal. Sa danse est précise et esthétique jusqu’au bout des doigts. Le prince de Dmitri Gruzdyev est un prince plus mûr que celui de César Morales, plus ancré dans une fin d’adolescence, et les gestes sont éloignés des rêveries, plus secs et rapides. Dans le deuxième acte, Dmitri Gruzdyev est très "raccord" avec le premier car il ne comprend rien à ce qui lui arrive. Il a comme le coup de foudre pour Odette au moment où elle émerge de son cercle de cygnes et s’efface plus facilement que d’habitude dans le pas de deux du deuxième acte. Son personnage est alors définitivement transformé car on ne retrouve pas sa nonchalance dans le troisième acte lorsqu’il s’agit de trouver une épouse. Là, il est plutôt tendu et résigné. C’est seulement dans le dernier acte qu’il retrouve son allure tragique qui caractérise son Siegfried désespéré.
Fernanda Oliveira est une Odette très calme qui s’impose par une certaine beauté plastique, des mouvements parfaits dans le deuxième acte mais sans réel pouvoir émotionnel. C’est une très belle Odette, très précise à la danse légère et gracieuse mais elle n’arrive pas à faire parler ses bras qui s’ils sont esthétiquement irréprochables ne rendent pas les différents états de sa relation avec Siegfried comme peuvent le faire ceux de Daria Klimentová ou Erina Takahashi. Pourtant sa variation est excellente et le style est somptueux mais elle manque un peu de sensibilité musicale, de réponse aux micro-variations de tempi. Ceci d’ailleurs se voit dans le pas de deux du troisième acte où elle excelle par ailleurs mais où elle est quelquefois un peu décalée par rapport au tempo et dans ses fouettés, mais il faut dire que les Odile de l’English National Ballet ont souvent un problème avec la musique à ce moment là qui ne tient pas à leur technique personnelle, et seule Adela Ramirez a presque réussi à dompter l’orchestre à Leeds. L’Odile de Fernanda Oliveira est beaucoup plus sophistiquée que son Odette, très recherchée dans les rapports avec Siegfried mais aussi ceux avec Rothbart auprès duquel elle vient chercher ses conseils. Sa danse est très carrée et contraste bien avec son Odette plutôt figée. Pour la Première, c’était déjà un très beau spectacle.

La paire inédite formée de Zhanat Atymtayev et Elena Glurdjidze, qui remplaçait à la dernière minute Asta Bazevičiũte est très intéressante, ne serait-ce que parce que le changement de partenaire, et malgré les inévitables problèmes inhérents, apporte une fermeté au Siegfried de Zhanat Atymtayev qui manque un peu de relief dans son partenariat avec Asta Bazevičiũte. Il a trouvé sa place face à la forte personnalité d’Elena Glurdjidze sans paraître inexistant, même si elle mène le jeu dans les trois actes où elle apparaît. Zhanat Atymtayev est donc un prince discret et effacé, plutôt élégant et ornemental, la vision traditionnelle d’un Siegfried un peu inhibé par sa mère, mais présent pour servir sa ballerine, ce qu’il fait admirablement malgré les circonstances. Sa variation du premier acte est un peu affectée par un manque de stabilité dans les fameux tours en arabesque mais les autres difficultés techniques sont assez bien maîtrisées. Il joue très bien avec une ampleur de saut pour impressionner et, par extension, quand même faire exister visuellement son Siegfried face à une ballerine de caractère. En revanche, il échoue à créer un univers dramaturgique, à construire une ambiance, laissant l’histoire le conduire au terme de sa danse.
Le partenariat avec Elena Glurdjidze est donc perturbé par des petits soucis qui restent cependant au niveau micro même si l’on sent parfois que l’improvisation est de mise. Un pied qui tape le jeune homme, une main qui cherche désespérément l’autre, des alignements de jambes pas tout à fait parfaits, des petits ajustements qu’ils n’ont pas eu le temps de régler.
L’Odette/Odile d’Elena Glurdjidze s’inscrit dans une tradition de ballerina absoluta. Elle a beaucoup de charisme et de force, peut-être un peu trop dans le deuxième acte d’ailleurs. Son Odette est intense, les bras sont puissants et bien marqués mais pas disgracieux, ils campent cependant une Odette qu’on a du mal à croire complètement victime. Malgré un visage très dramatique dans le pas de deux du deuxième acte, elle ne paraît vulnérable à aucun moment. C’est un peu le défaut de l’Odette de Begoña Cao, expressionniste au comble de la souffrance dès le deuxième acte, alors que le pire est à venir, mais la comparaison s’arrête là entre les deux ballerines car Elena Glurdjidze apporte une profondeur à son personnage, par une richesse technique qui sert tout autant le pas de deux que sa variation du deuxième acte. Dans le quatrième acte, elle est d’ailleurs beaucoup plus convaincante et son choix de mourir s’impose autant par son jeu que par ses gestes, toujours en accord avec sa personnalité très forte. Le final est très émouvant, lisible dans les mouvements et compréhensible lorsque qu’Odette décide de se suicider et que Siegfried la suit immédiatement. Son Odile est sublime, dynamique et enthousiaste, elle utilise alors sa puissance et sa technicité à plein, notamment dans la variation du coda même si elle s’est laissée emporter trop en avant de la scène dans les fouettés, elle laisse une forte impression dans la salle. Elle pose alors son emprise sur le ballet, quels que soient les visages qu’elle présente par la suite, et devient démoniaque dans la fin de l’acte.
Begoña Cao est plus en difficulté le jeudi soir, notamment parce qu’elle est techniquement plus limitée, et parce qu’elle n’arrive pas à capturer la magie du rôle, ou tout du moins à la rendre. Elle n’a pas le port de bras et la grâce de Fernanda Oliveira ni l’autorité précise d’Elena Glurdjidze et son interprétation laisse sceptique, même si on prend en considération que le couple qu’elle forme avec Arionel Vargas prenait la scène après César Morales et Adela Ramirez et qu’il était assez difficile de faire naître plus d’émotion et d’admiration.

Il est impossible de ne pas souligner encore une fois l’impressionnante interprétation de César Morales qui domine, tant au point de vue technique, que dramatique, l’interprétation de Siegfried actuellement. D’aucun diront qu’il en vole la vedette à la ballerine, mais est-ce vraiment important ? Les spectateurs sont là pour voir une histoire "merveilleuse" et merveilleux Le Lac des Cygnes de César Morales l’est. C’est un véritable enchantement de regarder le danseur évoluer et lorsqu’on a l’occasion de voir quatre Siegfried de suite, et même si chacun apporte quelque chose qui peut toucher plus personnellement un spectateur qu’un autre, il n’y a aucun doute qu’au point de vue technique, César Morales écarte tout danseur de la comparaison. Elévation, saltation, ballon, équilibre, précision, ce n’est même plus du domaine de la pure technique, c’est autre chose qu’on ne remarque (presque) plus pour se plonger dans le récit qu’il construit et qui disparaît sous le personnage qu’il crée. Ce niveau de sérénité est assez rare. C’est pourquoi, à Leeds, c’est dans la représentation de la veille, dominée par la présence scénique d’Elena Glurdjidze -et malgré ses petites imperfections- qui restitue un ballet complètement différent ne se prêtant pas à la comparaison, qu’on trouve l'autre moment très fort de la semaine. Bien sûr, l’English National Ballet a beaucoup dansé Le Lac des cygnes ces derniers mois et César Morales aussi, ce qui lui a permis d’atteindre cette maturité artistique, qui semble pourtant s’enrichir à chaque représentation. Elle s’appuie sur une perfection technique qui sert de base à toutes ses émotions dans l’interprétation. Il imprègne le ballet d’une atmosphère qu’il sait rendre autant par sa danse très narrative que par son jeu d’acteur. Ainsi le Siegfried très mélancolique du premier acte participe d’une douceur et d’une bonhomie lors de la fête d’anniversaire alors que sa transfiguration amoureuse est saisissante dans le deuxième acte, culmine dans l’acte noir où il est un autre lui aussi. La cohérence dramatique est assurée par la danse avec les princesses qu’il touche du bout des doigts et qui le retrouve désemparé, cherchant appui près de ses amis courtisans qui assistent à la danse, repoussant le regard de sa mère. Dès l’apparition d’Odile, il est sûr de lui, gestes plus denses, plus marqués sans être brusques, très en phase avec Odile, il est heureux, un bonheur serein qui confère une plénitude au pas de deux. Pourtant, il regarde déjà Rothbart avec anxiété, lorsqu’Odette s’approche un peu trop de l’inquiétant mentor. Les variations du coda sont époustouflantes et servent d’autant plus le propos, d’autant plus qu’Adela Ramirez n’est pas en reste. Enfin, dans l’acte quatre, au comble du malheur, il n’est que souffrance, le regard douloureux se transformant selon qu’il se porte sur Rothbart qu’il combat, ou Odette.
Ceci dit, sa force est de pouvoir s’imposer dès la fin du premier acte dans la variation lente, un peu cauchemar de tous les danseurs, notamment en raison des tours en arabesque qui la ponctuent. Celle de César Morales est exceptionnelle, grâce a un équilibre infaillible bien sûr qui souligne ses lignes très pures, mais aussi par la poésie de sa danse soutenue par un port de bras délicat, jamais sec ou désordonné et un délié dans les enchaînements qui font que la multitude de petits mouvements qui forment la variation deviennent non seulement cohérents mais naturels, une certaine manière aussi de placer des temps d’arrêt en suspension presque imperceptibles mais qui enrichissent le moelleux de la danse. Enfin, il termine toujours très élégamment ses pirouettes est aussi une de ses marques de distinction car toutes ses fins de mouvement sont très propres et élégantes. Le geste est ample, il impressionne et la fin est parfaite de précision…

Arionel Vargas, excellent Siegfried à Leeds, très impliqué dans le drame, n’est pas à ce niveau, même si techniquement, il apparaît de plus en plus sûr mais il reste justement toujours ces petits calages finaux qui lui font défaut. Cependant, on peut admirer chez lui un port de bras très élégant, justement dans cette variation qui peut tourner à la gymnastique lorsque les gestes ne sont pas musicaux, et une douceur dans la réception de ses sauts. Malgré sa taille, c’est un danseur très souple et il sait utiliser sa flexibilité. Après le Siegfried très lyrique de César Morales, celui d’Arionel est assez naïf et bien construit, également très cohérent et correspond à la simplicité du personnage candide qu’il a commencé à créer au début de l’acte et qu’il continue à alimenter par la suite. Il est cependant un peu plus en porte-à-faux avec sa ballerine, Begoña Cao, qui est très expressionniste.

César Morales contamine-t-il son talent par proximité ou sa perfection donne-t-elle l’impression que ce talent existe chez les autres ? Il est certain que son incroyable sérénité et douceur ne peuvent que se communiquer car c’est aussi un excellent partenaire. Il est plus difficile de se positionner face à un Siegfried comme celui de Dmitri Gruzdyev, très volontaire et fantasque, par exemple.
L’excellence de la prestation d’Adela Ramirez qui faisait donc ses débuts dans le ballet entier est éclatante. Très impressionnante de sérénité et de poésie, elle a enchanté. Adela Ramirez est un cygne très élégant et très émouvant et surtout très musical. Son style est fluide et elle communique à ses bras des émotions. Elle sait être triste sans être martyr, désespérée sans être outrancière en Odette, une Odette, réservée et précise, très noble qui correspond totalement au style de son partenaire. Dans le pas de deux du deuxième acte par exemple, elle a juste ce qu’il faut d’abandon pour témoigner de son inclinaison pour Siegfried, sans nuire à la cohérence de sa condition de cygne. Sa variation lente est lumineuse et émouvante à l’extrême. Elle mène ses cygnes avec sensibilité, notamment au début du quatrième acte lorsqu’ils errent sur le lac, un des moments les plus impressionnants du ballet.
Son Odile est à la fois flamboyante et incisive mais très noble. Elle s’impose tout en nuance par rapport à son Odette, jamais vulgaire, seulement joueuse et impérieuse, dominatrice. Son style est alors très marqué et très dynamique, léger et rapide. Son geste de la main pour conduire Siegfried à ses genoux est indescriptible de beauté et sans être grandiloquent, assez autoritaire pour être indiscutable. Cette utilisation des nuances dans l’interprétation de l’histoire à travers des gammes de mouvements très élégants est également en action dans le quatrième acte, où lorsqu’Odette se confronte à Rothbart, elle se transforme alors de nouveau pour signifier la panique, mais une panique esthétiquement ordonnée, maîtrisant complètement ses gestes à un moment où le tempo de la musique s’accélère et où les portés d’André Portásio sont étourdissants, ceux de César Morales impressionnants. Elle peut ainsi rendre la terreur sans apparaître disgracieuse et incontrôlée.

Adela Ramirez et César Morales forment un très beau couple, très crédible, tant au point de vue du style très fluide que de l’interprétation. L’harmonie dans le partenariat est déjà apparente, d’un haut niveau, les regards, l’alignement des jambes et des bras notamment dans le pas de deux du deuxième acte est des plus esthétique. Les contacts sont riches de signification. A Leeds, la magie était au rendez-vous et Adela Ramirez a réussi son entrée dans le cercle des grandes ballerines.


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MessagePosté le: Jeu Avr 10, 2008 11:51 pm    Sujet du message: Répondre en citant

L'article de Maraxan, avec bien sûr les photos est en ligne sur le site!


Accès direct : 01 - 03 avril 2008 : Swan Lake, de Derek Deane, au Grand Theatre, Leeds (English National Ballet)

Ou comme toujours, via la rubrique "Critiques & Comptes-rendus" de www.dansomanie.net


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MessagePosté le: Mar Juin 24, 2008 8:26 pm    Sujet du message: Strictly Gershwin 13-22 juin 2008 Répondre en citant

Quelques impressions d’ensemble sur Strictly Gershwin vu dans plusieurs distributions tout au long de la semaine passée.

Strictly Gershwin
Londres, Royal Albert Hall, 13-22 juin 2008

CHOREOGRAPHY AND DIRECTION: Derek Deane
WORDS AND MUSIC: George Gershwin and Ira Gershwin
CONDUCTOR, MUSIC ADAPTATION AND MUSICAL SUPERVISION: Gareth Valentine



Parler de Strictly Gershwin, la nouvelle production in-the-round de l’English national Ballet, serait dans l’idéal avoir la capacité d’appréhender un monde artistique dans l’étendue de son vaste horizon, d’apprécier aussi bien une musique spécifique et ancrée dans une époque, des modes d’expression divers qui portent eux aussi des marques socioculturelles, tout en pouvant évaluer la capacité à restituer une ambiance qui n’est plus. Sinon, la question aurait pu (est ?) être : une compagnie classique de ballet peut-elle donner un spectacle sur une musique de Gershwin ? Derek Deane sait depuis le Melody In the Move de Michael Corder que les danseurs de la compagnie ont le groove ; la réponse est donc certainement oui -bien que cela paraisse compliqué- mais sans doute pas dans les contours abordés au Royal Albert Hall par le chorégraphe. On s’interroge d’abord sur le besoin de s’entourer de divertissements divertissants, si ce n’est de convoquer la grande messe pour une "exceptionnelle extravaganza", peut-être faire découvrir le ballet à un plus large public mais là, échec si l’on observe les comportements des spectateurs parlant et baillant pendant les intermèdes classiques, ou plus prosaïquement remplir le Royal Albert Hall et réunir des fonds… Quoi qu’il en soit, le rendez-vous annuel au Royal Albert Hall dans les élucubrations luxueuses in-the-round de Derek Deane ont cette année tourné à l’ennui. Peut-être est-ce un effet de génération ou simplement d’habitude, mais si le ballet est quelquefois délicieux glacé dans un hiératisme d’un autre âge, il n’en demeure pas quelquefois dangereusement hermétique à certains modes d’expression même s’il dispose d’un vocabulaire d’entrée qui facilite le passage entre les vagues musicales. Or, le pari n’a pas été poussé à l’extrême, et en s’entourant de diversions, la pure essence du ballet s’en trouve atteinte, diminuée par la mise en exergue d’une précision et d’une clarté singulière au milieu d’une profusion d’effets superflus qui en offrant un accès facile singularise le plus abscons. Le traitement des lumières est à cet égard très significatif, les danseurs évoluant souvent dans la pénombre, les visages des solistes dans des halos de lumière soulignant plus des attitudes que des mouvements. De plus, faire reposer l’ensemble sur la musique de Gershwin comme élément fédérateur aurait nécessité peut-être des choix sonores plus homogènes mais surtout une implication plus dynamique (plus interactive) de l’orchestre ou du pianiste solo, autre invité de marque. Or les musiciens sont loin, loin des danseurs, loin des spectateurs… et la musique reste une annexe au visuel qui n’offre pas la continuité dramatique nécessaire à vraiment tenir en haleine deux heures et demie durant.

Derek Deane est sans doute sincère, mais in fine, le grand spectacle attendu faisait quand même un peu cheap à l’image des projections de photos évoquant les maîtres et leurs muses sur des écrans géants pendant les performances. La chanteuse est paraît-il une légende… Emergeant comme d’outre tombe dans un halo de strass, isolée, elle n’est clairement pas de la fête, sursautant même lorsque que Friedemann Vogel lui propose son bras pour la conduire au centre de la scène, comme s’il avait envahi son espace… Les danseurs de claquettes ont l’air sympathiques mais ne sont pas si exceptionnels que ça et lorsque la compagnie délivre elle-même une version de "Lady Be Good" tout aussi honorable que les spécialistes invités, leur utilité laisse perplexe. Surtout, les deux danseurs de salon sont hors contexte car lorsqu’on leur fait côtoyer l’excellence, ils n’existent pas. Sans juger de leur qualité disciplinaire, ils ont échoué à provoquer l’admiration ne serait-ce qu’en faisant reconnaître leur spécificité et par la même justifier leur présence dans le spectacle. C’est dans des instantanés où Thomas Edur et surtout Agnès Oaks, dans tout son lyrisme de prima ballerina ne fait rien de moins que se transporter dans le monde qui la convoque mais sur pointe au lieu de talons aiguilles, ou lorsque la compagnie s’improvise en danseuses et danseurs de claquettes qu’on se demande si il est nécessaire d’employer des extras à deux balles.

Est-ce une impossibilité de se dégager de son hexis corporel ou bien Derek Deane a-t-il voulu que cette différence se perçoive dans la succession des numéros ? Nous les danseurs de ballet, gracieux, minces, précis et classieux, eux les entertaineurs, brusques, épais, patauds et un rien vulgaires ? Ou bien, nous les entertaineurs, vifs, brillants, dilettantes et généreux, eux les danseurs de ballet, sérieux, linéaires, sobres et coincés ? Bref, les deux mondes ne se mélangent pas et la vision frontale de Daria Klimentová en tutu au bout des bras de Dmitri Gruzdyev laisse planer dans le camp des balletomanes une ombre d’infinie majesté au milieu de la scène lorsqu’elle contemple les autres couples prosaïquement terrestres dans le final de "’S Wonderful" Mais là où on aurait pu tirer parti des extrêmes, on se complait dans le juste milieu. Le compromis ou le manque d’inspiration ? Derek Deane n’a pas révélé beaucoup d’originalité dans ses pas de deux confiés pour la première à Thomas Edur et Agnès Oaks, les danseurs principaux invités mais "résidents" de la compagnie ou à Friedemann Vogel, du Ballet de Stuttgart, tour à tour avec Elena Glurdjidze ou Daria Klimentová. Guillaume Côté, du Ballet National du Canada et Tamara Rojo, ex de la compagnie au temps de la direction de Derek Deane, maintenant au Royal Ballet, n’ont pas été mieux servis même s’ils se sont vus attribuer les moments les plus classiques dans "An American in Paris" et surtout "Rhapsody In Blue". Les duos connus ou improvisés pour l’occasion restent cependant peu inspirés dans les moments classiques, "The Man I Love" pas très transcendant et trop court pour installer une ambiance, même si l’on reconnaît l’osmose du couple phare de la compagnie (Thomas Edur/Agnès Oaks) et "Summertime", son pendant dans la deuxième partie, interprété par Daria Klimentová et Friedemann Vogel, trop axé sur des portés et des attitudes pas très originales, le vocabulaire classique ne se pliant guère aux musiques choisies que dans ses pas les plus convenus. Il manque ici beaucoup de profondeur, de raffinement et lorsque les distributions changent, les invités remplacés par les danseurs de la compagnie, le spectacle, impersonnel, ne s’enrichit pas de nouvelles dimensions. C’est plutôt peut-être dans les morceaux où la compagnie se meut en grappe que l’on retrouve un peu de ce qui fait le charme du ballet, mais sans être justement du ballet, les gestes précis et synchro dans "Shall We Dance", écho de Fred Astaire et Ginger Rodgers, mené par Elena Glurdjidze en pointe et Friedemann Vogel ou César Morales et Erina Takahashi en fin de semaine, avec un corps de ballet très extatique qui démontre qu’il n’est nul besoin d’être spécialiste de salon pour faire swinguer une salle ou dans le numéro de claquettes de Kerry Birkett et ses camarades, court mais efficace.

Mais le spectacle est quand même marqué par ces changements de rythme annoncés d’emblée par une classe d’environ dix minutes, clin d’œil triste à "Etudes" que la compagnie reprend la semaine prochaine au Royal Festival Hall de Londres. Le public d’abord amusé puis médusé après s’être un peu chauffé avec l’introduction entraînante de l’orchestre, prenait conscience de la réalité. Dans l’immensité du Royal Albert Hall, les 15 couples de danseurs se livrant à une démonstration de leurs exercices quotidiens, d’abord au son du piano, dans un crescendo pas suffisamment rapide pour détendre l’atmosphère, rendaient plus d’un perplexe. Même si l’idée d’imposer dès le début une ligne -ici, on est au ballet- pouvait séduire (les balletomanes), elle scinde définitivement le public de manière pratique, comme la distribution l’avait partagé conceptuellement. Or, pour les amateurs de ballet, Derek Deane n’a pas réussi à trouver le point d’achoppement même dans cette classe qui s’étire en longueur de barre sans barre et pratiquement sans milieu.
Les morceaux les plus longs qui pourraient faire entrer dans l’ambiance sont un peu brouillons ("An American in Paris") ou trop peu magiques comme on l’attendait sur la musique de "Rhapsody in Blue" et comme lumières, plus recherchées dans cette partie, et costumes l’appelaient. Il y a un petit goût de mal fini dans cet opus où l’on remarque néanmoins le total glamour de Tamara Rojo au milieu des 16 couples chargés d’occuper un peu la gigantesque arène en levant la jambe en cœur et pirouettant de concert dans leurs somptueux atours. Mais il ne suffit pas d’offrir du luxe (les costumes sont très réussis) et du strass pour susciter l’intérêt et produire l’ambiance désirée. Les danseurs sont souvent pris dans une course à la recherche de lignes et d’effets qui seront bien visibles de partout, ce qui nuit à la cohérence chorégraphique par ailleurs un peu pauvre. Le pari de combler l’espace que cette immense arène dessine en permanence ne se gagne pas par le nombre, il devrait l’être par les émotions, la passion, la tension, le rythme comme paradoxalement des ballets a priori peu adaptés à cette configuration in-the-round ont pu le faire par le passé, notamment Roméo et Juliette ou le Lac des cygnes. En particulier, le corps de ballet masculin est très sous employé au service d’une chorégraphie très répétitive pour les jeunes femmes. Seul "Rhapsody in Blue" offre tour à tour à Guillaume Côté ou Friedemann Vogel une occasion de briller, ce dernier peut-être un peu plus fluide et aérien avec Daria Klimentová comme partenaire. Friedemann Vogel est sans doute d’ailleurs le seul invité à avoir pu, grâce à une dynamique très extériorisée, imposer une réelle figure de soliste à travers les différents rôles qu’il a abordés. Il faut enfin souligner le bon esprit des danseurs de la compagnie qui en pointes, en talons, en claquettes ou même en rollers et à bicyclette ont fait preuve d’une adaptabilité remarquable au service d’un spectacle en marge du répertoire


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MessagePosté le: Mer Juil 02, 2008 4:30 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Vous pouvez retrouver la critique de Maraxan, illustrée de nombreuses photos transmises par le service de presse de l'English National Ballet en cliquant sur le lien ci-dessous (l'accès sera aussi possible via la page d'accueil de www.dansomanie.net , rubrique "Critiques & Comptes-rendus" d'ici à ce soir).


Du 13 au 22 juin 2008 : Strictly Gershwin, de Derek Deane, au Royal Albert Hall


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Mary Barnstable



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MessagePosté le: Mer Juil 02, 2008 5:53 pm    Sujet du message: Une interview avec Wayne Eagling (en anglais) Répondre en citant

Au sujet de son nouveau ballet

http://www.metro.co.uk/metrolife/article.html?in_article_id=199319&in_page_id=260&in_a_source=


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MessagePosté le: Jeu Juil 03, 2008 8:56 am    Sujet du message: Répondre en citant

Apparemment, Medhi Angot, ancien élève de l'Ecole de Danse de l'Opéra de Paris, que le documentaire "A l'Ecole des étoiles" avait rendu célèbre auprès des téléspectateurs français, quitterait l'English National Ballet à la fin de la saison 2007-2008.


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Mary Barnstable



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MessagePosté le: Ven Juil 04, 2008 12:00 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Mehdi Angot a dansé un rôle principal dans le nouveau ballet d'Eagling la nuit dernière.


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