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Clairemarie Osta décroche la Lune sur Dansomanie

 
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haydn
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MessagePosté le: Jeu Nov 24, 2005 12:13 am    Sujet du message: Clairemarie Osta décroche la Lune sur Dansomanie Répondre en citant

On vous préparait cela en douce depuis quelques jours, Clairemarie Osta en personne est l'invitée de Dansomanie!

Qui eût été mieux qualifiée qu'une Etoile pour parler d'un astre? Alors qu'elle vient d'achever la série de représentations de Caligula, nous lui avons demandé de nous expliquer en quoi consistait exactement le rôle de la Lune, qui, dans l'ouvrage de Nicolas Le Riche et Guillaume Gallienne, tient une place quasiment aussi importante sur le plan dramatique que l'Empereur romain lui même.

Nous espérons que cet entretien permettra, pour ceux qui ont vu le spectacle, d'en approfondir la connaissance et la compréhension, et pour les autres, d'aller le voir si d'aventure il faisait l'objet d'une reprise à l'Opéra de Paris ou ailleurs.



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Quand Nicolas Le Riche et Guillaume Gallienne ont imaginé la dramaturgie, ils ont eu l'idée de ce rôle, mais sans savoir qui allait l'interpréter, à la différence du personnage de Caligula, attribué d'emblée à Jérémie Bélingard.

C'est au cours de discussions avec Brigitte Lefèvre que le choix s'est précisé. C'est elle qui a suggéré que ce soit moi qui danse la Lune. Ce qui est vrai, c'est que lorsque l'an passé, Nicolas Le Riche a commencé à élaborer les pas proprement dits de la chorégraphie, là il savait que les solistes principaux seraient Jérémie Bélingard et Clairemarie Osta.

Ainsi, le rôle a tout de même été construit autour de certains éléments qui me correspondent peut-être particulièrement : légèreté, sensibilité, célérité.

Comme il s'agit d'une création, les personnages n'existent pas avant vous, ce qui rend les choses très différentes de ce qui se passe lorsqu'on travaille un rôle qui figure déjà au répertoire. Certes, la chorégraphie a été entièrement pensée par Nicolas Le Riche, mais le personnage continue de se construire au fil des répétitions. On est un peu dans la même situation qu'un chanteur d'opéra : même si on exécute avec la plus grande exactitude les indications de la partition, il demeure une part d'interprétation personnelle.

Dans le cas du rôle de la Lune, c'est Nicolas qui m'a guidée, mais moi, je lui faisais aussi des propositions. On jouit d'un certain sentiment de liberté, même si le chorégraphe vous indique très précisément ce qu'il veut.

Au fil des séances de travail, je me suis posé la question de la spécificité du personnage de la Lune. En fait, la Lune est le fruit de l'imagination de Caligula ; cela ne veut pas dire pour autant qu'elle n'a aucune consistance, les rêves ont autant d'épaisseur que la réalité.

La Lune réagit en fonction de ce que Caligula imagine, et en même temps, celui-ci va tellement loin dans les excès de ses fantasmes qu'en quelque sorte, le rêve se matérialise. Ainsi, on peut presque dire que Caligula me "donne la vie".

Au commencement du spectacle, j'ai le sentiment d'arriver comme si Caligula m'arrachait à mon monde imaginaire, lunaire. Au fur et à mesure que l'action avance, notre relation s'avère manifestement impossible. Dans ses rêves, dans ses phases d'épilepsie, Caligula entretient l'illusion d'un rapprochement entre lui et la Lune, mais en réalité, une relation charnelle est inconcevable. La Lune ne possède aucune prise sur les événements "réels" : elle n'a d'une femme que le corps. Elle se sent violentée mais aucune "matérialisation" n'est possible, elle reste insaisissable pour Caligula.

Pris séparément, les pas de deux de la Lune et de Caligula auraient pu être "romantiques" au sens allemand du terme, c'est à dire passionnés, violents. Au cours des répétitions, j'ai été tentée de vivre le rôle avec les émotions d'un être humain. Cela eût été une erreur de persévérer dans une telle voie : la Lune ne comprend pas ce qui se passe, elle ne ressent pas d'émotions, elle ne sait pas ce qu'est l'amour. Au début, c'était difficile pour moi de repousser cette tentation de l'interprétation romantique, mais au fil des spectacles, jouer ce personnage désincarné, dépourvu d'émotions humaines est devenu une aventure exaltante.

La tragédie naît de l'impossibilité d'instaurer une relation entre la Lune et Caligula. Paradoxalement, la gestuelle est sensuelle, mouvante.L'érotisme est exclusivement issu du désir violent et insatisfait de Caligula pour la Lune. La Lune ne repousse pas Caligula. Elle l'ignore.

Les relations entre Caligula et les autres personnages sont, pourrait-on dire, presque inverses. Les Sénateurs vont vers Caligula, attirés, apeurés, fascinés par l'Empereur, et c'est lui ne les remarque pas.

Il y a malgré tout une sorte de magie à voir naître en soi un personnage qui n'existait que dans l'imagination d'un chorégraphe. Il s'échappe de cet imaginaire pour vivre sa vie en moi le temps que je l'interprète sur scène.

La Lune est le seul personnage du ballet à danser sur pointes, ce qui lui donne un statut, une dimension particuliers. Paradoxalement, si la danse imaginée pour la Lune, du fait de l'utilisation des pointes, fait référence à la féminité, elle renferme aussi un caractère masculin, puisque Nicolas Le Riche m'a souvent demandé de faire exactement les mêmes mouvements que Caligula. De manière générale, Nicolas a voulu atténuer l'identité sexuelle des personnage, y compris pour moi, la Lune, qui suis en pointes et en tutu. La Lune, n'est au bout du compte qu'une planète, donc dépourvue de sexe. En vérité, c'est Caligula qui, dans son imagination, décide que je suis une femme, indépendamment de toute réalité objective.

On retrouve également cette ambiguïté sexuelle, ou cette a-sexualité, chez les Sénateurs (interprétés indifféremment par des danseurs des deux sexes). Ce qui compte, c'est leur statut social, et non leur identité sexuelle. Même dans le cas de Mnester, on ne sait pas vraiment s'il y a une attirance amoureuse entre Caligula et lui. Il en va de manière identique pour le cheval Incitatus. Dans ce ballet, il s'agit en quelque sorte, de vivre un rêve le temps de la représentation.


Clairemarie Osta


Entretien réalisé le 12 novembre 2005

© Clairemarie Osta – Dansomanie 2005







Dernière édition par haydn le Mar Juin 27, 2006 10:50 am; édité 3 fois
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Jonquille



Inscrit le: 22 Avr 2005
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MessagePosté le: Jeu Nov 24, 2005 1:11 am    Sujet du message: Répondre en citant

Merci de ce bel entretien. Et merci à Clairemarie Osta de nous avoir si joliment "éclairés"...


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