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Batsheva Dance Company [Opéra Garnier - 5-9 janvier 2016]

 
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chloe.c



Inscrit le: 27 Fév 2012
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MessagePosté le: Lun Jan 11, 2016 4:41 pm    Sujet du message: Batsheva Dance Company [Opéra Garnier - 5-9 janvier 2016] Répondre en citant

Bonjour,

y a t-il eu des dansomaniaques qui sont allés voir cette compagnie à Garnier ? Des retours ?

Merci !
Smile


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Danseur en bleu



Inscrit le: 08 Juin 2014
Messages: 53

MessagePosté le: Lun Jan 11, 2016 8:12 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

oui, je suis allé voir cela. C'est court, donc on n'a pas le temps de s'ennuyer. Non pas qu'il y ait de grands risques par ailleurs. Il se passe beaucoup de choses sur scène, mais des choses dont je ne comprends pas l'intérêt parfois (je suis souvent dubitatif face aux nus injustifiés par exemple).
Malgré cela il y a une très belle énergie d'ensemble, quelques belles personnalités qui se détachent aussi (je ne peux pas être plus précis, je ne les connais pas du tout et ne pouvais les repérer qu'à leurs silhouettes et accoutrements différenciés).

J'ai trouvé les transitions entre pièces d'un humour de bon ton. Mais si cela était plaisant sur le moment, je n'en retiendrai pas grand chose malheureusement.
Pour contrebalancer un peu cela, mon avis n'est pas partagé par tous, et ma voisine s'était exclamée que c'était génial par exemple.


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juthri



Inscrit le: 31 Mar 2015
Messages: 65

MessagePosté le: Lun Jan 11, 2016 11:53 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je réponds, tardivement, à la demande de chloé, pour rappeler que l'Opéra National de Paris a accueilli en ce début janvier comme de coutume une compagnie invitée, en l'occurrence la Batsheva Dance Company venue présenter Three, une oeuvre de son charismatique Directeur artistique/Chorégraphe Ohad Naharin (lui aussi a fait l'objet d'un documentaire, et en plus c'est un succès en salle il parait !).

Cette compagnie, fondée en 1964 à Tel-Aviv et dirigée initialement par l'américaine Martha Graham, qui tourne régulièrement en France depuis quelques années, est plutôt coutumière du Théâtre de Chaillot pour ses escales parisiennes. Elle est pour la première fois invitée à se produire à Garnier, même si Ohad Naharin était lui déjà entré au répertoire de la compagnie en 2000 avec Perpetuum, créé pour le Ballet du Grand Théâtre de Genève en 1992, et présenté lors d'une soirée Mats Ek/Ohad Naharin.

Invitée donc de l'ONP elle présente une création de 2005, c'est à dire temporellement à mi-parcours entre les deux pièces les plus jouées, Virus de 2001 et Sadeh21 de 2011, seules ou via leur pot-pourri DecaDance. A noter que la pièce semble avoir évolué depuis sa création, mais sans référence difficile d'en rendre compte.
Le titre se réfère principalement à sa structure en forme de triptyque, même si on retrouve le chiffre 3 à quelques occasions dans le ballet, en particulier sur quelques répétitions groupées par 3 avant que le 4ème mouvement ne vienne rompre cette suite.
Même si l'intention de présenter une "entrée au répertoire" au spectateur parisien est louable, le choix apparaît surprenant car ce n'est pas la pièce la plus reconnue, et sa durée d'à peine une heure ne permet pas remplir la soirée.

Pas grave, allons la voir en matinée, en tentant de faire abstraction du contexte international structurel et national conjoncturel (espérons-le), et n'y voir que de la danse, même si la traversée de la Place de l'Opéra entre manifestation, rangées de barrières et de CRS, longues files d'attente sur les marches et fouille au corps à l'entrée, n'y aide pas vraiment.

L'oeuvre, disons-le d'emblée, permet, elle, de s'en évader, car le militantisme pacifiste d'Ohad Naharin et sa vision de l'histoire de son pays, mis en scène en particulier dans Virus, ne sont pas ici sa préoccupation première.
On y retrouve bien dans la première partie une réflexion sur la dualité du mal, celui que l'on subit, comme celui qu'on inflige, parfois volontairement, parfois fortuitement, mais celle-ci est plus incarnée par le couple et le questionnement sur le genre que par une rhétorique plus contextuelle à l'histoire contemporaine. Cette entame de spectacle est intitulée Bellus, soit "(le) beau", mais au hasard de quelques déclinaisons latines, en particulier au genre neutre (on y revient), on sera entraîné vers bellum, la guerre.
La deuxième pièce s'appelle Humus, "la terre", ce qui n'est pas très éloigné de son descendant, "l'être humain". Elle est portée uniquement par les femmes de la troupe et puise plus profondément dans les racines et l'enfance du chorégraphe, au travers de l'allégorie de la fertilité, celle du genre féminin, comme celle de la terre que l'on cultive, au travers de mouvements évoquant autant la sexualité et l'accouchement que l'agriculture. La référence au désert est évidente pour son aridité. Mais aussi pour son vide (même si j'avoue qu'il m'a fallu lire les notes l'intention à posteriori pour le comprendre), qu'il faut remplir par l'humanité au travers des arts, ce qui est figuré par les danseuses qui arpenteront plusieurs fois le plateau, au pas ou au sprint.
La troisième partie Secus, littéralement "autrement", mais à comprendre en tant que variante de sexus, "le genre", reviendra sur le militantisme lié à la différence des sexes et à la déstructuration de cette dernière. Cela tant par un très surprenant pas de deux entrepris par deux hommes, d'une délicatesse très émouvante, que par la scène de transe finale dans laquelle, sur 3 rangées cycliques, les danseurs viennent se présenter tour à tour à nous, et exprimer leurs émotions, leur rage ou leur joie, leur amour ou leur folie, mais aussi eux-même crûment, par le dévoilement impudique de parts de leur anatomie, ventre, mains, pieds, visages, fesses ou pubis, et pour ce dernier : sexe apparent pour les femmes, sexe caché pour les hommes. Inversion des genres encore une fois. Et d'une intensité si hypnotique qu'on finit par ne plus regarder qu'une seule file, tant chaque proposition vous happe.
En conclusion cette oeuvre a une réelle portée politique et militante, mais bien moins liée au conflit des peuples qu'à la guerre des sexes.

La scénographie est basique : scène nue, 3 pans de murs noirs l'encadrent, contenant des espacements suffisants pour permettre la circulation des danseurs. Les costumes sont minimalistes : tenues quotidiennes, pantacourts/pantalons de toiles et débardeurs/t-shirts, de coloris vifs mais actuels. Deux ou trois danseuses ont droit à un simple liseré de dentelle, peut-être la marque des étoiles de la troupe Wink. Deux trouvailles à noter tout de même : les entractes sont occupés par une sorte de ventriloque 2.0 : un danseur qui se présente face au public tenant un vieil écran cathodique sous son bras. Celui-ci diffuse le visage du même danseur qui nous parle (en français), pour introduire la pièce suivante, par quelques phrases très factuelles, dont l'enchaînement absurde et la plate neutralité font sourire la première fois, et rire la deuxième.
Autre trouvaille, plus liée à la chorégraphie cette fois : l'effet constitué par le renouvellement perpétuel des entrées et sorties sur le plateau. La scène est déterminée par l'espace temps plutôt que par la géométrie : parfois les danseurs sont sur le plateau mais ne font plus partie de l'ensemble, parfois ils continuent de danser même s'ils disparaissent de notre vue. C'est bien l'intensité du propos qui guide notre regard, plus que les présences, favorisant l'impression de continuité du mouvement ou de relais entre les danseurs.

Venons-en à la chorégraphie : la première partie peut se lire comme une présentation du langage "Gaga" inventé par Naharin, dans un ensemble de facture presque (néo-) classique : des soli, des pas de deux hommes/femmes, des ensembles à 8, et 4 couples pour finir, le tout sur la douceur des ..."Variations Goldberg" de Johann Sebastian Bach. Cela peut constituer une bonne introduction à sa gestuelle, qui se veut libératoire par le mouvement, mélange de tensions absolues, convulsives et compulsives des corps.
En cas de découverte c'est ébouriffant, novateur comme rarement : envolés toutes les références au classicisme, mais balayées aussi les chorégraphies purement contemporaines, souvent au sol, parfois immobiles, par cette tempête d'énergie, faite de bonds plus que de sauts, et d'écartements plus que de mouvements, et ce jusqu'au bout des orteils... ça court, ça rebondit, ça frappe, ça s'étire, en un mot ça décoiffe !
Maintenant, si l'on a déjà subi avec délice le choc de la Batsheva, on restera un peu sur sa faim, car il manque le soupçon de puissance reçu lors d'autres pièces de Naharin.
La deuxième partie est conduite par les 9 danseuses mais est à voir comme un seul ensemble. Plus étrange, plus terrestre, longtemps au sol, mais paradoxalement plus violent, malgré la musique (forcément) planante de Brian Eno. Les mains claquent, les pieds martèlent, les visages grimacent, et le propos évoqué est fortement rendu par ces enchaînements de figures. Qui se terminent par une marquante scène figurant l'ennemi, dans ce désert ou dans cette vie qu'il faut sans cesse renouveler : le temps, au travers d'une scène d'ensemble dans laquelle les danseuses représentent les aiguilles folles d'une horloge digne de Lewis Carroll, leurs bouches cliquetant de bruyante façon.
Maintenant, bis, c'est beau, c'est fort, mais il m'a encore manqué un petit je ne sais quoi : un souffle lyrique, ou au contraire une pointe de surprise baroque, pour que je trouve cela totalement grand.
Enfin la troisième partie, la plus longue, reprend le principe de la première, jusqu'à ses apothéoses finales déjà évoquées, sur un assemblage de musiques actuelles, électroniques versus traditionnelles. Ici le langage prend tout son sens, car au-delà des gestes inventés par Naharin, que l'on assimilera à des mots, c'est tout une grammaire qui prend vie en scène, par la grâce d'une virtuosité d'écriture des mouvements de chaque danseur, comme de leur intégration à l'ensemble. Ce qui est d'autant plus complexe, que le nombre de danseurs (17), l'apparent désordre d'expression et la rapidité de l'exécution induit une précision absolue dans la composition des mouvements. Au final c'est un peu l'improbable mariage de Mats Ek avec Alvin Ailey, unis par Pina Bausch pour la transe et le féminisme du 2ème acte. Un peu moins d'humour ou d'érotisme, et une dernière scène plus convenue mais certes agréable, sur "You're Welcome" des Beach Boys, en forme de relâchement de la tension, dans une atténuation progressive de la lumière. Globalement cette dernière partie est un grand Naharin. Et en résumé : du vocabulaire, de la grammaire, et du sens, on a bien affaire à un vrai langage !

Evidemment, pour qu'il nous parle, il faut des interprètes à la hauteur, et c'est bien la grande révélation de ce spectacle. J'ai rarement vu autant de personnalités danser avec une telle unisson, en telle osmose avec la proposition chorégraphique.
L'intérêt d'appartenir à cette compagnie, au-delà d'une certaine liberté du geste, réside surement aussi dans le fait que tout ou presque est une succession de "petits premiers rôles". Souvent avec un chorégraphe "résident" on peut avoir l'impression que certains rôles secondaires sont là juste pour faire danser un peu tout le monde. Ici il n'en est rien, tous les rôles sont courts, mais tous au premier plan, et chacun dispose d'un espace suffisamment vaste pour s'exprimer, afin que l'adjonction continue de proposition gestuelle individuelle constitue la base du résultat final. A noter que physiquement les danseurs sont tous très proches : les hommes sont grands et élancés, les femmes plus trapues, aux fessiers, cuisses et bustes très gainés, mais cela semble naturel pour cette danse, et je ne sais pas si les yeux clairs constitue un critère de sélection, mais les regards en paraissent tous encore plus vrillants.
Quelques danseurs ressortent encore plus que les autres (et puis il faut bien choisir parmi les 18 présents) : Bret Easterling qui a la lourde tâche d'ouvrir en solo cette fulgurance, William Barry et Omri Drumlevich ou encore Shamel Pitts pour les pas de deux. Chez les interprètes féminines Adi Zlatin ou Iyar Elezra s'imposent comme de grandes panégyristes du langage Gaga, mais on citera aussi Olivia Ancona, nouvellement venue depuis le Ballet Royal de Suède, qui apporte un contrepoint intéressant de par son style plus canonique.
Enfin, la reine de la soirée, Rachael Osborne m'a fait l'effet d'une hallucinante révélation. Australienne, professeure au sein de l'académie, elle est la plus ancienne de la troupe, mais l'avait quitté en 2012 avant de revenir cette année, et de ce fait n'avait pas dû participer aux précédentes tournées en France. Même si elle impose d'emblée sa présence, elle n'aura fait que monter en puissance tout au long du ballet. Jusqu'à ses moments furieux lors de la séquence finale, et son long solo trépidant clôturant cette dernière, dans lequel elle a fondu en une transe insensée.

Pour conclure, un ballet un peu court et au découpage inégal, qui n'est pas le plus prenant d'Ohad Naharin, mais qui se finit, autant pour la virtuosité de la chorégraphie que par la passion des danseurs, en une explosive farandole de rage et de plaisir jouissif. Et contagieux Very Happy




Dernière édition par juthri le Mar Jan 12, 2016 12:01 am; édité 1 fois
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juthri



Inscrit le: 31 Mar 2015
Messages: 65

MessagePosté le: Lun Jan 11, 2016 11:57 pm    Sujet du message: Répondre en citant

[doublon effacé à cause d'une connexion erratique dans le TGV... Embarassed ]


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Fanchon



Inscrit le: 03 Mar 2006
Messages: 250
Localisation: liege

MessagePosté le: Mar Jan 12, 2016 7:49 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour cet excellent compte-rendu.
Le Ballet vient à Liège les 28 et 29 janvier et j'ai pris des places pour le jeudi.
J'étais étonnée de voir que le spectacle commence à 21h.
Mais si c'est court, c'est compréhensible.



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chloe.c



Inscrit le: 27 Fév 2012
Messages: 124
Localisation: France

MessagePosté le: Mer Jan 13, 2016 11:54 am    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour vos réponses juthri et danseur en bleu !!


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