| Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant |
| Auteur |
Message |
Katharine Kanter
Inscrit le: 19 Jan 2004 Messages: 1539 Localisation: Paris
|
Posté le: Mar Sep 01, 2026 10:44 pm Sujet du message: Variation de la Reine des Dryades - WE have a problem ... |
|
|
Dans le feuilleton "Kanter fait son numéro (sic)", nouveau chapitre.
Lupe Serrano, Variation Reine des Dryades (présentée sur YT comme un "interloper" dans Le Corsaire, mais bon ....)
https://www.youtube.com/watch?v=whzZmdAwD8Q
Comme chacun sait, nous dansons BEAUCOUP mieux maintenant. Tellement mieux, que les "anciens" nous font doucement rigoler, n'est-ce pas?
Maintenant :
https://www.youtube.com/watch?v=8B6YtXZ4jcA&list=RD8B6YtXZ4jcA&start_radio=1
et les versions que nous faisons actuellement sont BEAUCOUP plus difficiles, n'est-ce pas?
https://www.youtube.com/watch?v=at_kQbvQoP4&list=RDat_kQbvQoP4&start_radio=1
et le pompon
https://www.youtube.com/watch?v=3iTBHVeUDgo&list=RD3iTBHVeUDgo&start_radio=1
Est-il vraiment indispensable de rentrer dans le détail de ce qui fait qu'avec Lupe Serrano n'importe quel citoyen lambda va comprendre POURQUOI le classique existe et DOIT exister?
Avec Lupe (quel souriante aisance!) - La différence entre l'écarté suivi du jeté seconde face nettement marquée, avec un jeté seconde qui est un vrai grand jeté seconde - à deux mètres du sol pour ainsi dire ! - élastique, contrôlé, à la descente maîtrisée plutôt qu'un sous-espèce de minable glissade, les splendides fouettés-arabesque en croisé parfaitement tenus, les fouettés à l'italienne finissant en petites pirouettes comiques en dedans, les merveilleuses assemblées portées BATTUES et vraiment battues aussi belles que celles d'un homme ! l'idéal alignement pied-genou à chaque descente, les ports de bras particulièrement variés et toujours soutenus - pas une seule ligne droite - le détail ornemental des mains ex. à 0,37 secs. ... et toujours ce frémissement de mouvement ininterrompu. Nous sommes au THEATRE et on danse, pour les AUTRES.
Comme je suis censée "faire mon numéro" et "me répéter", prenons la liberté de répéter qu'à l'époque, dans un studio-télé, on filmait sur DU BETON. Les chaussons de pointe était une horreur, les costumes n'avaient aucune elasiticité, les collants étaient tenus par des bretelles. Le grand confort en somme.
Par ailleurs, à l'époque, on ne fréquentait pas des studios de musculation, et les dames ne soulevaient pas des poids. Vous avez vu le DOS et les BRAS de Lupe? Ou de Melissa Hayden? Ces muscles sont le résultat d'un travail correct de danse, et non d'heures dans la gym.
https://www.instagram.com/reel/DZWi5VeIqiJ/
(Melissa and Jacques d'Amboise BEYOND BELIEF in Tchai Pdd, 1962)
I'm now running out of French.
Theatrical dancing is intended to be DANCING. It has to DANCE, i.e. it has to MOVE to music. And it has to be theatre.
Somewhat unlike our current CLOWN OF THE DRYAD show.
Correct alignment, fifth positions, correct school figures e.g. arabesque, attitude etc., correctly executed steps, exist not in themselves, but to enable movement within the framework of a theatrical technique based on the turnout - that technique is Western classical dancing, to tonal music.
It is inherently theatrical, for the simple reason that turnout was invented in India about 3500 years ago, to free the upper body for expressive purposes, meanwhile stabilising the lower body moving forwards, backwards or sideways. Impossible without turnout.
The moment turnout and extensions become the goal, which is precisely where we have got to today, the whole thing becomes a meaningless dreadful BORE.
NB: None of this is meant as a criticism of individuals. It's a clown-epidemic, and it's worldwide.
|
|
| Revenir en haut |
|
Katsu
Inscrit le: 21 Déc 2019 Messages: 1568
|
Posté le: Mer Sep 02, 2026 8:29 pm Sujet du message: |
|
|
C'est l'illustration d'un sujet récurrent sur ce forum.
Dans cette variation, l'extrême souplesse est depuis bien longtemps une démonstration de virtuosité attendue, inhérente au "style" actuel de la variation.
A une époque, une vidéo de cette variation poussée à l'extrême circulait beaucoup sur les réseaux sociaux, dans laquelle la ballerine tenait en équilibre, les jambes à la verticale, le buste en quasi angle droit à l'horizontale, contredisant les lois de la physique.
Je pense qu'il s'agissait d'une danseuse du Théâtre Mariinski, mais je peux confondre. Peut-être est-ce d'ailleurs un faux souvenir.
Je trouve globalement que ces démonstrations contorsionnistes sont de moins en moins fréquentes à l'échelle internationale.
Et je ne pense pas, contrairement à une thèse souvent reprise sous cette latitude du web, que Sylvie Guillem y soit pour grand chose, ni qu'une école en particulier ait popularisé ce style.
Ces excès se sont développés partout et progressivement* dès les années 50-60 (à titre d'exemple, un professeur de ballet russe attribue, dans une vidéo publiée sur sa chaîne Youtube, l'excellence de son école au choix, fait à l'époque soviétique, de recruter des danseuses dans les viviers de la gymnastique rythmique) et ont atteint leur paroxysme dans les années 80-90.
*Dans les enregistrements de cette époque, on constate que le style des danseurs n'est pas aussi standardisé qu'aujourd'hui, même lorsqu'ils sont issus de la même école et de la même génération : certains dansent encore à l'ancienne, tandis que d'autres préparent le nouveau style. On observe aussi ces écarts dans les vidéos du début du siècle.
|
|
| Revenir en haut |
|
Katharine Kanter
Inscrit le: 19 Jan 2004 Messages: 1539 Localisation: Paris
|
Posté le: Ven Sep 04, 2026 3:37 pm Sujet du message: |
|
|
Chaque pays, évidemment, a, dans le temps, un état d'esprit (et parfois une idéologie, c'est à dire une sclérose d'idées!) qui lui est propre.
En France, nous avons depuis la fin des années '70, développé un "Don't Hit me Daddy!" approche, où la danse a pris un côté scolaire - on ralentit les tempi afin d'exécuter les figures académique et enchaînements "à la perfection". Tout le contraire d'une Josette Amiel, d'un Athanassoff ... qui DANSAIENT vraiment.
En URSS, pendant la Guerre Froide, il s'agissait de prouver qu'on était plus fort, plus ceci et plus cela, que les Américains ... avec des résultats sur scène le plus souvent ridicules. Sur scène, pas en cours !
Le livre extraordinaire de Gennadi Albert sur A. Pushkin, est de lecture INDISPENSABLE pour comprendre la bataille entre les "puristes" (Vaganova, Shavrov, Pushkin ...) et les modeux-théâtreux-Guerre Froideux tels Grigorievitch etc. Ce livre remonte au débat dès 1918, où Agrippina Vaganova a joué un rôle primordial pour sauver les meubles.
De surcroît, il est utile de se rappeler que les danseurs dits "Américains" du NYCB jusqu'aux années 1980 environ, étaient en réalité des danseurs "RUSSES", dans la tradition de l'école impériale RUSSE - ils étaient les créations de Vladimirov, de Doubrovska etc., qui furent formés au début du 20ème siècle dans les écoles impériales.
D'où la réputation - méritée - dont jouïssait alors la School of American Ballet.
Regardons de très près et analysons cette incroyable captation de Jacques d'Amboise avec Melissa. Dans le cas de Jacques, qu'on peut appeler un "danseur russe" (on se comprend) de l'ancienne et grande école, les différences avec l'approche actuelle ne sont pas du "bungling" imbécile. Ce n'est pas brouillon - d'ailleurs chaque variation finit "bien parado". https://www.youtube.com/watch?v=mi-F0zNIJGI
Notons la prévalence chez Jacques de pas croisés de préparation (la jambe passe en diagonale devant ou derrière plutôt qu'en quatrième ouverte): ce n'est pas un bou-bou: c'est pour déclencher la spirale du grand pas qui suivra.
La quatrième est souvent utilisée par Jacques, ex. pour les tours en l'air, non pas parce que l'on ignorait la cinquième, mais parce que la quatrième est pratique comme "cinquième modifiée", afin d'élargir le polygone de sustentation et éviter de crisper l'envol.
Cela ne veut pas dire qu'il faille abandonner les cinquième, mais qu'il est utile d'exercer son jugement dans le contexte !
Les inimaginables grandes cabrioles que fait Jacques ici, sont prises avec les PIEDS RELACHEES EN PINCEAU DE PEINTRE. Pourquoi? Parce qu'il ne savait pas pointer le pied? Ou parce que "hard-pointing" crispe les muscles dont on a besoin pour l'envol et envoie l'énergie vers le bas de la jambe, plutôt que focaliser l'énergie sur la phase aérienne.
Prendre son temps et regarder de près. Et cela DANSE !
https://www.youtube.com/watch?v=mi-F0zNIJGI
Ce que little K essaie de faire comprendre, inlassablement (et en lassant certains!), c'est que la danse classique elle aussi peut tomber victime d'une idéologie plutôt que de rester dans le domaine des idées.
La danse doit DANSER. Un danseur n'est pas un influenceur qui doit faire le beau sur Instagram ou que sais-je - pieds cambrés, ouvertures à 190° pour épater des adolescents attardés.
Si les transmissions en direct sont trop stressantes et forcent la danse dans un moule de perfection idiote, je propose qu'on les ARRETE. Afin de laisser les gens DANSER et de respecter les tempi du compositeur.
|
|
| Revenir en haut |
|
Katsu
Inscrit le: 21 Déc 2019 Messages: 1568
|
Posté le: Dim Sep 06, 2026 8:23 pm Sujet du message: |
|
|
On trouve, même aux époques les plus exposées aux abus, de très beaux contre-exemples.
https://youtu.be/Rzt4LkVBtJg?
Ici, dans une chorégraphie plutôt académique de Balanchine, dont le style a certes été dévoyé, au fil des années, par les effets gymniques, et ce sans que le chorégraphe ne s'y oppose vraiment (ce n'était donc pas vraiment un dévoiement) : mais ce style a aussi permis de redécouvrir sous un autre oeil la richesse du vocabulaire de la danse, avec de nombreux exemples de belle danse (pour preuve, les vidéos que vous avez partagées, alors que l'école balanchinienne était encore naissante ; la vidéo ci-dessous ; et de très bon exemples contemporains au New-York City Ballet et ailleurs).
Alors, ne soyons pas pessimistes pour l'avenir.
Et surtout, ne supprimons pas les transmissions (encore moins les transmissions en direct) qui, pour ma part, m'ont permis de découvrir et d'aimer la danse, alors que je n'étais pas encore mesure de me rendre à l'Opéra pour voir un spectacle et que cet art n'est guère apprécié dans le milieu d'où je viens.
Elles sont un formidable moyen d'attraction de la danse. J'ai pu témoigner de cela à l'époque où les cinémas Pathé diffusaient les spectacles du Bolchoï. Le public non averti applaudissait les artistes, derrière l'écran.
Les danseurs professionnels sont bien capables de surmonter le stress liés à cet exercice. Cela fait parti de leur métier.
Ce sont les balletonautes (je me permets d'utiliser ce joli néologisme, en précisant que ne sont absolument pas visés les auteurs du site du même nom) qui sont cruels, lorsqu'ils émettent un avis ferme sur un artiste qu'ils ne verront peut-être jamais de leurs propres yeux, à partir d'un simple enregistrement qui permet de voir tous les détails et que l'on peut répéter autant que l'on souhaite.
Je me souviens de la prestation filmée de Myriam Ould-Braham dans la Belle. Elle avait essuyé des critiques très sévères des internautes, probablement à cause d'un "défaut esthétique" au pied. Pourtant, tous ceux qui l'ont vu à l'Opéra savent qu'elle est une artiste extraordinaire.
|
|
| Revenir en haut |
|
Katharine Kanter
Inscrit le: 19 Jan 2004 Messages: 1539 Localisation: Paris
|
Posté le: Mer Sep 09, 2026 3:20 pm Sujet du message: où je danse en baskets |
|
|
Revenons sur un ou deux autres aspects notables de la danse de Jacques d'Amboise dans ce Tchai pas de deux
https://www.youtube.com/watch?v=IUhFtpYurw8&list=RDIUhFtpYurw8&start_radio=1
Arrêtons le film de ces variations toutes les quelques secondes, que ce soit de dos, de profil ou de face, en effacé ou en croisé. Et les ports de bras!
Presqu'impossible de trouver un seul arrêt sur image, où le PLASTIQUE n'est pas absolument idéal, et surtout, sans forcer.
Comment est-ce possible, alors que sa danse revêt une apparence si "casual", si "nonchalant", genre "je danse en baskets"?
Actuellement, notre danse est influencée par le caméra, le film. Cela fait environ 40 ans que l'on a commencé à systématiquement filmer la danse, et la photographier.
Nous avons alors internalisé la notion que la "danse" c'est d'aller de Pose en Pose (hitting a pose), alors que danser c'est "a single ardent thought" (pour citer A. Macaulay) d'un bout d'une phrase ou d'une variation à l'autre.
Sur les variations ci-dessus de Jacques d'Amboise, il n'y a pas un instant d'ennui, pas un temps mort. On n'attend pas le SPLAT du prochain "ice-cold trick". Tout danse. Voilà l'illustration de ce que Bournonville et ses professeurs à Paris avaient appelé "abandon" et "aisance".
Une suggestion: commençons à danser, tel cet artiste dont il est question ici, avec nos OREILLES.
Sur la musique.
BTW, ceci vient de sortir cette semaine
https://www.youtube.com/watch?v=idvRHMDKImo&t=87s
|
|
| Revenir en haut |
|
|