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Interview : Christina L. Olsen, danseuse de Corps de ballet

 
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haydn
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MessagePosté le: Mer Juin 08, 2005 2:00 pm    Sujet du message: Interview : Christina L. Olsen, danseuse de Corps de ballet Répondre en citant

Christina L. Olsen, danseuse de Corps de ballet



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La danse, ce n’est pas qu’une affaire de stars. Ce sont avant tout les danseurs de corps de ballet qui font la richesse d’une compagnie. Pour vous en faire partager le quotidien, Dansomanie est allé à la rencontre de Christina Olsen, une jeune artiste qui vit sa seconde année au sein du Ballet Royal du Danemark. Itinéraire.


Je suis entrée à l’Ecole de danse du Ballet Royal en 1993, à l’âge de 8 ans. J’y ai passé dix ans. La scolarité y est en effet calquée sur celle suivie par des écoliers ordinaires, et dix années, c’est la durée qui vous mène de l’école primaire au baccalauréat.


Tout a commencé parce que lorsque j’étais petite fille, une dame de ma paroisse était une danseuse professionnelle. Chaque année, pour Noël, elle organisait une fête, où elle demandait à des enfants de danser pour un spectacle. Cela m’a tellement plu que j’ai demandé à ma mère de m’inscrire dans un cours de danse.

J’ai débuté dans une petite école locale. Mon professeur m’aimait bien, et se rendait compte que la danse me passionnait. Elle accepta de me donner trois cours par semaine pour le prix d’un seul, et me conseilla ensuite de me présenter à l’examen d’entrée de l’Ecole du Ballet Royal. Là bas, nous avions des cours tous les jours!

L’entrée à l’école de danse se déroule de la manière suivante : on arrive par groupes de dix candidats environ, et l’on nous met dans un studio, avec le Directeur du ballet, la directrice de l’Ecole, des professeurs et des médecins. On nous fait alors faire des exercices simples, comme tourner en cercle sur des musiques de tempi variés, afin de vérifier si on possède le sens du rythme. Ensuite, on est examinés par des médecins.

Si on est jugé apte, on passe une seconde audition, au cours de laquelle on doit exécuter quelques pas de danse simples. Vient ensuite une troisième étape de sélection, sous la forme d’un petit séminaire de deux fois une semaine, durant lequel on doit suivre des cours. A la fin du séminaire, il y a une évaluation, et si on a donné satisfaction, on est admis à l’Ecole.

Comme indiqué, la scolarité à l’Ecole du Ballet Royal s’articule en dix niveaux. Le matin, on commence par un cours de danse, puis on nous dispense un enseignement scolaire général, comme aux autres enfants. Les plus grands suivent également un cours de danse l’après-midi.

A l’age de dix ans, j’ai pris mes premiers cours spécifiques de technique Bournonville. A partir de ce moment, et jusqu’à la fin de la scolarité, on a deux cours Bournonville par semaine. Une fois au Corps de ballet, il y a encore un cours hebdomadaire obligatoire.

A la fin de chaque année, il y a un examen, et si on le rate, on est renvoyé de l’école. C’est très dur de vivre avec cette angoisse. C’est la routine d’un apprenti-danseur, mais même si on si habitue un peu, ce n’est pas facile.

Au bout des dix ans, on peut se présenter au concours d’entrée du Ballet Royal, pour devenir «aspirant», c’est à dire danseur stagiaire. L’examen se déroule dans un studio, en présence de professeurs et du Directeur du ballet. C’est en fait une sorte de cours, où il faut exécuter différents types de pas.

Si on est admis, on prend donc le statut d’aspirant, que l’on conserve normalement deux ans, trois dans certains cas exceptionnels (maladie, blessure longue…). A la fin de la première année, on repasse un concours, où chacun doit présenter une variation obligatoirement tirée d’un ballet de Bournonville. Pour l’examen final, à l’issue de la seconde année, on peut présenter la variation de son choix, qu’elle soit ou non de Bournonville. Si tout se passe bien, on est titularisé au Corps de Ballet, et sinon, on est mis à la porte…

La première fois que je suis montée sur scène c’était … deux jours après mon entrée à l’Ecole de danse, dans Napoli! J’étais parmi les enfants qui font de la figuration sur le pont, au troisième acte. Je ne savais évidemment pas ce que je devais faire. On m’a dit : «tu souris, et tu regardes»! Au Danemark, à cause des exigences spécifiques du répertoire Bournonville, qui intègre de nombreux enfants dans les chorégraphies, les jeunes danseurs montent très tôt sur scène. En fait, c’est très utile, car ainsi, on voit les professionnels à l’œuvre, - j’ai ainsi découvert le pas de six de Napoli – on nous montre comment il faut saluer, bref, on apprend son métier «sur le tas».

J’ai reçu mes premiers cours de pantomime quand j’avais quatorze ans, mais rien qu’en regardant faire les professionnels, j’avais déjà énormément appris. Une fois aspirant, on passe aux choses sérieuses, avec des cours intensifs dispensés par Flemming Ryberg.

A l’Ecole de danse, nous suivons aussi des cours d’histoire du ballet, avec Ole Nørlyng, un grand professeur ami d’Erik Aschengreen [célèbre historien et critique de danse danois, spécialiste de Harald Lander ndlr.]. A chaque fois que nous participions à un spectacle, il nous expliquait le contexte et l’argument de l’œuvre que nous allions danser, et nous faisait étudier le jeu de scène à l’aide de vidéos. Il y a également des cours de musique, où on nous apprend à lire une partition d’orchestre, pour pouvoir suivre ce que jouent les différents instruments, et pour connaître le vocabulaire technique de la musique.

Mon meilleur souvenir? Le troisième acte deNapoli, justement. Il y a toujours une ambiance spéciale sur le plateau. On essaye de transmettre au public la joie de vivre qui règne dans cette œuvre, et on y ressent une forme particulière d’énergie. Je me sentirai toujours «chez moi», dans ce troisième acte de Napoli, en regardant, depuis le pont, les danseurs évoluer sur scène.

Mon ballet favori? La Sylphide. C’est le rôle que je voudrais absolument interpréter un jour, comme la plupart des danseuses du Corps de ballet je crois d’ailleurs! Là, j’ai eu la chance de pouvoir faire la première Sylphide du pas de trois de l’acte II. Cela me rapproche un peu du rôle-titre! Le rôle de Madge, la sorcière, est aussi très intéressant. Dans la version Bournonville de la Sylphide, il peut être confié indifféremment à un homme ou à une femme. Mais c’est toujours un moment particulier lorsqu’il est joué par une danseuse expérimentée, qui avait auparavant déjà incarné la Sylphide, comme ce fut le cas avec Lis Jeppesen, lors de la représentation du 6 juin dernier. Cela donne véritablement un supplément d’âme à l’interprétation.

Il y a aussi le rôle du Troll, dans A folk tale, de Bournonville, que j’aimerais beaucoup danser. C’est un personnage comique, qui passe du statu de mauvais génie à celui d’être humain. Cela m’amuserait énormément d’interpréter un tel rôle de composition. Enfin, je voudrais aussi avoir la possibilité de danser du Balanchine, et tout spécialement Sérénade. J’ai vu ce ballet lorsque la compagnie l’a monté l’an passé, et vraiment, j’adorerai le faire.

Evidemment, au Ballet Royal du Danemark, nous ne dansons pas que du Bournonville. Le répertoire est varié, mais c’est très dur de danser des ouvrages de styles différents. Le corps refuse parfois de s’adapter. Il veut faire ce qu’on lui a appris, ce qui lui est devenu naturel. Maintenant, les saisons sont devenues malheureusement très morcelées. Un soir, on danse Etudes, le lendemain Abdallah [de Bournonville, ndlr.], et le surlendemain une chorégraphie contemporaine. Cette alternance rapide de style est vraiment dure à supporter.

A l’automne, chaque année, l’Ecole de danse organise un spectacle à l’attention des autres enfants. On y donne des ouvrages chorégraphiés spécialement pour les jeunes, généralement inspirées de contes de fées. De telles représentations ont suscité de nombreuses vocations! Les professionnels du Corps de ballet participent également à ces actions de prosélytisme en faveur de la danse classique. Par groupe de trois ou quatre, nous nous rendons dans les écoles, pour y faire la démonstration de quelques pas, apprendre aux enfants les rudiments de la terminologie technique de la danse et expliquer l’argument des ballets les plus célèbres du répertoire. Ainsi, l’héritage de Bournonville demeure toujours vivant, et le maître tient toujours une place un peu à part dans le cœur des Danois.

Bournonville est très dur à apprendre. Il y a des pas d’école, mais aussi beaucoup d’«exceptions» difficiles à mémoriser. Une fois qu’on a réussi à intégrer les enchaînements, cela reste pour la vie! Quelles sont les qualités requises pour bien danser Bournonville? Beaucoup de ballon. Etre détendu, naturel dans la danse, et savoir donner l’illusion de la facilité. Maîtriser les épaulements, ainsi que la position des bras et des coudes, essentielle chez Bournonville, alors qu’ailleurs, on est tenté de se contenter de savoir tenir les bras en couronne. Savoir donner l’illusion du mouvement, sans bouger réellement. Et surtout : aimer la danse, et montrer qu’on l’aime!

Mon avenir? Aucune idée. Je prends la vie comme elle vient. Tout peut arriver. Peut-être que je me marierai, que je fonderai une famille et que j’arrêterai la danse pour élever mes enfants. Ou au contraire, si la direction apprécie mon travail, peut-être me donnera-t-on des rôles, et ferai-je une carrière?




Entretien réalisé le 07 juin 2005

© Christina L. Olsen – Dansomanie


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