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2018 - 200e anniversaire de la naissance de Marius Petipa
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haydn
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MessagePosté le: Mar Mar 13, 2018 10:47 am    Sujet du message: Répondre en citant

sophia a écrit:
Citation:
Arte devrait diffuser prochainement un documentaire de Denis Sneguirev sur Marius Petipa, intitulé Marius Petipa, le maître français du ballet russe, produit par Les Poissons Volants.
http://www.poissonsvolants.com/project/marius-petipa-le-maitre-francais-du-ballet-russe/


La diffusion est prévue en mai sur Arte. Mais ne soyez pas trop impatients... Sneguirev avait réalisé l'an dernier un documentaire grand public, relativement honnête (malgré des lacunes), sur Grigorovitch. Celui-là, même dans une optique "grand public", est une déception, pour dire le moins. De quoi Petipa est-il le nom? Plus que jamais on se le demande, si c'est pour nous parler de Noureev à l'Opéra de Paris, de Lacotte au Bolchoï, ou, pire encore, de Duato à Berlin. On y parle aussi des reconstructions de Ratmanski, et bien sûr elles y avaient leur place, mais il aurait fallu contextualiser bien davantage, hiérarchiser les choses, établir une chronologie cohérente, revenir à Petipa, à ses ballets, au contexte esthétique dans lequel il a créé, etc. - et de cela, on ne trouve nulle trace...
A suivre pour plus de détails.



Le film a été très mal accueilli par le public présent à l'Académie Vaganova pour l'avant-première, et la directrice administrative de l'institution s'est même excusée de l'avoir diffusé, ne l'ayant pas visionné au préalable.

Le film pose plusieurs problèmes. D'une part, son indigence sur le plan scientifique et historique, avec des raccourcis grossiers (genre"avant la venue des danseuses Italiennes à Saint-Pétersbourg, c'était plan-plan et routinier, avec des russes sans expressivité et sans âme"), et d'autre part, par ses biais politiques. En gros, il s'agit de montrer que seul l'Occident honore dignement la mémoire de Petipa et en préserve l'héritage, pendant qu'en Russie, on ne fait rien. Le film débute par un plan sur... New York, et dès lors, le ton est donné. Petipa, c'est là bas, c'est à Harvard, c'est à Paris, c'est à Milan, c'est à Berlin, c'est à Londres qu'on s'en occupe, mais surtout pas à Saint-Pétersbourg. D'ailleurs, pas un plan n'est tourné au Mariinsky. Ce film est une véritable insulte à la Russie, et les Russes l'ont compris comme tel. On est juste dans la provocation.



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sophia



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MessagePosté le: Mar Mar 13, 2018 10:56 am    Sujet du message: Répondre en citant

Il n'est même pas question de Londres, qu'il aurait, pour le coup, été tout à fait légitime d'évoquer, puisque c'est là que Nicolas Sergueïev, le "sauveur" des notations Stepanov, s'était installé et avait travaillé après son départ de Russie.
Alors certes, il y a un "entre-soi" russe qui peut être dénoncé, mais cette réécriture occidentale de l'histoire du ballet doit l'être tout autant (bien que dans le cas de ce documentaire, je crains que la paresse intellectuelle n'ait aussi sa part).


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sophia



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MessagePosté le: Mar Mar 13, 2018 7:22 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Une très jolie affiche pour la soirée qui réunit ce soir, 13 mars, au Bolchoï les grandes écoles de ballet russes en l'honneur du 200e anniversaire de la naissance de Marius Petipa.
https://www.bolshoi.ru/performances/7008/



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sophia



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MessagePosté le: Mer Mar 14, 2018 10:16 am    Sujet du message: Répondre en citant

haydn a écrit:
Le film débute par un plan sur... New York, et dès lors, le ton est donné.


Ce n'est sans doute pas anodin, car la politique n'est jamais loin du ballet et de Petipa. Néanmoins, soyons justes : New York est aussi le lieu de résidence et de travail d'Alexei Ratmanski et les images tournées là-bas sont amplement justifiées. Elles sont à mon sens les seules du film qui apportent quelque chose au sujet et à la connaissance de Petipa.
La première scène nous montre ainsi Alban Lendorf répéter la variation de Désiré de La Belle au bois dormant dans la version notée par Stepanov (qui n'a donc rien à voir avec celle que nous connaissons tous, dans des arrangements divers, qui est l’œuvre de Konstantin Sergueïev et date des années 1950). Ceux qui ont vu la reconstruction de Ratmanski savent que cette variation est d'une difficulté extrême et pour ma part, je n'ai vu à Paris qu'Herman Cornejo la danser de manière, non pas seulement satisfaisante, mais bel et bien enthousiamante. On peut ajouter maintenant Alban Lendorf, nouveau principal de l'ABT, formé au Danemark, qui s'y montre superbe.
Indigence toutefois du propos qui n'explique pas à ce moment-là qu'il s'agit d'une reconstruction, qu'il existe des notations chorégraphiques, que le style de danse était alors différent...
Un peu plus loin, Tiler Peck, admirable ballerine, non de l'ABT, mais du NYCB, à qui Ratmanski fait travailler une variation de La Belle et qui explique, de manière très intéressante, à quel point elle est déroutée par le style.
Entendre palabrer sur Petipa des personnalités comme Nacho Duato, chorégraphe contemporain de qualité - nul ne dira le contraire -, mais dont le principal fait de guerre est d'avoir détruit le ballet classique en Espagne, est en revanche source d'un grand malaise, à l'instar des images de sa Belle, filmée sur scène et en répétition. Il n'est certes pas interdit d'en parler, mais dans un autre cadre, consacré par exemple aux relectures néo-classiques ou contemporaines. Cette confusion est à mon sens très pernicieuse.
Le film se clôt sur les images d'Evguénia Obraztsova répétant au Bolchoï la variation d'Aspicia - une pure lacotterie. On n'en est plus à ça près! Laughing




Dernière édition par sophia le Mer Mar 14, 2018 1:59 pm; édité 1 fois
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haydn
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MessagePosté le: Mer Mar 14, 2018 10:47 am    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne suis pas du tout d'accord avec Sophia. Commencer un film sur Marius Petipa par une vue de New York est une provocation délibérée et a un sens politique. Cela aurait pu être Marseille (rien, d'ailleurs, dans le film, sur la ville natale du chorégraphe), Saint-Pétersbourg ou Yalta (Gourzouf), où Petipa est mort, mais certainement pas New York. Il y a une volonté délibérée de "dé-russifier" Petipa.

Que dans un documentaire sur Petipa, on consacre une partie à sa "postérité, c'est parfaitement légitime. Qu'on mette en perspective deux manières opposées de faire revivre Petipa aujourd'hui, très bien : la démarche de reconstitution minutieuse de Ratmansky et celle d'une relecture radicale de Nacho Duato pour La Belle au bois dormant ont chacune leur légitimité, leur sens. Mais faire quasiment tout le film avec cela et n'évoquer le Mariinsky qu'au travers de raccourcis grotesques et grossiers, non. A chaque plan ou presque, la propagande politique et les partis-pris idéologiques se substituent à la recherche historique. Le néophyte risque d'ailleurs de ne rien y comprendre, car le travail de Ratmansky, pour passionnant qu'il soit, n'est pas contextualisé, et seuls des balletomanes qui savent déjà de quoi il retournent y trouveront - un peu - leur compte.



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sophia



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MessagePosté le: Mer Mar 14, 2018 10:58 am    Sujet du message: Répondre en citant

Par ailleurs, silence radio sur les reconstructions de Vikharev, tout de même pionnier en la matière, faites au Mariinsky, mais aussi à Milan, Novossibirsk et Ekaterinbourg.


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sophia



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MessagePosté le: Sam Mar 17, 2018 8:53 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Un petit reportage de TVKultura sur le festival des écoles de ballet russes, qui s'est tenu le 13 mars, sur la scène du Bolchoï, en hommage à Petipa :
https://tvkultura.ru/article/show/article_id/233266/


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sophia



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MessagePosté le: Dim Mar 18, 2018 12:22 am    Sujet du message: Répondre en citant

Les anniversaires se croisent... et aujourd'hui, rappelons que l'on célèbre le 80e anniversaire de la naissance de Rudolf Noureev - né le 17 mars 1938. Événement superbement ignoré par l'Opéra de Paris, si prompt pourtant à touitter pour faire son auto-promotion, pendant que l'on voit fleurir, sur les chaînes russes et ailleurs, des mentions et des reportages... Rolling Eyes


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paco



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MessagePosté le: Dim Mar 18, 2018 1:22 am    Sujet du message: Répondre en citant

sophia a écrit:
Les anniversaires se croisent... et aujourd'hui, rappelons que l'on célèbre le 80e anniversaire de la naissance de Rudolf Noureev - né le 17 mars 1938. Événement superbement ignoré par l'Opéra de Paris, si prompt pourtant à touitter pour faire son auto-promotion, pendant que on voit fleurir, sur les chaînes russes et ailleurs, des mentions et des reportages... Rolling Eyes

The White Crow, le film de Ralph Fiennes sur Noureev (avec Oleg Ivenko en Noureev et Raphaël Personnaz en Pierre Lacotte, ainsi que Polunin dans le rôle de Soloviev) devrait sortir ce semestre, mais d'abord aux USA (bien que ce soit une production de la BBC).


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sophia



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MessagePosté le: Dim Mar 18, 2018 2:33 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Une photo, découverte sur la page FB du festival Dance Open, (d'une partie) de la famille Petipa. On reconnaît Marius (1818-1910) à gauche, son frère aîné, Lucien (1815-1898), premier danseur à l'Opéra, à droite, Madame Petipa mère, née Victorine Maurel (1797-1860), actrice, au centre, et la sœur, Victorine, épouse Mendes de Leon (1824-1905), chanteuse, à ses côtés.



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Constance



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MessagePosté le: Dim Mar 18, 2018 7:14 pm    Sujet du message: Répondre en citant

sophia a écrit:
Les anniversaires se croisent... et aujourd'hui, rappelons que l'on célèbre le 80e anniversaire de la naissance de Rudolf Noureev - né le 17 mars 1938. Événement superbement ignoré par l'Opéra de Paris, si prompt pourtant à touitter pour faire son auto-promotion, pendant que l'on voit fleurir, sur les chaînes russes et ailleurs, des mentions et des reportages... Rolling Eyes

Mathias Heymann a posté, en hommage, une photo de Rudolf Noureev sur son compte Instagram. Si l'Opéra ne réagit pas, certains danseurs n'oublient pas...


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CatherineS



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Messages: 777

MessagePosté le: Dim Mar 18, 2018 7:51 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Constance a écrit:
sophia a écrit:
Les anniversaires se croisent... et aujourd'hui, rappelons que l'on célèbre le 80e anniversaire de la naissance de Rudolf Noureev - né le 17 mars 1938. Événement superbement ignoré par l'Opéra de Paris, si prompt pourtant à touitter pour faire son auto-promotion, pendant que l'on voit fleurir, sur les chaînes russes et ailleurs, des mentions et des reportages... Rolling Eyes

Mathias Heymann a posté, en hommage, une photo de Rudolf Noureev sur son compte Instagram. Si l'Opéra ne réagit pas, certains danseurs n'oublient pas...


De nombreux danseurs ont posté sur leur facebook ou leur instagram des photos de Noureev ! Mathias Heymann avait d'ailleurs exhumé, lors du dernier hommage au danseur chorégraphe, le solo de Manfred.
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Constance



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Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Mar 18, 2018 8:43 pm    Sujet du message: Répondre en citant

CatherineS a écrit:
Constance a écrit:
sophia a écrit:
Les anniversaires se croisent... et aujourd'hui, rappelons que l'on célèbre le 80e anniversaire de la naissance de Rudolf Noureev - né le 17 mars 1938. Événement superbement ignoré par l'Opéra de Paris, si prompt pourtant à touitter pour faire son auto-promotion, pendant que l'on voit fleurir, sur les chaînes russes et ailleurs, des mentions et des reportages... Rolling Eyes

Mathias Heymann a posté, en hommage, une photo de Rudolf Noureev sur son compte Instagram. Si l'Opéra ne réagit pas, certains danseurs n'oublient pas...


De nombreux danseurs ont posté sur leur facebook ou leur instagram des photos de Noureev ! Mathias Heymann avait d'ailleurs exhumé, lors du dernier hommage au danseur chorégraphe, le solo de Manfred.


Bien sûr! Mais combien d'étoiles actuelles de l'ONP?


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sophia



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MessagePosté le: Mer Mar 21, 2018 9:46 am    Sujet du message: Répondre en citant

Des photos du festival des écoles de ballet russes au Bolchoï, en hommage à Petipa.
Apparemment, une nouvelle publication sur "Petipa à Moscou" a été présentée parallèlement à ce gala.


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sophia



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MessagePosté le: Dim Avr 01, 2018 8:13 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je pense que ce compte rendu a aussi sa place ici, pour ce que j'y évoque.

Avec un peu de retard...

La Belle au bois dormant (reconstr. S. Vikharev) - 9 mars
Gala Petipa - 11 mars
Le Lac des cygnes - 14 mars
Don Quichotte - 15 mars
Théâtre Mariinski


Le 11 mars 2018 était jour de célébration nationale en Russie. Deux cents ans plus tôt naissait en effet, à Marseille, Marius Petipa, l'homme qui allait contribuer, durant la deuxième moitié du XIXe siècle, à l'épanouissement et à la grandeur du ballet russe. Metteur en scène et chorégraphe de plus de cinquante ballets, Petipa nourrit de son vivant le mythe du théâtre impérial, devenu grâce à lui et grâce aux moyens spectaculaires dont bénéficia alors l'art chorégraphique, le temple absolu du ballet académique. Vus, revus, corrigés - abîmés ou enrichis -, pour le meilleur et pour le pire, « les ballets de Petipa » forment à présent le socle du répertoire de toutes les compagnies qui se revendiquent encore comme « classiques ». Mais au fait, « ballets de Petipa », de quoi cette expression est-elle aujourd'hui le nom ? Là est un autre débat que – ne nous berçons pas d'illusions ! - le commerce célébratoire, en Russie ou ailleurs, se gardera bien d'ouvrir.

Quoi qu'il en soit de ces questionnements, le Théâtre Mariinski - « la maison de Petipa » comme on l'appelle couramment – garde, plus que n'importe quelle autre institution, une parole particulière à faire entendre au monde sur le sujet. Conformément à ses habitudes, le théâtre pétersbourgeois a livré la teneur de sa programmation à la dernière minute et dans une précipitation qui est presque devenue sa (regrettable) marque de fabrique. En lieu et place du traditionnel festival, il a ainsi choisi d'instaurer - coïncidence des dates - un hommage de deux mois, un voyage à travers les « grands ballets » du chorégraphe, qui, à vrai dire, ne diffère en rien de l'affiche habituelle du théâtre de répertoire qu'il demeure.

******

Petite (grande en réalité!) lueur toutefois dans cette affiche bien conventionnelle, le retour, plus rêvé qu'attendu, de La Belle au bois dormant reconstruite en 1999, d'après la production originale de 1890, par Serguei Vikharev, décédé l'an dernier à l'âge de 55 ans. Il faut rappeler que cette reconstruction pionnière, qui avait fait grand bruit à sa création, avait été délaissée, ces dernières années, par le Mariinski au profit de la seule version, non dépourvue, du reste, d'autorité et de charme, de Konstantin Sergueiev, attachée à l'ère soviétique. Un abandon - poussé dit-on par des maîtres de ballet attachés à leur tradition -, d'autant plus désolant que le mouvement de « retour aux sources », entamé par les spectaculaires reconstructions de Vikharev, était repris et prolongé, en Russie et dans quelques autres pays, par des personnalités comme Alexeï Ratmanski ou Youri Bourlaka. A la différence de Ratmanski toutefois, Vikharev n'avait pas tenté, en son temps, de restaurer le style, à la fois plus retenu et plus rapide dans l'exécution du pas, de l'époque - ses interprètes dansent ici un texte d'hier plus ou moins à la mode d'aujourd'hui.

Des couleurs, vives et piquantes comme les images d'un livre illustré du XIXe siècle, à la forme des costumes, qui démode d'un coup les tulles et les paillettes auxquels notre œil est habitué, en passant par la pantomime, savamment restaurée, cette Belle est un choc visuel et esthétique comme on n'en fait plus. Oubliez vos Belle bourgeoises et nouveau riche, mièvres, baroques ou disneylandisées, voilà, enfin, le vrai grand spectacle impérial que l'on n'osait imaginer en vrai, quatre heures d'une féerie grandiose et raffinée, assorties d'une apothéose à pleurer, sans rien, jamais, jamais, qui pose ou qui pèse. Oui, sans doute, seul le Théâtre Mariinski pouvait-il servir d'écrin à une folie pareille.

Olessia Novikova – la plus belle ballerine du monde -, élève de Vikharev en personne, incarne Aurore avec un naturel simplement admirable. Sa danse, d'une clarté lumineuse, est, à l'image de cette version, « non-standardisée », autrement dit riche de mille et un détails n'appartenant qu'à elle, qui nous offrent le privilège rare de redécouvrir cette chorégraphie vue tant de fois. Il n'est pas certain en revanche que son partenariat avec Timour Askerov, irréprochable sur la forme mais incolore sur le fond, soit une idée judicieuse – elle aurait été bien mieux accompagnée par Vladimir Shklyarov, que l'on sait du reste légèrement plus petit que la Tereshkina – Aurore lors de la première. Bref, de Paris à Saint-Pétersbourg, les mêmes maux, les mêmes effets... Au-delà du corps de ballet, souverain dans sa pléthore étourdissante, et des ensembles d'élèves, toujours aussi exceptionnels de discipline et de charme mêlés, cette seconde distribution ne se signale d'ailleurs pas forcément par des prestations d'anthologie. Dans le prologue, le quintette des Fées est honnête, sans plus ; quant à la Fée des Lilas d'Oksana Skorik, elle manque sérieusement d'empathie et d'expressivité dans le mime. On est davantage séduits en revanche par le Pas de quatre, musical et nuancé, du dernier acte, qui distingue l'impeccable Valeria Martynyuk en Fée Diamant et la très prometteuse Vlada Borodulina en Fée Or.

******

Le gala Petipa, formaté pour la télévision et censé être, implicitement, l'acmé de l'hommage au maître, ne mérite peut-être pas qu'on s'y attarde de trop. Œuvre tardive de Petipa (1900), Les Saisons, chorégraphié sur la musique d'Alexandre Glazounov, est un ballet allégorique, dans la veine des divertissements de cour en un acte. Il aurait pu donner lieu, à défaut d'une restauration, sans doute impossible (à vérifier toutefois), à une gentille production pittoresque « dans le style de » - du Lacotte version locale. Qui prétendra que le Mariinsky n'a pas les moyens intellectuels et artistiques pour cela ? Las, Youri Fateev, directeur par intérim depuis 2008, nous fait subir - c'est le mot - en ouverture du gala, sur cette partition certes pas complètement inoubliable, une énième chorégraphie néo-classique au kilomètre, signée d'un certain Konstantin Keikhel, connu, semble-t-il, des seuls initiés. Vaguement inspirée des géométries petipiennes et agrémentée de quelques projections vidéo, la pièce est conçue pour deux solistes, Ekaterina Chebykina et Roman Belyakov, et un ensemble de neuf couples, dont la feuille de distribution ne prend même pas la peine de mentionner les noms. Elle aurait pu, au prix de quelques répétitions supplémentaires (on a un peu comme l'impression d'assister à un filage – mais c'est péché véniel au regard du vide général de la chorégraphie), trouver décemment sa place dans une quelconque soirée Jeunes Chorégraphes (encore que l'on a vu des chorégraphes maison plus intéressants que celui-là), mais fait simplement tâche en la circonstance.

Évidemment, Le Songe d'une nuit d'été apparaît ensuite comme une respiration tenant du génie à l'état pur - quelles que soient, du reste, les questions que la présence de Balanchine peut poser dans un gala Petipa (elle se justifie bien entendu... tant qu'on a posé les bases). Personnellement, j'ai presque toujours été séduite par la manière dont le Mariinski interprétait Balanchine, quoi qu'en pensent les puristes américains, notamment dans toutes ses grandes envolées néo-impériales telles Diamants, Symphonie en ut (une interprétation renversante donnée l'an dernier lors du gala de clôture du festival), Thème et variations, Ballet impérial... ou encore le second acte du Songe d'une nuit d'été, même si celui-ci n'est pas totalement autonome du premier. Vu de face, du haut du second balcon, le corps de ballet ne semble pas toujours d'une synchronie parfaite pour cette fois, mais le phrasé des danseurs du Mariinski est tellement fluide et musical que l'on n'en est pas gêné outre mesure. La scénographie de Luisa Spinatelli n'a pas la sophistication visuelle de celle que Christian Lacroix vient de concocter pour l'Opéra de Paris ; avec ses tons vieux rose, elle n'échappe pas non plus à une certaine fadeur, mais les costumes, d'une élégance très classique, avec ce qu'il faut de brillant, sont plutôt agréables à l’œil. Rien à redire au couple principal : peu à l'aise dans le mimodrame, Oksna Skorik est parfaite pour ce type de chorégraphie, dans l'adage en particulier, où son lyrisme fait merveille, et Konstantin Zverev est d'une classe absolue en cavalier balanchinien.

La troisième partie du gala était composée de l'acte III de La Belle au bois dormant, en lieu et place du Réveil de Flore (du même Vikharev), initialement annoncé, qui aurait constitué un délicieux, autant que rare, divertissement de gala. La présence de ce troisième acte aura certes contribué à souligner - à rebours - que l'histoire de la danse n'est pas celle d'un progrès constant dans les formes... mais la très mauvaise surprise aura été de le voir tronqué d'une bonne moitié de ses divertissements – seuls restaient le Pas de quatre, le Pas de la Chatte Blanche et du Chat Botté. Le Pas de l'Oiseau bleu et de la Princesse Florine – maestro Gergiev, pris entre deux avions, devait-il à tout prix compresser le programme? La distribution laisse, de même, une impression mitigée après l'émerveillement Novikova. Ekaterina Kondaurova n'a malheureusement pas grand-chose à faire dans ce troisième acte, sinon de se montrer souverainement bienveillante en bonne Fée des Lilas qui se respecte. Alina Somova et Xander Parish, techniquement honorables l'un et l'autre, peinent quant à eux à infuser la moindre émotion dans leur danse. On se réjouit tout de même, une fois de plus, du Pas de quatre, mené par l'intrépide et piquante Valeria Martynyuk, et surtout de la cristalline Maria Shirinkina en Princesse Florine – tout ce pour quoi le Mariinski est et reste une compagnie unique.

******

Par-delà la redécouverte bienvenue de la somptueuse version Vikharev de La Belle – quelles qu'aient été les modalités de sa restauration sans la présence du maître de ballet -, ce sont les deux représentations « de routine » du Lac des cygnes et de Don Quichotte, sans aucun invité ni quoi que ce soit de plus, qui se seront finalement révélées les plus « authentiques », les plus touchantes, les plus accomplies aussi – à ce niveau de perfection sublime que l'on attend du Mariinski. Parce que la danse est un art vivant et ne vit que grâce au corps des danseurs qui l'habitent, on se gardera donc de rejeter sans nuances cette histoire-là – celle de la révision des ballets de Petipa au XXe siècle. Le Don Quichotte révisé en 1900 par Alexandre Gorski, que toutes les compagnies connaissent aujourd'hui avec des variantes, n'est plus vraiment celui de Marius Petipa, qui ne goûtait guère les changements qu'il avait effectués du reste, mais c'est celui-là que nous connaissons, dans les sublimes décors de Constantin Korovine (ce tableau des Dryades!), et avons appris à aimer... Qu'y faire ? Il me semble que l'on peut déplorer l'appauvrissement du vocabulaire dansé au XXe siècle (pantomime élaguée, virtuosité transformée au profit de l'effet), lequel va de pair avec une certaine dilution musicale, et nous réjouir *en même temps* du travail admirable sur les sources engagé par Serguei Vikharev ou Alexeï Ratmanski (travail différent et cependant complémentaire), sans pour autant nier toute validité à ces productions qui ont nourri les danseurs et avec lesquelles nous avons appris, nous-mêmes, à aimer le ballet. De ce point de vue, les productions du Mariinski, malgré leur défaut notable de pantomime, restent d'une grande cohérence esthétique et surtout d'une élégance classique qu'il est bien rare de retrouver ailleurs.

Un Lac des cygnes de toute beauté d'abord, donné – le lieu est pourtant moins porteur d'émotion – au Mariinski II, avec Ekaterina Kondaurova et Timour Askerov. Kondaurova (vue dans ce même rôle il y a une poignée d'années) s'inscrit dans la tradition des Cygnes russes qui font d'Odette une authentique « reine des Cygnes », non un oisillon fragile qui ne serait qu'une victime de la malédiction d'un sorcier. Son personnage, plastiquement et techniquement superbe, n'en est pas moins d'une grande humanité. En Odile, sa beauté mystérieuse et fatale n'a pas de mal à nous séduire, même si les contours qu'elle lui donne sont peut-être moins subtilement dessinés qu'en Cygne blanc. Askerov, sans toucher au Graal du danseur, est pour elle un partenaire accompli, qui offre une danse propre, à la saltation souple et légère, et au jeu plus ouvert, moins stéréotypé qu'en Désiré. Yaroslav Baibordin se montre quant à lui un Bouffon à la virtuosité enthousiasmante et au jeu subtil. La véritable révélation sera toutefois venue de Roman Belyakov, Rothbart souverain, au saut époustouflant. On sent, de manière générale, qu'on est « à la maison », avec des danseurs qui, là où ils sont, s'investissent tout autrement que lors de la récente tournée à Turin où Le Lac que nous y avions vu donnait parfois l'impression qu'on avait pioché dans « ce qui restait ». L'ouverture récente de la compagnie à des danseurs venus d'ailleurs – objet d'un autre débat - montre toutefois que tout n'est pas égal : dans le pas de trois par exemple, on voit bien que May Nagahisa, malgré son impeccable technique et un « coaching » soutenu, a encore bien du chemin à faire pour égaler le naturel et le style parfaits d'une Yana Selina. De même, Camilla Mazzi, autre récente recrue venue de l'Académie du Bolchoï, paraît bien fade dans la Napolitaine aux côtés d'Alexeï Nedviga, à la danse bondissante et au charme très Renaissance. Les amoureux des danses de caractère, qui valent ici en poésie les ensembles de Cygnes, préféreront rester sur l'image puissante, et d'une saisissante beauté, du couple de la Danse Hongroise, Olga Belik et Boris Zhurilov.

Un Don Quichotte électrique, joyeux, virtuose en diable ensuite, avec Renata Shakirova et Kimin Kim. Ces deux-là forment un couple fusionnel et plein d'empathie et donnent l'impression d'être nés pour danser ensemble. Distribuée lors du dernier festival dans ce même ballet – le premier qu'elle ait dansé en sortant de l'école -, Shakirova s'était alors retrouvée entièrement livrée à elle-même et à sa folle énergie, dansant aux côtés d'un partenaire invité sans consistance, qu'elle avait mangé tout cru dès la première seconde. Au point d'en devenir crispante ! Entre elle et Kim, c'est au contraire une saine compétition, joyeuse et virtuose, qui se met en place, et nous ramène aux plus belles heures du couple Ossipova/Vassiliev – laissons de côté les considérations de style. Les deux complices rivalisent, avec la même aisance stupéfiante, dans la virtuosité pyrotechnique, mais leur jeu s'avère également convaincant, mis au service d'une comédie bon enfant, conjuguant, dans l'esprit cher à Petipa, danse académique et danse de caractère. En Kitri, Shakirova a considérablement affiné son mime et ses expressions ; quant à Kim, il montre en Basilio, s'il en était besoin, qu'il n'est pas qu'un fougueux bondissant, une énième « bête à concours », certes assez exceptionnelle : il est aussi très drôle et sait parfaitement doser ses effets - se mettre en avant ou s'effacer quand il le faut. L'affiche éblouissante est complétée par d'excellents seconds rôles, à commencer par Konstantin Zverev, élégant Espada, qui manie la cape avec autant de fougue que de dextérité, et Tatiana Takchenko, cabotine et sensuelle en Danseuse des rues. Seule minuscule réserve : dans la scène des Dryades (qui permet d'applaudir la fabuleuse variation de Pierina Legnani ressortie spécialement pour Shakirova), Tamara Gimadieva, au phrasé un peu sec, paraît légèrement trop grande pour accompagner les « petits formats » que sont Renata Shakirova et Anastasia Lukina, une Reine des Dryades à la danse crémeuse et au ballon appréciable. Dans le dernier acte, la Danse orientale (une fantaisie totalement anachronique introduite tardivement) de Yulia Kobzar, avec ses bras ondulants d'incroyable manière, se taille un joli succès. Le Pas de six, toujours si délectable à l’œil avec ses costumes dépareillés, est mené par Valeria Martynyuk, qu'on veut bien définitivement consacrer « reine des variations ». Changement bienvenu enfin par rapport au Don Quichotte du festival 2017 : l'Académie Vaganova n'est pas en vacances et les différents tableaux, notamment celui des Dryades et ses charmants Cupidons, sont complétés par la présence des élèves – cela change tout décidément.


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